CHAPITRE III
réflexions sur ce qu'il venait d'entendre, et 1« cours de ses conjectures nouvelles avaient, malgré lui , ralenti sa naarclie.
— Comment , lui dit la femme , vous n'êtes point encore rentré, enfant ; est-ce là le zèle d'un serviteur empressé? Mézières, Mézières, ce n'est pas en prenant le plus long chemin qu'on arrive à temps. La route la plus droite est aussi la plus courte et la plus sûre , et c'est elle qu'il faut prendre quand le devoir est au bout.
— C'est bon , répondit le jeune homme d'un air hautain... Mais que voulez-vous , mon honorable dame? chacun marche comme il peut , et quel sentier n'offre pas ses détours ?
— Mézières , reprit la femme, et ses traits exprimèrent une grande pitié, Mézières, il y a quelqu'un ici que vous affligez bien vivement. Gâté par les bontés de la dame de céans , par les compliments de ses amis , par les flatteries de ses serviteurs, qui, longtemps, ont cru lui faire ainsi leur cour , vous vous effarouchez devant tout conseil , devant toute réprimande ; vous vous cabrez, comme un cheval indocile au frein, devant toute vérité !
— Non , non ; mais puisqu'il faut le dire , je n'ai point d'amilié à donner en écliange de Ta*
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nimosité ot de la haine qu'on me témoijrne , Doloride !
— De la liaine , Méziè'res ! en vérité , je vous le ré|)èle , il y a quelqu'un ici que vous afflifjez bien vivement! Un jour , vous saurez si la voix qui vous conseilla la prudence, la modération, la reconnaissance illimitée pour votre bienfaitrice , riiorreur pour la curiosité , fut une voix ennemie; vous saurez, un jour,* si celte voix qui , sans cesse , vous rappelle voire état de misère et d'abandon à votre entrée dans la vie, pour vous prémunir contre toute pensée d'orgueil cl sauver votre cœur de tout sentiment contraire à l'humilité de votre position , fut une voix inspirée par la haine ! Écoutez-la, Mézières, car cette voix ne frappera plus guère votre oreille. Madame de Saint-André voulait vous apprendre ce matin quelle compte profiter de la première occasion pour vous envoyer auprès du maréclial; elle demande depuis quelque temps la place d'écuyer pour vous ; c'est une chose arrôiée maintenant, et je suis chargée parla généreuse dame de faire préparer tout ce qu'il faut pour que vous débutiez dans la carrière nouvelle ouverte devant vous, d'une manière digne de votre protectrice!