‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 78 sur 145 · CHAPITRE ri · texte numérisé non relu

CHAPITRE ri

l'allée (le ronfle, sans rej^arder e.i arrière, la traîtresse bète qu'elle étnit !

Eve, malgré le fou rire qui la prit quand elle vit que le vieillard en serait quitte pour la peur, se chargea de rattraper sa monture ; laissant au page le soin de tirer le juif de peine , elle se mit à courir sur les traces de la mule. Favorite, qui rôdait dans les environs, entendit le bruit de sa course et le rire qui l'accompagnait; elle se joignit bientôt à la jeune fille, et toutes trois, fill« riant, biche coureuse et mule effarouchée disparurent dans les détours de l'avenue.

— A l'aide! au secours! criait toujours le doc leur.

— Là ! là ! mon maître, ne vous désolez pas, lui dit le page; me voici pour vous aider à descendre de cette fenêtre où, comme un bon bourgeois...

— Soutenez-moi de grûce , Mézières ; vous vous moquerez après...

— Moi, je n'en ai nulle envie , Isaac; mais je voudrais savoir comment un docteur qui ne fait rien légèrement peut s'aventurer ainsi sur le dos d'une mule prèle à partir au j)remior commandement ; et jo suis bien tenté de vous

demander à mon tour : est-ce étourderie? estce distraction?

— Ouf! fit le juif pour toute réponse. Soutenu à temps par le jeune écuyer qui lui

avait abrégé la distance à franchir pour se retrouver sur ses jambes, il exprimait par ce cri ses auijoisses passées et ses douleurs présentes... En effet , ce vieux corps détiré violemment par son propre poids, en même temps quil avait été contracté par la peur , se ressentait douloureusement des suites de son imprudence.

Etendu sur riierbe, où Mézières l'avait déposé, il geignait piteusement.

— Je n'en puis plus! disait-il, et me voici aussi disloqué que si j'eusse passé une heure sur le chevalet d'un inquisiteur espagnol... Et ma mule?... e!!e court toujours... La maligne béte ne s'arrêtera qu'à la porte de son écurie. Mon gracieux jeune homme, mon féal ami, vous m'aiderez, n'est-ce pas , de votre bras, à regagner le pavillon où m'héberge la dame de céans?... Sans vous, je resterais cloue par la douleur en cette place où ma couché votre obligeance.

— Dépechons-nous donc, mon maître, dit le page en aidant le juif à se rtlever , car mon

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