‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 45 sur 145 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

— Et, je l'espère bien , sécria le page , elle n'aura jamais à rougir d'avoir pris ce litre ! Enliii, ajoula-t-il , je vais me trouver libre , et maître de mener ma fortune comme bon me semblera! Quand je remplirai mon devoir, je n'aurai pas, du moins, à Toreille de celui que je servirai une voix pleine de prévention , toute prête à détruire le bien que j'aurai fait , et à faire remarquer, en les aggravant, les légères fautes qui auront pu m'écbapper.

— Pauvre Mézières ! cVsl ainsi que l'amourpropre rejette toujours sur les mauvaises dispositions des autres à notre égard le mal que nous font nos inconséijuences et nos passions, 0!i ! combien je crains, enfant, que partout vous ne trouviez Tennemi acharné contre votre bonheur et votre repos , qui , déjà , vous a [n-rsécuté ici !

— Non , Doloride , puisque vous y restez! ^

— Oui , je resterai ; mais vous , ^ous enq)orterez votre esprit inquiet et curieux , votre caractère irascible et indonq)table. Et , je vous le répète, votre ennemi, votre seul ennemi vous suivra partout!

Ils étaient arrivés aux portes du château... I-e

page quitta brusquement la femme, qui, immobile à sa place, le regarda s'éloigner avec une indicible expression de douleur, de pitié et de tendresse.

Ce jour si beau j si frais à son niaiiii , devint vers le soir trisle , sombre et ineiiaçaut; une uuée lourde et noire, amenée par un vent d'orage, envabit lentement le ciel , et vint bâter le retour des ténèbres. Ces grandes plaines où déjà iio avons conduit notre lecteur s'obscurcirent sous le double linceul de la nuit et de la tempête, et il fallait que le père Beaudouin, qui, dans ce moment, aidé de ses deux cbiens baletanls, poussait devant lui son troupeau vers le village de Mont-Musset, connût bien sa route pour ne pas se perdre dans ces champs où tout sentier s'effa-

çait , où tout horizon allait disparaître. Trois liomnies à cheval qui venaient de quitter la route de Chartres semblaient moins sûrs de leur chemin; le berjjer les rencontra vers ce ravin qui commence après que Ton a quitté les dernières maisons de Marvillc. Arrêtés au milieu d'un sentier, ils regardaient autour d'eux comme s'ils eussent cherché à s'orienter.

— Holà , hé , berger! dit l'un des voyageurs , celui qui se trouvait en tète, et déjà au fond du ravin , où sommes-nous?

— Vous êtes dans la fosse, répondit le vieux de Mont-Musset.

— I>a fosse ! répéta le voyageur d'une voix légèrement émue. Quelle fosse? reprit-il après un moment de silence.

— A moins que voire grâce ne veuille lui donner un nom , dit le berger , je ne puis vous

•|p*épondre autre chose , sinon (|ue vous êtes nu fond de la fosse. . . c'est le nom de ce Irou. Un jour il en j)ortera peut-être un autre , njainlenant c'est la fosse, pas autre chose que la fosse 1

— Y a-t-il encore loin d'ici à Mézières? demanda le second voyageur.

— Celle seule que nous suivons doit-elle enliu

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