CHAPITRE III
même pour les plus jeunes et les plus jolies, et \ous vieillirez moins vite. . , Vienne après, et lorsqu'il se pourra, le prodige de ralchimiel Quand, à la demande du capucin , les enfants du conte de la Soupe au caillou eurent mis dans la marmite les légumes, le beurre, le pain et le sel, pour manger un bon potage ne pouvaient-ils pas se passer du caillou merveilleux?
— Or ça, messire, dit Diane en se tournant du côté du docteur, pour occuper la soirée, votre science va-t-elle continuer ses prodiges?
— Mais il me semble que madame la duchesse, répond rimpassible vieillard , m'a fait entendre tout à Ibeure qu'elle recevrait volontiers quelques visites... Voyons, huissiers, faites votre devoir... n'avez-vous personne à annoncer?
Des pages se tenaient aux portes du salon carré.
Trois de ces portes s'ouvrirent en même temps, trois pages s'avancèrent.
Arrivés à quelques pas de la duchesse, ils s'inclinèrent devant elle, et annoncèrent chacun à haute voix :
— Monsieur le connétable,
— Monsieur le maréchal de Saint-André.
•— Monsieur le duc de Guise !
— Est-ce possible ! s'écria Diane en se levant vivement et en s'élaiiçant au milieu du salon.
Elle s'y trouva juste au moment où les trois grands personnages annoncés s'y rencontraient eux-mêmes.
Les voici tous les quatre en présence.
Le juif avait disparu.
Une porte restait encore h ouvrir.
liG coniiélable Aune de Monlmoreiicy esl un vigoureux vieillard, encore bien en élat de batailler, eonime il l'a faittoule sa vie; c'est, ainsi qu'il le disait lui-même , une vieille barbe grise qui pend à des cicatrices. Son sourcil épais et grisonnant , sa figure balafrée, son vêtement de velours noir, la couleurfauve de la f<jurrure qui garnit son manteau et fait ressortir la blancbeur de sa longue barbe , tout est sévère dans ce rude compagnon. On ne voit briller sur lui que les chaînons du collier de Saint-Michel tombant sur t-a poitrine , et la poignée taillée à fa-
cettes de sa dague, mêlée aux grains d'or et d'ébène d'un rosaire.
Nous avons déjà vu M. de Saint-André , c'est toujours riiomme de cour, le serviteur des d^ mes : taille souple, démarche légère, moustaches luisantes et barbe en pointe, teint fardé comme celui d'une coquette, atmosphère de musc autour de lui , la cape du coureur d'aventures jetée négligemment par-dessus ses habits; grand chapeau à l'espagnole avec sa chaîne d'or et sa plume jaune , large collet , riche ouvrage de points coupés , renversé et retombajit sur le manteau ; brillante pointe d'épée qui passe , bottes en fin cuir odorant et beaux éperons d'or aux talons : tout indique chez lui Ui seigneur en bonne fortune.
C'est autre chose pour le troisième, qui s'avance tout d'une pièce , poitrine en avant et tète haute, avec un cliquetis de guerre, comme s'il était aussi bardé de fer que Roland à Roncevaux. Il n'a pourtant qu'un justaucorps de peau de buffle, doublé de cramoisi avec des broderies de même. 11 ne porte ce soir-là niarmetaufront, ni cuissards, ni brassards, ni gantelet, et pourtant, il sonne en marchant, soit que sa bonne épée ait été tirée assez souvent de son fourreau