CHAPITRE II
sommeil qui compromet son honneur, sa fortune et celle de ses fidèles, pourriez-vous , je vous le demande, vous en repentir? Serait-on coupable , dites-le-moi, serait-on coupable, à votre avis , de clierclier à mettre en valeur un beau champ qui, avec un peu de travail et de culture, pourrait produire de bonnes moissons dont on aurait sa part, Mézières?
— Vous dites on \)Our je ^ mon maître, répliqua le page en riant, et parlez des intérêts des amis et serviteurs du maréchal, quand il s'agit uniquement des intérêts de votre arjjent , Isaac ; les moissons que vous voulez faire produire à ce champ laissé sans culture iraient dans votre grenier, ou je me trompe fort : ce serait apparemment Tintérét de votre argent, en attendant <jue le champ lui-même vous en répondit... Après tout, vous êtes juif, cl faites votre métier... Celui qui s'est adressé à vous le savait bien , vous n'avez pas changé d'enseigne pour le tromper : ainsi , (juel(|ue chose qui arrive , il a dû s'y attendre... C'est bien . et, sans autre inlluence satanique, docteur, le voici en bon train pour la perdition de son âme! Pour qu il vous cniprunlât de l'argent , beaucoup d'argent , le diable lui a souillé Tamour du luxe, des femmes
et de la dépense; etmainleuant, pour qu'il vous paie de gros et bons intérêts , le diable veut en faire un intrigant , un ambitieux, un conspirateur, peut-élre.
Pour toute réponse, le juif fit entendre son rire métallique.
— Tacbe bien difficile, mon maître, continua le page; le voluptueux reparaîtra souvent, je pense , sous la casaque de Tambitieux ; il en sera comme de la souris dont un sorcier aussi téméraire que vous fit une jeune reine, qui , malgré ses gardes, tremblait sur son trône quand elle entendait un cbat. Vous risquez fort, Isaac, de comprometiro, par votre métamorphose, le parti auquel vous aurez donné un pareil chef. Remettez, si vous Tosez , les grands intérêts du pays aux mains de celui qui, l'autre jour, disait à huis clos , à certaine dame venue en secret pour le voir : Je voudrais avoir la couronne de France, belle Ismène , je te la donnerais pour un baiser sur tes beaux yeux!
— Ainsi , dit vivement le juif, ainsi le maréchal était en conférence avec une des filles d'honneur de Catherine?...
A peine ces paroles eurent-elles été pronon cées,que le page s'en mordit les lèvres: lui qui