CHAPITRE IIF
et tournienlée à ce sujet par d'indignes faiblesses de conscience, je me disposais à vendre cet écrin, ces bijoux, Isaac, et à en employer le prix, car la favorite n'a pas d'autre argent à sa disposition, à l'employer au soulagement des maux que je n'avais peut-être pas assez empêchés!
— Louables dispositions! dit le juif. Vendre vos diamants?... madame. Cet argent ira grossir les sommes énormes que MM. de Condé et Coligny puisent à [)lcines mains dans les coffres du Louvre pour le soulagement de leurs pauvres frères, comme ils les nomment... ou plutôt, ne vous pressez pas, madame, car Ton viendra un de ces jours les réclamer.
— Les réclamer ! et au nom de qui, s'il vous plaît?
— Ceux de l'assemblée des états généraux, l'ignorcz-vous? ont décidé la restitution des sommes perçues et des dons faits sous les deux derniers règnes.
— Sont-ils donc si sûrs du triomphe, qu'ils en aient déjà toute 1 insolence? s'écria Diane avec un ton de menace... exiger la restitution de ces diainunis... ah! ils ne sont pas encore où ils croient en être... qu'ils les réclament... je les
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leur porterai moi-même... Or voici, messieurs, dirai-je à leur assemblée, voici ce qu'il s'agit de vous rendre... arrachez de mon doigl celle bague; elle me fui donnée par les ambassadeurs qui décernèrent à mon roi et au voire , messieurs, le surnom glorieux de protecleur des libertés germaniques... Enlevez de mon front cette étoile ; les habitants de Calais , redevenus Français, me l'offrirent, car ils savaient que mes conseils avaient quelque peu servi à cette noble conquête qui chassa l'Anglais de France. Marie d'Angleterre , en mourant de chagrin d'avoir j)erdu ce diamant de sa couronne , disait : Après ma mort , ouvrez mon cœur, vous y lirez : Calais ! Et moi , je pourrai dire : Regardez mon front, la reconnaissance de quelques Français y avait placé ce nom glorieux, ringralilude des autres l'en a effacé! Prenez, messieurs, prenez tous ces diamants : il y en a qui rappellent Toul, Metz, Verdun, Renty... leurs souvenirs glorieux me resteront quand vous aurez repris ces bijoux... leurs souvenirs sont ailleurs : c'est l'écrin de la France! prenez ! Je ne garderai, si vous voulez le permettre, que celte perle tachée de rouge : elle tomba de ma parure dans le sang royal du dernier chevalier qui brisa
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sa dernière lance en l'honneur des dames ; je la garde, bien que je n'en aie pas besoin, pour nie rappeler, messieurs, qu'il est morl, et que la lance qui défendait Tliouneur des dames s'est brisée, brisée à jamais !
— Us prendront sans difficulté vos diamants, dit le juif; car ces gens- là ne s'émeuvent de rien ; et il se pourrait môme que, quelque soir, une clarté de fête les fit étinceler au Louvre sur le front d'une autre femme!...
— Oh ! non, cela, non vraiment, dit-elle avec un rire qui éclata comme un cri de guerre... qu'ils ne retournent point au front de Catherine. Catherine intrigue pour les huguenots , Diane doit tout faire pour réunir les catholiques, c'est dans l'ordre !
— Et il n'y a que vous qui puissiez, madame, opérer cette réunion, et, de laiit de forces et d'illustriitions éparses et mal jointes, composer le faisceau redoutable qu'on jeltora devant messieurs deCondé et Coligny, et contre lequel ils viendront se briser.
— Folles idées! reprit Diane après un moment de silence , folles idées dont la réalisation est impossible... Vous oubliez, j'oublie moimême que les trois honunes qu'on pourrait
opposer avec succès aux empiétements de la huguenolerie sont divisés par d'anciennes querelles, et maintenant hors de mon action !
— M. de Guise n'est plus en Lorraine ; arrivé depuis quelques jours dans son château de Nanteuil, il se dispose à rentrer dans Paris où rappellent les dangers des catholiques opprimés par la présence de Coligny et de sa suite que grossissent les étudiants de TUniversilé. Pour M. de Montmorency, après s'être tenu longtemps renfermé dans l'un de ses chaleaux , il a aussi quitté le gîte et se ra|q)roche de Paris. Quant à M. de Saint-André, il est encore à la cour, et rien n'est j)lus facile que de le trouver.
— Oui ; mais moi j'ai juré de ne plus quitter ma tranquille retraite.
— Sans fausser votre serment, vous pourriez rallier ces grands personnages pour les placera la tète du parti qui, sans eux, va succomber; — et si le hasard, ou une adroite manœuvre les amenait ici...
— Anet est un lieu dont ils ont totalement oublié In roule. M. de Guise ne se rappelle plus aujourd'hui les alliances qui m'unissent à sa maison ; le malheureux coup de Monlgommery, Isiiac , a été fatal à ses souvenirs! Mon