LA YISITB DE LOUIS XI¥ AU HARECHAL
« dans son appartement. Il 1 y trouva avec quel-
«ques dames; il y fut peu, mais avec cette ga- «lanterie majestueuse qui lui était si naturelle. «Il s en alla de là chez lui. Cette visite excita (cun renouvellement d*envie et fit un grand «bruiL dans le monde. Le maréchal de Gra- «mont, mort en 1678, est le dernier seigneur «que le roi ait visité dans une maladie. En a allant chez Villars, il dit, comme par manière «d*excuse, que, puisque le maréchal ne pouvait «venir chez lui, il fallait bien quiii'allàt trou- « ver. 9
LES CALOMNIES DE SAIiNT-SIMON.
Elle ne se doutait pas, la belle et sémillante maréchale de vingt-six ans, rayonnante de la gloire de son époux, enorgueillie des hommages du grand roi, que ce petit duc rogue et rageur, allait lui faire expier, à bref délai, dausle silence du cabinet, et ie duché et la pairie, et l'invitation elle-même, quun méchant esprit avait con* sidérée peut-être comme une impertinence de parvenu. En effet, à quelques semaines de distance de la visite du roi« il survint à la cour un événement qui occupa le monde et fit beaucoup parler. Il s*agit de la mort de Louis de Bourbon, dit M. le duc, petit-fils du grand Condé, et père de cet autre M. le duc qui succéda au régent d'Orléans, dans la place de principal ministre. Il mourut subitement, le 3 mars 1710, à Paris, dans son hôtel, dont tout le monde connaît remplacement, encore signalé par le nom de deux rues.
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L'accident arriva vers le milieu de la nuit, et Dangeau en raconte lous les détails. Saint- Simon les raconte aussi, mais avec des variantes dignes de remarque. Il e^l certain que M"** la duchesse, voyant le prince A Tagonie^ envoya prier la princesse de Conli,M. le duc du Maine èt M. le comte de Toulouse de venir i assister dans son malheur. Mais, selon Saint Simon, quand on alla chercher le comte de Toulouse i Versailles, on ne le trouva point couché dans son hôtel » et pas un de ses gens ne put on ne voulut dire où il était, ni laller avertir. «H a n*était pas loin pourtant* dit Saint-Simon , dans «un bel appartement d'erpprunl, avec une très « belle dame du plus haut parage» dobt le mari «était dans le même, qui en faisait deux beaux, « où tout le jour il tenait le plus grand état du «monde, mais qui, malgré des jalousies quelle quefois éclatantes, était hors d*état.de les aller « surprendre, et la dame apparemment bien sure • K du secret. »
A ces insinuations fort transparentes, les malins ont reconnu la maréchale de Villars, l'appartement d'emprunt dont elle jouissait à Versailles, et la sûreté qui lui était acquise par la
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blessure du maréchal. Suppositions scandaleuses
qui ont trouvé crédit, il y a quelques jours encore, dans un livre écrit avec infiniment d*es* prit, et auquel ne peut manquer le succès^ auprès du public curieux de beau langage et de récits piquants.
fioccace et Brantôme auraient pu penser et dire qu en pareille matière rien n'est incroyable et que tout est possible, ce que je déplore.
Quant à moi, je repousse Timputation, en ce qui touche la maréchale, comme une infamie absurde et controuvée. Je n'aurai, je crois, pas de peine à le prouver à des esprits sérieux et réfléchis. Laissons de côté lacté en lui-même et le moment que la belle dame aurait choisi pour cette galanterie. Laissons de côté son caractère odieux, en letat des circonstances, car 1 élévation des rangs, des sentiments étant donnée, élévation dont il faut cependant tenir compte, un trait pareil ne se pourrait excuser. M"^ de Coulanges écrivait à M"** de Grignan^ : «M. de
* Les mariages dans Vanaienne société française, par M. Ernest Berttn, Paris, 1879, ^ volume in-8*. Voyes
pages à^à ,465.
* Correspondance de Sévigné» X, p. 5o6.