CHAPITRE IIF
aux portes du cluilcau de celte damé , vous nV vez pu obtenir dVlle la faveur de la voir; mais enfin vous èles ici... vous vous obstinez à rester dans cette masure, et, sans cet amour, vous seriez, comme vous le disiez tout à Tlieure, dans quelque château , à Tabri des recherches de vos ennemis, et ayant le moyen d'adresser à nos gens un nmtqui les rassure et les encourage.
— Oui, répondit-il avec abandon, oui , c'est vrai ; mais que voulez-vous, ami , ces lieux ont pour moi un charme inconcevable... j'y ai retrouvé toutes les pures, toutes les douces, toutes les premières impressions de mon Ame... Ce ten)ps que je passe ici eu pensant à elle, eu écoutant la cloche dont elle aussi compte les coups, en voyant de loin , à travers les arbres, la tourelle qu'elle habite, en errant dans le parc avec ces mots aux lèvres : peul-êlre bien vais-je la voir, et au cœur le délicieux battement qu'ils font naître; en jetant nu courant de la rivière un bouquet de fleurs des champs que le courant doit entraîner sous ses yeux; ce temps est un long, un continuel enchantement; placéentrelesorages de mon passé et les incertitudes démon avenir, il me rafraîchit cl me calme connue la source ciitourée de verdure qu'on rencuuUe uu milieu
d'un voyage fatigant.. . La vie a besoin de ces haltes... Dansées romans de chevalerie, dont la lecture occ II j)e la jeunesse de nos châteaux, il y a toujours la grotte de Termite et le couvent du Val-INoir, oij , las de donner de grands coups d'épée, le héros redevient homme et respire librement, sans visière, Taii' de la solitude que n'embrase plus la poussière de la liée et du champ de bataille. Eh bien! ce besoin d'un air pur et vivifiant est plus vif encore pour celui qui, comme moi , a traversé l'atmosphère de corruption où se joue la cour de Catherine ! . . .
En ce moment une |)erdrix, poursuivie par le faucon du page, vint se réfugier à grand bruit d'ailes sous le berceau où devisaient nos solitaires. L'œil hxésur sa proie, I oiseau chasseur s'a= battit sur le treillage, et, jn'esque en même temps, son jeune maître parut à l'extrémité du sentier qui conduisait à la tonnelle. A quelques pas du banc, apercevant ceux qui y étaient assis, le page s'arrêta tout interdit et mit la main à son bonnet.
— Eli bien ! qu'est-ce? dit le prince ; vient-on ainsi troubler les gens? Que cherchez-vous ici?
— Mon faucon, répondit le jeune homme, en indiquant du doigt le gerfaut qui restait perclié