‹ La maréchale de Saint-AndréChapitre 98 sur 145 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

(lame la ducliesse , dit le juif en se lovant , et si celle solitude , ce silence , cette obscurité vous atlrislcnt , dites un mot, et vous verrez que le temj)s des prodiges n'est pas passé pour vous.

— Vraiment! dit-elle en riant, quelque surprise se prépare-t-elle ici? Voyons, docteur, voyons donc les preuves de votre souvenir et de voire savoir-faire man^ique.

Et tout à coup , à un signal donné par le juif , nous devrions peut-être, en ce moment , dire le sorcier, une vive et subite clarté inonde ces lieux tout à 1 heure si obscurs; car les lustres, resplendissant de mille feux allumés comme par magie, sont descendus lentement du plafond .

Une joyeuse musique s'élève sous les fenêtres de la graiid'salle , et, à Tune de ses portes dont les deux battants se sont ouverts h grand bruit, s'empressent dames et damoiselles, écuyers et pages, tous en habits de cérémonie, et élevant vers Diane sur()rise leurs bouquets de fête. Ces cris : Vive madame la duchesse ! vive notre noble dame! se répètent en chœur; car les vassaux sont réunis dans le parterre, cl dansent aux clartés joyeuses d'une illumination féerique.

— Soyez tous les bien-venus, dit Diane, et grand merci aux cœurs qui n'oublient pas!

Le cbapelaia de madame la ducliesse entra gravement. S'approcbant d'elle, le vieux prêtre dit à la grande dame quelques bonnes paroles qui lui firent venir les larmes aux yeux; après quoi, mademoiselle Métézeau fut la première qui présenta son bouquet.

— Ab! madame, dit la jeune fille d'un ton de reproche, quand Diane se baissa sur elle pour la baiser au front, il est donc impossible de vous surprendre...

— Me surprendre ! je t'assure bien , Eve, répondit madame de Valcntinois, que j ignorais absolument...

— Oh! vous vous attendiez, bien sûr, à une fêtel Vous avez mis tous vos diamants.

— C'est vrai , pourtant , dit Diane en jetant loin d'elle Técrin vide qu'elle tenait encore; si je me suis parée, c'était par pressentiment.

Et, pour recevoir les hommages et les fleurs de ceux qui viennent la fêter , la noble et gracieuse dame s'assied sur son grand fauteuil , dont le dossier recouvert de brocart est couronné de ses armoiries et de ses fleurons de duchesse. Le fauteuil aiix crépines d'or, aux pieds en fuseaux,

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est exhaussé et soutenu par une sorte d'estrade comme on en voit aux siégts de princes. Diane s'élève ainsi au-dessus de sa petite cour qui se range en cercle derrière elle. Le vieux savant, debout à ses côtés, prête Toreille aux bruits du dehors; et, assise à ses pieds, Eve réunit en un seul et odorant faisceau tous ces bouquets que lui a remis sa marraine. Des clameurs loinlaines, de lointaines délonnations s'élèvent de temps en temps au milieu du silence de la nuit... c'est la fête qui continue en bas.

Voyez Diane maintenant, et dites-moi si ce n'est pas un prodige d'être à cet âge et si fraîche et si belle. Ses yeux brillent comme ils brillaient à vingt ans ; son front haut et vaste n'a pas une ride; aucune ride non j)lusn'a défiginé les contours inférieurs de ce visage qui , par sa blancheur, sa netteté et sa gracieuse durée, semble avoir été taillé dans le marbre. 11 est vrai que le cou et les cheveux , qui d'ordinaire, chez les femmes, portent les premiers la flétrissante empreinte de la vieillesse , sont cachés pour Diane sous un bonnet à la Marie-Stuart et sous la large fraise du temps; mais le peu qu'on en voit prouverait au besoin que la mode seule et non un calcul de coquetterie lésa fait disparaî- 1 13

tre sous ses triples dentelles; du reste, madame de Valenlinois est droite et ferme, elle poile la tête haute, découvre, en riant, les plus belles dents du monde, et laisse tomber sur le rouge I)ras de son fauteuil une main mignonne et blanclielte, main aux doigts allongés, aux ongles de nacre, aux fossettes gracieuses, main de duchesse qu'elle laisse voir sans gant, apparemment pour que Ton excuse Henri de France de l'avoir laissée s'appuyer sur son épée de chevalier et sur son sceptre de roi.

Honneur à votre science , maître docteur , s'il est vrai que le monde vous doive la conservation de cette merveilleuse beauté ! C'est grand dommage, que votre secret soit perdu! Nos pharmaciens ne font plus dor potable : Diane en usait, dit-on; et, pour en rendre l'effet plus certain, elle se couchait à dix heures, se levait à cin([ , n'employait jamais à sa toilette que l'eau froide et pure, ne se permettait ni fard ni cosmétique, et faisait, tous les jours, de longues promenades à pied ou à cheval. En attendant que l'on vous ait retrouvé l'or potable, essayez, mesdames, de ce régime. Joignez-y la tranquillité de lame, la douceur, la patience; soyez bienveillantes pour tout le monde,

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