CHAPITRE m
au haut du treillage, immobile comme un chien en arrêt.
— Votre faucon? de sorte que s'il venait nous relancer dans notre chambre à coucher, reprit le prince en riant, et pousser le (rihicr jusque dans notre lit, vous vous croiriez en droit d'y venir le chercher! Qu'en dites-vous, Théodore, ne voilà-t-il pas un oiseau bien dressé et un pa«je bien appris !
— 11 est de nos amis, reprit le ministre en faisant au prince un signe d'intelligence, il est au service de madame la maréchale de Saint- André; c'est un jeune homme de sens, de courage et de raison , que j ai bon espoir d'ai-racher aux superstitions de la grande prostituée... Fermettez-moi de vous le présenter.
— Mais ne Tai-je pas vu déjà en votre com pagiiie , dans le parc, Théodore?
— En effet , répondit le ministre.
— Oh ! dit le page , je me rappelle bien aussi vous avoir vu, et ce n'est pas pour moi lobjet d un douté; car votre figure était si bien gravée daris ma tcle , que partout où je vous eusse revu, dans dix ans, dans vingt ans, j eusse reconnu tout de suite le gentilhomme rencontré dans le parc du château de Mézières.
— Vraiment vous avez la mémoire bonne , mon jeune ami , ou il faut que mes traits...
— Ce sont justement vos traits , monsieur , qui Pauraient rendue telle. Elevé dans la solitude . je n'ai vu les grands seijjneurs que dans mes rêves et dans mon imagination d'enfant ; eh bien ! toujours, quand j'entendais parler de la cour, de ses bals, de ses carrousels, de ses fêtes, mon esprit donnait à ces puissants gentilshommes qui y figurent, quelque chose du feu qui brille dans vos yeux , de la grâce de vos mouvements, de la noblesse de votre air. Estce que je me suis trompé?
— Non, vraiment, répondit le ministre en souriant; seulement ce modèle de perfection rêvé par vous, et que les autres courtisans cherchent tous à imiter , ne se rencontre point à chaque pas que l'on fait à la cour ; il est bon de vous en prévenir, pour empêcher les méconjples , si vous allez quelque jour au Louvre.
— Et, dites-moi, mon bel ami, reprit le seigneur , sout-ce seulement les fêtes et les carrousels que vous rêvez , et ne voyez-vous ces grands seigneurs qui vous occupent si fort, qu en habit de bal el de gala ?
— Oh! non, réjjondit l'enfant, dont les yeux