‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 56 sur 145 · CHAPITRE V. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. i

remplissez vos fonctions, docleur, et dites-nous ce que vous en pensez.

Le juif s'approcha. La jeune fille joignit les rideaux et se mit devant , prête à défendre son poste.

— Non, dit-elle, ma mère a besoin de repos... la lumière lui fait mal , vous dis-je!

— Eh bien ! reprit le maréchal qui commençait à s'étonner de cette persistance, puisque vous voulez rester dans la nuit , madame , tendez du moins votre bras, que le médecin connaisse Tétat de votre pouls.

Il y eut un moment d'hésitation dans l'alcôve. Hélène le comprit, et craignant que le maréchal ne s'impalienlat d'attendre , elle alla chercher sous les rideaux la main de Doloride , et , la faisant passer par leur ouverture, elle présenta au juif cette main longue et maigre.

M. de Saint-Aniiré la prit et l'examina en silence ; la clarté de la lampe faisait briller une bague à l'un de ses doigts.

— C'est singulier! dit le maréchal; cette bague... je croyais l'avoir, depuis longtemps , [)erdue... Oui... il me semblait qu'au siège de Thionville... !

Le juif tressaillit à ce nom qui réveillait ses douleurs.

— Voyons le pouls, dit-il , en prenant à sou tour la main de la malade.

Oh! comme cette main tremblait sous Vïmpression froide des doigts du vieillard !.,.

— Le pouls est singulièrement agité, dit-il lentement , après avoir longtemps interrogé le battement de Tartère.

— Eh bien , docteur , écrivez la prescription à suivre.

Et M. de Saint-André conduisit le juif à une table, approcha un fauteuil, le fit asseoir, et lui dit à voix basse :

— Écrivez l'acte qui l'engage dans le nouvel arrangement que nous sommes sur le point de conclure.

L'usurier regarda le grand seigneur, et celuici ayant fait un geste impératif, il se rapprocha de la table, s'établit dans le fauteuil, tira du petit sac qui pendait à son coté une écriloire , des plumes, un parchemin, et se mit froidement à la besogne.

La tempête grondait toujours furieusement au dehors ; le tonnerre joignait ses roulements aux sifflements du vent.

CIIAPIIRE V. 129

Le maréchal se promenait de long en large «lans la chambre. La jeune fille était toujours «lebout devant les rideaux.

— Monsieur, dit-elle enfin d'une voix tremblante , madame de Saint-André est bien fatiguée... elle se plaint, mon père; elle dit cjue tout ce bruit lui fait beaucoup de mal. Demain elle sera mieux , et si vous et le médecin voulez attendre jusque-là...

— Mademoiselle, répondit le maréchal, vous allez rentrer dans v«jtre appartement.

— Non, monsieur, non. . . je veille auprès de ma mère. Ma mère désire que je demeure.. . que je passe la nuit auprès d'elle.

— J'ai besoin de rester un instant seul avec madame la maréchale. — J'ai une aîfaire à terminer |)roiiip[ement avec voire mère ; je vous le dis , Hélène , peu de chose , une signature à lui faire donner.

— Mais, mon j)ère , mais, monsieur, dans Télat où elle est , pouvez-vous?...

— Ce n'est rien , vous dis-je ; une signature

à ap[)Oser : et il me la faut aujourd hui même,

car demain je dois partir de bonne heure...

Les événements qui se préparent à la cour ne

permettent pas (pie je m'en éloigne longtemps. I 9

— Mais , monsieur, réfléchissez;..

— Vous m^avez entendu , mademoiselle , reprit le maréchal en prenant sa fille par la main, et en l'entraînant vers la porte...

— Non, je ne puis sortir, en vérité, je ne le puis ! dit Hélène, en se cramponnant avec force aux rideaux du lit. Pardon , oh 1 pardon , si je vous résiste... mon père, mon père, ne me chassez pas !

— Sois tranquille , ma chère Hélène , dit tout bas dans Talcôve, une voix émue qu'Hélène , avec un ravissement inexprimable, reconnaît pour être la voix de sa mère ; sois tranquille, mon enfant, je me sens un peu mieux; va reposer dans ta chambre, et obéis à ton père.

Pendant le mouvement et le bruit de celte lutte légère quHélène avait soutenue contre son père, une porte secrète s'était ouverte tout doucement dans l'alcôve, et une femme, madame de Saint-André, les cheveux et les vêtements trempés de sueur et de pluie, s'était [glissée dans le lit aux côtés de Doloride qui , tremblante et respirant à peine , se leva et se tint appuyée sur le chevet, et retenue par la main convulsivement serrée

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