‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 4 sur 145 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Et le vieux paysan ôta son grand chapeau pour baiser la croix dont il était orné.

— Briser les cloches! reprit-il en recouvrant sa tôle blanche, que resterait-il donc dans Tair sMls réussissaient dans leur damnable projet?... Ah çà, mais ces gens-là n'ont donc jamais passé une journée dans la solitude, en tête à tête comme moi avec deux chiens et des moutons? Ils ne savent donc pas combien il est doux d'entendre alors une voix d'en haut qui vous dit de loin : Prie! tu n'es pas seul... Dieu et ses saints sont avec toi !

En ce moment il entendit un murmure joyeux de rires et de voix ; il était moins seul que jamais , car sur la route près de laquelle il était assis, un groupe de personnes s'avançait en causant vivement à voix haute.

En tête, marchait un tout jeune homme, à la taille svelte , dégagée, dont les chausses étroites et collantes, et les lx)ttines de couleur dessinaient les formes délicates et juvéniles. Le jaune et noir dominaient dans les agréments de soie qui accompagnaient son pourpoint et son manteau. Ces couleurs, quoique habilement enq)loyées , revenaient trop souvent j)()ur qu'on ne s aperçut pas (ju'elles lui étaient imposées,

tir

10 PUOLOGLE.

comme Test à un page la livrée de la maison qu'il sert. Une large fraise empesée entourait d'une manière piquante son petit visage brun , maigre, pointu, où brillait un œil vif et perçant.

Sur son poing ganté ad hoc se tenait un faucon richement chaperonné , auquel il adressait de temps en temps de caressantes paroles.

Derrière lui s'avançait dans toute la fraîcheur, dans toute la grâce de ses seize ans, une belle personne portant le riche costume qui , à cette époque, distinguait les filles de la noblesse. Sa démarche ferme et presque hautaine indiquait, mieux encore que ses vôtcFuents, la supériorité de sa naissance. Pourtant, il n'y avait ni morgue ni fierté dans cette belle tête au nez mince et bus que, à la bouche petite et sérieuse; on devinait au contraire \iHe tristesse douce et bonne dans ces grands yeux bruns veloutés qui se levaient lentement vers vous , et vous saluaient d un regard bienveillant et timide. On comprenait en la voyant que la noble jeune fille avait dû apprendre à se tenir haute et droite et à mai cher en châtelaine pour imprimer autour d'elle le respect dû à son rang, mais que sa figure bonne et franche n'avait encore rieu perdu de son expression native.

Page 1