‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 83 sur 145 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

s'était tant promis de ne plus être indiscret, sinon curieux, il avait, de lui-même, divulgué le secret que , tout à l'heure , il refusait de livrer au juif.

Mécontent, l'air soucieux, il continua sa marche aux côtés du vieillard ; celui-ci, de temps en temps, lui jetait de côté un malicieux regard.

— C'est que vraiment, dit-il tout à coup, ce jeune homme ne manque j)oint de pénétration. 11 a très-bien su reconnaître les traits de la jeune beauté que M. de Saint-André croit trouver ici . . . et moi j'ignorais totalement qu'en voyant ce portrait notre jeune ami retrouverait une figure de connaissance... Elle est jolie, la jeune personne... et je ne m étonne pas que vous vous en soyez si bien souvenu... H y a des physionomies qui se gravent dans la mémoire, ajouta le vieillard en s'arrétant tout à coup ; et , tenez, Mézières , vous auriez vu cet autre visage, par exemple ?

11 présenta au jeune homme un petit portrait de femme qu'il avait tiré de sa poche.

— J'aurais dit, répondit Mézières après avoir examiné 1 émail , j'aurais dit : je ne la connais pas!

— Kl celui-là, pas davantage... car vous m'a-

vez (lil plusieurs fois que vous n'aviez jamais vu M. le prince de Condé.

— Celui-là? dit Mézières en prenant le nouveau portrait qu'on lui présentait. Ah ! voici qui est singulier, s'écria-t-il après l'avoir examiné ; c'est 1 homme qui se cachait aux environs de Mézières !

— Ah ! fit le juif ; et un sourire de satisfaction et de triomphe passa sur ses lèvres; vous croyez?...

— J'en suis sûr! dit il d'un air préoccupé.

— Eh bien ! vous voyez comment on finit toujours par apprendre ce que Ton désire savoir... Ainsi que vous le disiez tout à l'heure, mon jeune ami, rien n'esi plus difficile que de vaincre le naturel, mais c'est là, ajouta-t-il en regardant en face celui qui avait vainement essayé de se soustraire à son joug, c'est là le fin du métier , de savoir tourner au profit de ses projets les défauts et les inconséquences de ceux qui peuvent vous y aider; et je vous assure, mon maître , qu'il n'est besoin , quand on s'y entend, de pacte et de contrat avec eux, pour en tirer ce qu'on désire.

En devisant ainsi, ils étaient arrivés à la porte du pavillon des Quatre-ïourelles.

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