CHAPITRE m. n
toute la France , pour obtenir le libre exercice de leur religion. . . En Normandie, malgré les édits, ils tiennent publiquement leurs prêches ; les deux frères Antoine et Paul Richard Mouvens ont commencé une entreprise qui peut les rendre maîtres de Valence, de Montélimart et de Romans; Charles Dupuy-Montbrun , avec l'aide des religionnaires, dispute le gouvernement du Dauphiné à La Mothe-Gondrin; Maligny de Ferrière peut, d'un jour à l'autre, s'emparer de Lyon , où il fait entrer des gens de guerre fde à file.,.
— Oui, et vous ne dites pas, notre ami bien informé, que le sieur de Maugeron a fait échouer l'entreprise des frères de Mouvens, que Charles Montbrun a été forcé de se jeter dans les Cévennes, et que l'abbé de Savigny a dérouté les projets de Ferrière à Lyon... Non, vousdis-je, il n'y a rien à faire! . . . Laissez les nuages s'amonceler, le coup qui mettra tout en mouvement partira du Louvre. Quand Catherine en aura assez des Guise , elle donnera elle-même le signai. Alors nous agirons ouvertement, en rase campagne , en face du soleil , avec le nom d'une reine pour justifier notre prise d'armes, et non plus dans les ténèbres, à la suite d'un tas de corn-
ploleurs obscurs, comme dans cette malencontreuse affaire d'Amboise, et, dernièrement encore , dans cette intrigue de Lassagne et de Boucliard,
— Ainsi le salut d'Israël ne se lèvera que quand il plaira à Jézabel... Jusque-là, restons en paix; mais qu'est-ce que la paix, comme il est dit au livre des Rois, pendant que les fornications de Jézabel et ses enchantements régnent de tant de manières?
— Il n'est pas question de Jézabel, monsieur, mais d'un homme bien décidé à ne pas compromettre son nom et son avenir dans des luttes sans résultat, dans des entreprises sans chance de succès; dun homme, enfin, qui ne lèvera son drapeau que lorsqu'il aura à protéger la reinerégente et le roi, qu'il se nomme François II ou Charles IX.
— Vous croyez toujours que c'est Catherine qui a fait ouvrir votre prison... maissavez-vous, monseigneur, si elle ne vous a pas mis en liberté dans l'espérance que, sur-le-champ, vous feriez un appel à vos amis? Vous 1 attendez, et elle vous attend peut-être. Nous vous attendons aussi , vous que le peuple fidèle dans ses afflictions, dans ses espérances, a si souvent nommé