LES CALOMNIES DE SAINT-5IM0N
«Villars est si amoureux de sa belle maréchale, « quil est difficile qu il soit heureux. Cette pas- «sîon est ordinairement suivie d'une autre qui tt trouble ie repos, lors même (juon a ioat Ueu de <i ne se point inqaiéter. Le maréchal est souvent uplus aise que s il avait épousé ma nièce, mais dil est bien moins tranquille qu*il ne f aurait «été.»
Le mal fondé de la jalousie du maréchal
était le propos courant des valons de Varangeville, de Maisons et de i*hôtel de Carnavalet. Le président Uénault, esprit observateur et fm, qui n*aimait pas la maréchale de Viiiars, a dit d'elle : u£lle tenait un grand état; sa maison «fut toujours remplie de la meilleure compaugnie. Elle avait aussi toujours bien vécu avec «son mari, qu'elle faisait enrager pour sa ja- «lousie, mais qu'elle craignait, et pour lequel «elle avait la plus grande considération. Aussi a participait-elle à 1 éclat de la vie de ce grand « général. »
L aventure du comte de Toulouse aurait eu, selon Saint-Simon, un grand retentissement.
J'en doule , car il est seul à en parler. J'admets cependant que le mauvais propos ait pu iiaitre
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et courir; niais , si ie fait eût été vrai, la maré^
chale eût été livrée au mépris, car nous ne sommes point encore à la régence; et nous voyons, au contraire, la maréchale monter toujours en considération. Mettant toutefois à 1 écart Targument moiai, en cette affaire, les argu* ments positifs soffirent en abondance pour jus-* tifier M"' de Viiiars, sans rechercher si l'aventure ne pourrait point s appliquer k une autre héroïne, ce qui serait un abus de i'érudilion.
Souvenons-nous bien que ie comte de Toulouse habitait Versailles; c'est là, à son hôtel, OU à son logement dans le palais, quon a dù le chercher, de la part de la duchesse de Bourbon, dans la nuit du â mars, si ion en croit Saint-Simon. Il y a premièrement à remarquer que, lorsque, sur le matin du 3 mars, la duchesse de Bourbon s*est décidée i partir de Paris pour Vei^illes, elle a rencontré à Ghaville le comte de Toulouse qui accourait à son appel , et auquel elle a fait rebrousser chemin. Qr M. le duc était mort vers le minuit, dans sou hôtel. Supputez le temps qua dù mettre au voyage le courrier expédié i M. le comte de Toulouse, àVei^ailles; ajoutez le temps employé
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par le comte pour venir jusqu a Chaville, où il a rencontré la duchesse, il reste bien peu de moments, en vérité, pour placer le temps perdu à la recherche du comte de Toulouse en bonne fortune. Une invraisemblance démontrée pour la version accusatrice ressort du récit de Saint- Simon Itti^néme et des calculs, que j\ippuie sur le récit minutieusement circonstancié de Dangeau et d*un autre témoin, digne de plus de confiance encore, la marquise d'Uxelles, laquelle n'avait, pour se faire sur le scandale prétendu, aucun des motifs de prudence qu'on peut supposer & Dangeau ^. Ce dernier affirme que le comte de Toulouse est accouru immédiatement.
Mais cest trop peu que ces objections; voici qui est décisif, A cette journée du 3 mars, le maréchal et la maréchale de Viliars n étaient plus à Versailles, ni dans Tappartement d'emprunt de la princesse de Conti. Les papiers de Viliars, si fidèlement analysés par Ânquetil, nous"* apprennent que, dans les premiers temps de fannée 1710» le maréchal , à peu près remis de
^ Voy. Dangeau, t» XIII, p. iia et 1 13.