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grâce aux recommandations de mon ancienne maîtresse, il était impossible que je ne me retrouvasse pas souvent dans la compagnie de ce personnage étrange, qui aide encore M. de Saint- André à faire face à des dépenses toujours croissantes. Ecuyer du maréchal , mêlé par une inexprimable fatalité à la connaissance de ses affaires, je vous le dis à vous : c'est à peine si , de son immense fortune , la terre et le château de Mézières lui restent encore en entier. Ne demandez pas, Eve, ne demandez pas comment je le sais; car je ne pourrais vous le dire... initié dans les mystères honteux de cetle vie de débauche, je sais aussi que la femme dont il parle est d'avance flétrie dans son esprit; que celle dont il vante la beauté est une proie qu'il promet à sa passion, et que les peintures gracieuses dont il s'entoure, grâce au pinceau complaisant des peintres, qui le nomment leur Mécène , lui rappellent les traits des infortunées (juil a perdues et ceux de femmes qu'il veut perdre encore... Jugez donc quel a été mon effroi en reconnaissant , parmi ces portraits , le votre, ma sœur... Oui, Eve, votre portrait... — Mon portrait entre les mains du maréchal de Saint- André... Vous vous êtes méj)ris, Mé-
zières; votre amitié pour moi vous préoccupe, mon ami ; vous êtes comme l'ambilieux qui voit partout la couronne qu'il désire, jusque dans les nuages qui passent sur sa tête... D'ailleurs, qu'y a-t-il donc dans celte figure de si remarquable? ajouta -t-elle en avançant vers lui son riant visage. Allez, allez, Mézières, plus d'une femme à la cour peut me ressembler. Ce qui m'étonne seulement, c'est qu'on prenne la peine de peindre celles-là.
— Plus d'une femme peut vous ressembler, Eve? vous le croyez... moi j'en doute, quoiqu'il y ait de très -jolies personnes à la cour... Mais ce n'est pas à la cour que se trouve l'original du portrait que j'ai vu et tenu entre mes mains ; c'est au château d'Anet, Eve, au châteaud'Anet; et, maintenant, dites-moi si quelqu'un ici vous ressemble au point de donner le change à un ami qui porte tous vos traits gravés dans son souvenir.
— Ici , dit-elle, ici je ne vois guère que damoiselle Ragonde de Puivilain avec qui Ton me puisse confondre. Si elle cachait ses cheveux, qui sont d'un blond un peu hasardé, et qu^elle se présentât du côté de son bon œil , on
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pourrait, avec nn peu de bonne volonté, la prendre pour moi , je vous assure.
Et elle se mit à rire en véritable folle,
— Ne vous impatientez pas , Mézières , repritelle un instant après; mais, vraiment, rien ne prouve que ce portrait vu par vous soit le mien.
— Ce portrait était le vôtre , Eve... et il était accompagné de ces mois : « La jeune fille dont » ce portrait offre une très-parfaite ressemblance » habite le château d'Anet. Si celui à qui on » l'adresse veut s'en assurer, qu'il se rende » au lieu indiqué, dans la soirée du 45 octo- » bre ^ 56 i . »
— C'est aujourd'hui ! dit Eve, surprise et ne riant plus.
— C'est aujourd'hui même , reprit le page. Il y avait encore à la suite des phrases que je vous ai fidèlement rapportées , ces mots : « Quand il » fera nuit, trouvez -vous auprès du pavillon » des Quatre -Tourelles, qui fait face au châ- » teau , du côté duNoarc... » f-'l
— Le pavillon des Quatre-Tourelles! répéta Eve; voilà qui est singulier!
— Puis on imliquait d'une manière très-pré-
cîse , ajouta le page, la lourelle à la porte de laquelle M. le maréchal de Saint- André devait frapper trois coups pour se faire ouvrir.
— Le pavillon des Quatre-Tourelles , reprit la demoiselle de compagnie, en réflécliissant toujours, se trouve en effet au bout du parc. 11 ne contient qu'une vaste pièce, à laquelle conduisent quatre escaliers qui tournent dans les tours de ses angles. . . C'était là que , dans les jours de splendeur d'Anet, dans ces fêtes où les salons étaient trop petits , se réunissaient pour le festin et le bal tous ceux que l'opulence et la faveur royale attiraient au château. La grand'salle est déserte maintenant; et madame de Valenlinois ne s'y rend plus que lorsque le docteur noir, ce môme juif de la connaissance du maréchal et de la vôtre, vient riiabitcr pour quelques jours.
— Isaac Le Perdriel est-il donc aussi connu de la dame d'Auet? demanda Mézières.
— Oh ! vraiment , cette connaissance n'est pas d'hier ! répondit la jeune fille en baissant la voix ; elle existe depuis longtemps. Il y a un grand mystère dans ces visites, dont on n'est informé au château que par une lueur qui paraît la nuit à l'une des croisées du pavillon.