CHAPITRE IL
reils, hébreu maudit, reprit Mézières; rien pour rien est voire maxime favorite... Du moment que je me suis adressé à toi pour te demander un service, je me suis constitué ton débiteur, et , comme je n'ai point d'or , c'est avec des paroles qui peuvent te servir à en faire, que je dois m'acquilter, à ton avis? N'est-ce donc pas assez de la honte de tinterroj^er , de te croire, et d'attendre de toi roxplicalion de mon sort, sans être obligé de payer tes mensonges par un perfide espionnage ?. . .
— Ah 1 cher ami , quelle idée !
— Celte idée, Isaac, je la bénis: elle a brillé à mes yeux comme un éclair dans une nuit sombre , elle maiile h voir où j'en suis de mes rapports avec toi. Aujourd'hui, je proteste hautement contre les espérances que tu as pu concevoir, contre les plans que tu as pu former en me voyant quelquefois répondre, trop légèrement peut-être , à tes questions sur ce que je sais de la conduite, des démarches, des projets de M. de Saint-Andié.
— Vraiment, mon lils, vous vous échauffez là pour rien... Quand il serait vrai que, par des renseignements bénévoles cl tout à fait désintéressés, vous m'eussiez quelquefois tenu au courant de
ce qui se passe chez le maréchal... où serait le graud mal?... N est-ce pas l'emploi qu'on fait d'uue chose qui rend celte chose innocente ou coupable? Quelles sont mes intentions? Vous les connaissez; elles vont toutes dans le sens du bonheur et de la gloire de votre illustre maître et de son illustre maison... N"esl-il pas en ellet déplorable, mon jeune ami, devoir votre patron, et je puis dire mon obligé, perdre dans de vaines intrigues de plaisirs et d'amours un tenips qui pourrait être employé si utilement pour lui, pour les siens et ceux qui rapprochent? Dans cet orage qui sélève et va ballotter encore le vaisseau de Tétat , au lieu de mettre la main au gouvernail, dans son intérêt et dans le nôtre, Mézières, à nous tous qui le servons avec tant de zèle, et l'aimons avec tant de persistance , il s abandonne, comme chose de peu de conséquence, au souffle de ses soties passions... Est-ce ainsi, dites-moi, qu'il pourra assurer le sort de tous ces braves seigneurs qui ont attaché leur fortune à la sienne , et reconnaître quelque peu les services, que Pon a été à même de lui rendre? Non... non, mille fois non ; et si, sans le vouloir, sans le savoir, mon excellent ami , vous aviez aidé à faire cesser cet état d insouciance , de