‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 88 sur 145 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lui-même de ses projets. Il s'arrêta tout à coup , et croisa ses bras sur sa poitrine.

— Tant de haine, dit-il , tant d'intrigues pour combler le vide d'un cœur qu'un sentiment d'amour remplissait autrefois tout entier !.., — Lia! Lia! ma fille! — Morte! perdue à jamais pour moi ! et, dans celle ville livrée à la brutalité du vainqueur, dans celte ville où je n'étais pas pour la défendre, pour offrir moji or, tout mon or comme rançon de son honneur et du mien , est-elle du moins tombée avec sa pureté, et le lis de Sion peut-il ileurirsur la terre qui recouvre son dernier sommeil?... Douleur accablante! oh ! je les frapperai tous dans ma vengeance... Un homme qu'on fait tomhcr à ses pic Is d'un coup de couteau, que Ion contemple dans l'horrible agonie du poison que Ton a versé dans sa coupe, cela ne serait rien pour nie satisfaire; et il me faut autre chose, chrétiens, pour me payer ma fille... Ce mystère (pji enveloppe sa fin tragique a donné à ma haine toute son immensité... je n'aurais haï, j(^ n'aurais frappé qu'un lio;nme si j'avais connu celui qui m'a ravi mon enfant; je vous hais, je vous frapperai tous dans mon incertitude! et mainlcnanl, oui, maintenant je refuserais le

rayon de lumière qui , tombant sur la tète du coupable, viendrait Findiquer tout seul à ma fureur... Et pourtant que d'efforts tentés autrefois pour tout savoir !,.. Mon or, mes recherches, mes espions n'ont pu me mettre sur les traces du coupable et de la viclime. « Beaucoup de femmes, de filles juives ont été tuées après avoir assouvi la brutalité du soldat. » Voici la réponse , la seule réponse qu'obtinrent mes demandes , mes instances, et mon or!... Oh! oui, ils l'ont tuée!.,. Lia est morte ! son corps sanglant et flétri ne sY»st-il pas ranimé dans la tombe... j)0ur venir... Et pourquoi chez le maréchal de Saint-André? Pourquoi celui-ci a-t-il élé épouvanté par cette apparition qui ne fut pas terrible [)our moi seul? 11 la connaissait donc... Et cette histoire de fille séduite, abandonnée, racontée dans cette nuit-là même derrière de funèbres rideaux... si c'était... — Oh 1 il faut fuir cette idée qui rapetisse ma vengeance, et qui remplacerait peut-être, si je mV arrêtais, le nouveau coup de lance que je veux donner au côté du crucifié, par une piqûre de poignard sur une seule poitrine! Ainsi donc, ajouta-t-il dans le dernier degré de lexaltation, ainsi donc, ombre plaintive de Lia, s'il est vrai qi^e t^i sois

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