‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 5 sur 145 · CHAPITRE I. Il · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. Il

Elle s'appuyait doucement sur une blanche et blonde jeune fille dont les vêtements , d'une coupe , d'un arrangement plus simple et d'une étoffe moins précieuse, annonçaient Torigine bourgeoise. Il y avait dans sa démarche une sorte de mollesse et de vivacité réunies qui la rendaient pleine de grâce , et lorsqu'elle relevait sa jolie tête souvent penchée , on retrouvait dans ses yeux bleus une langueur câline et une gaieté malicieuse qui se confondaient dans une délicieuse harmonie. Son nez légèrement retroussé , sa bouche qui s'entr'ouvrait souvent pour sourire, les ravissantes fossettes de ses joues et les deux rangées de dents blanches et perlées que découvraient alors ses lèvres roses, donnaient à sa physionomie une charmante expression de finesse et de naïveté.

A quelque distance des deux jolies promeneuses s'avançait lentement une femme grande et mince; son costume jaune et noir comme celui du page indiquait que, comme lui, elle était commensale d'une grande maison. Son corsage de velours était d une coupe sévère; il montait droit, sans dessiner aucune forme, jusqu'au col où il se joignait à une guimpe blanche comme celle des vieilles femmes d'alors et des

i^ PROLOGUE.

sœurs hospitalières de nos jours : cette guimpe s'élevait en couvrant les oreilles et en entourant exactement la figure. Sans Pair austère de celle qui le portait, cet ajustement aurait pu passer pour une coquetterie , car sa blancheur faisait admirablement ressortir l'ovale parfait d'un visage étrangement remarquable avec sa pâleur orangée. Elle avait dû être bien belle. De grands yeux noirs richement garnis de long cils, et dominés par un sourcil mince et arqué, un nez à la forme allongée, à la ligne droite et ferme, une bouche un peu rentrée, maisd'une indicible expression de tristesse, de dédain et de résignation, tout cela composait encore un ensemble n)ajestueux et imposant qui commandait Tadmiralion. Et pourlant de longues et profondes rides traversant ces joues pâles et flétries , des plis au front et la contraction fréquente des lèvres, annonçaient que le malheur plus que 1 âge était venu poser son cachet de marbre sur celle sombre et fière beauté.

Elle était à cette époque de la vie où les femmes ayant leur sort ordinairement fixé , délivrées des incertitudes et des passions de la première jeunesse, reprcmient une jeunesse nouvelle et s'embellibsent encore dans le calme et

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