CHAPITRE II. 11j
dans une sorle de convulsion, ou du moins d'agitalion toute fébrile.
Et maintenant, il nipenle à grands }):is la salle dans toute sa longueur, connne s'il n'était plus en son pouvoir de contenir le mouvement qui remporte... L'on dirait de ces pièces mécaniques qui se mettent en marche aussitôt qu'on les a remontées, et ne s'arrêtent [)lus que lorsqu'elles ont dévidé leur chaîne jusqu'au dernier anneau.
— La dose a été plus forte que de coutume, dit-il enfin , en jetant du côté de la fiole un regard où se lisait à la fois le regret d'user sa vie par l'emploi de cet excitant, et sa satisfaction d'avoir aussi bien réussi dans sa composition. — Quelques jours de moins à vivre, reprit-il en continuant sa promenade; quelques jours de plus à dormir... qu'importe? Un peu plus tôt, un peu plus tard : ce n'est point là la question j — le succès, le triomphe, la vengeance... elle est toute là... Juif !... juif!!... Kt lui aussi, le jeune homme imberbe, Timprudent écolier qui peut à peine bégayer, il en s;iit assez pour me jeter à la face ce nom qu'ils ont tellementavili, que, quand ils veulent nous insulter, c'est ce nom seulemenlqu'ils prononcent... Juif !!! Misérable ma-
lionnelte dont je liens tous les fils, et qui ne reprend la liberté de ses mouvements que pour chercher à me battre au visage. Racca!... racca!... ils sont tous ainsi... humbles, caressants quand ils ont besoin de moi ; ingrats, lorsqu'ils croient pouvoir se passer de mon secours. — Tues mon ami, Isaac, j'ai besoin que tu me prêtes de l'argent; — Tu es mon anii^ Isaac, j'ai besoin que tu m'aides à consulter l'avenir pour savoir si je régnerai bientôt toute seule; — Tu es mon ami, Isaac, j'ai besoin de ta science pour me conserver encore longtemps jeune et belle; — Tues mon ami , Isaac, j'ai besoin de toi pour dévoiler le mystère qui couvre ma naissance... Grand seigneur, reine, duchesse et page me disent : Je suis ton ami, Isaac ! et il y a dans leur visage, quand ils [)arlent ainsi, un pli qui dit à leur insu : Tu es un misérable juif que je méprise! Tout beau, mes seigneurs et njes nobles dames! si vous saviez quel temps s'apprête pour le juif, votre pilié, certes, se changerait en effroi et en admiration! Ah ! vous croyez que vos querelles religieuses ne produiront qu'un vain bruit, que de vaines paroles que le temps emportera comme l'air d'une saral)ande ou les paroles d'un couplet!... Non, non, il y a un mot qui ne s'ou-