CHAPITRE IV
bientôt nous y conduire? ajouta une troisième voix plaintive et chevrotante.
— L'ami , reprit le premier voyageur qui •était resté quelque temps perdu dans ses réllexions, sommes- nous dans le bon chemin pour arrivera Mézières avant la pluie?
— Mais, dame ! mon bon monsieur, répondit le berger, si vos chevaux marchent un bon pas de route , comme de bonnes bêtes dont le courage et l'ardeur remportent sur la fatigue d'une journée de voyage; si la pluie ne tombe pas avant deux heures, et si , avec cela, vous êtes sûrs de trouver un abri à Mézières, vous pouvez prédire d'avance que vous ne serez pas mouillés!
— Fa c'est toujours droit devant nous qu'il faut pousser nos chevaux , n'est-ce pas?
— Oui , vous j)asserez devant la ferme et la grange de Nuisemcnt; puis, vous arriverez aux friches de Saint-Clair; la vallée con)mence à (juclques pas du Luat; là, vous descendrez la cùle...
— Ah! une lois là, nous ne risquerons plus de nous égarer. Allons, remettons-nous en route, messieurs. Merci, brave homme!
— Que le bon Dieu vous conduise, dit le vieillard; qu'il latse jour, (|u'il l'jijtjc nuit, c'est
le meilleur guide à prendrai avec lui on ne risque pas de s'égarer.
— Ainsi soit-il ! cria d'un ton goguenard Saint-Sornin, en donnant de Téperon à son cheval pour suivre le maréchal de Saint-André. En effet, c'était lui qui s'acheminait si tard vers son château de Mézières ; ceux qui l'accomjjagnaient étaient , d'abord cet officier que nous venons de nommer, et Isaac Leperdriel, juif de nation, usurier et médecin-alchimiste d'état, vieux d'âge, haineux, envieux et poltron de caraclère , horriblement maigre et laid de corps et de figure.
Il marchait le dernier sur une mule qui, têtue comme toute son espèce , n'en prenait qu'à son aise.Dès le commencement du voyage, voyant ceux avec qui elle avait à cheminer , deux chevaux j>leins de feu, à l'allure allongée, elle s'était promis de les suivre de loin et de ne point s'époumoner à marcher sur la môme ligne qu'eux ; très-modeste bête, elle se contentait fort bien du second rang, et les paroles d'encouragement, les prières , les menaces et les coups de talon de son maître ne parvinrent jamais, ce jour-là, à lui donner la moindre velléité d'ambition. Le soir la trouva dans des dispositions non moins