‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 84 sur 145 · CHAPITRE ÎT · texte numérisé non relu

CHAPITRE ÎT

Ils avaient marché si lentement que, lasse de les attendre, Eve, que son service auprès de la maîtresse d'Anet appelait au château , y était retournée. Ils trouvèrent la mule attachée par la bride au marteau de Tune des portes.

Un nègre, au service d'isaac, se tenait immobile à côté d'elle.

— Hassan, lui dit le docteur, tout est-il prêt ici?

Le nègre porta ses deux mains à son turban, et s'inclina sans rien répondre.

— Tous nos hommes sont-ils à leur poste? demanda encore Taslrologue.

Le même geste d'esclave répondit à cette nouvelle question.

— L'heure approche , continua le juif en consultant une grosse montre attachée à son côté. Il faut savoir maintenant si ceux que j'attends arriveront.

Il prit un cornet de cuivre pendu à l'arçon de sa selle.

— Mon jeune maître, dit-il en s'adressant à IMézièrcs, dont la curiosité était vivement excitée par cette apparence de mystère , vous êtes trop bien instruitdetoutcequi lait d un page de bonne maison un écuyer digne de servir un grand sci-

^neur, pour ne pas savoir lirerdecetinstrumpht, ajouta-t-il en lui présentant le cor , les sons en usage dans l'art noble de la vénerie... Allons , pour nous plaire , embouchez-moi ce cuivre sonore... un petit air de chasse, messire ! Celui qui s'en va, à travers Its bois , demander aux piqueurs attentifs si la découverle a été bonne, et s'ils ont vu celui dont ils sont en quête?

Le page fit entendre Tair qu'on lui demandait.

— A merveille, vraiment , dit le vieillard, et le roi gotli qui fut mangé des ours pour avoir trop aimé la chasse ne s'en fût pas mieux acquitté!

Le jeune homme gonllait ses joues pour donner une nouvelle preuve de son savoir-faire.

— Un instant, un instant, mon maître, dit le juif en mettant la main sur son bras; toute question veut une ré{)onse... et , tenez , ajoutat-il après un instant de silence , celle que j'attendais ne tarde pas à arriver.

En effet, un son décor bien éloigné s'éleva tout à coup au milieu des bois, et deux autres fois, parlant de deux autres points delhorizon, la même fanfare, à des intervalles à peu près égaux, se fit entendre à l'oreille du page étonné.

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— Eh bien! dit \e vieillard avec un air joyeux et en reprenant son cornet des mains du jeune homme, la chasse promet-elle d'èlre heureuse?.. Qu'en pense la vénerie? N'est-ce pas ainsi que le piqueur dit de loin à son maître : Réjouissezvous! réjouissez-vous! apprêtez vos dagues et vos épieux ! le cerf vient de lui-même se jeter dans les sentiers où vous Taltendez!

— Vous en savez aussi long que moi à ce sujet , mon maître, dit le page en proie à un vif désir de connaître la fin de tout cela... reste à savoir quelle espèce de chasse se prépare, et c'est ce que ne dit pas la sonnerie.

— Kt j'en sais plus long que vous à ce sujet , cher ami, dit le docteur en clignant de l'œil. Maintenant, si vous voulez entrer au château d'Anet, voici cet excellent nègre, l'éciiyer du juif, qui va vous présenter au majordome de madame la duchesse, conmie un jeune homme venu de Paris pour m'apporter un message... Vous serez très-bien accueilli, croyez-le, sur notre recommandation. Ne voulez-vous pas suivre Hassan? ajoula-l-il en voyant Phésilation du jeune homme qui semblait cloué à sa placo par la curiosité : c'est, croyez-moi, le parti lo plus sage : il est trop lard pour vous remellre en

route; en vous installant au château, je vous procure un bon gîte pour cette nuit, et l'occasion de reprendre rentretien que, si mal à propos , j\ni interrompu à la petite porte du parc... à moins que vous n'aimiez mieux rester à la garde de l'une de ses portes, et nous aider à recevoir Tun des trois personnages que j'attends, et dont le bruit de cor lointain que vous venez d'entendre m'annonce la prochaine venue.

C'était là ce que le page désirait en secret : il accepta donc la proposition du juif. Celui-ci l'installa à l'une des portes des quatre tourelles, à celle-là même où le maréchal de Saint-André devait venir heurter à la nuit, pour voir la belle dont il avait admiré le portrait.

Après avoir expliqué au page ce qu'il avait à faire, après avoir donné au nègre les dernières instructions, l'astrologue monta lentement l'escalier qui conduisait a la pièce principale du pavillon.

Cette pièce, nous l'avons déjà dit, avait servi autrefois aux fêtes que la galanterie de Henri II offrait à sa cour accourue à Anet pour rendre honîiiîage aux attraits, et surtout à la puissance de Diane de Poitiers.

C'était un immense salon encore tout resplen-

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