FÂGUKIX EFFETS DE LA JALOUSIE
On ne saurait le méconnaître. Si la jalousie de Viilars, au sujet de la maréchale, fut odieusement exploitée par ses ennemis pour ie déconsidérer, die nen fut pas moins une faiblesse regrettable dans un si grand personnage, et la malveillance en a tout naturellement profité pour attaquer non seulement la vie privée, mais encore la vie publique du maréchal ; elle a pu même ébranler son crédit à Versailles, et du moins elle a donné lieu à des correspondances qui auraient à coup sûr amoindri l'autorité de Villars, si dles n'avaient été couvertes par la prudence discrète du roi , qui savait tout ce qu'il pouvait attendre d'un homme de guerre si habile et si dévoué, et qui, en conséquence, usait des ménagements les plus délicats pour le ramener dans la voie dont il était écarté. Des documents aussi importants que curieux, nouvellement
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tombés entre mes mains, m'obligent, àcetégard, à revenir sur les premiers temps de lunion des deux époux, et sur le séjour de la marécbale à Strasbourg.
Le maréchal avait, en 1702, une grande et difficile mission à la tète de Tannée d'Allemagne. 11 commandait les forces que Louis XiV voulait réunir à celles de TÉlecteur de Bavière, détaché par le cabinet de Versailles de la coalition si redoutable formée contre ia France, à loccasion de la succession d'Espagne. La jonction de Villars avec rÉlecteur devait être la conséquence de la victoire remportée à Friedlingen contre l'armée impériale; et, réalisée, elle mettait fËmpire en péril. Elle fut retardée par des circonstances imprévues, et forcément remise de la campagne de 1702 à celle de 1 708. L'impatience française en fut émue, et les malveillants de Versailles ne manquèrent pas de reprocher à Villars d'hésiter à s'enfoncer en Allemagne, pour ne pas trop s'éloigner de Strasbourg, c'est-à-dire de l'objet de sa passion.
Après la jonction des deux armées , en 1 yoS , on sattendait à d'éclatantes opérations militaires. Villars les avait conçues et préparées. Le
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cabinet de Versailles y applaudissait. M. de ChamiUard écrivait à Villars, au mois d avril 1 703 :
«Sa Majesté ma chargé expressément de vous adiré qu'elle a une confiance si entière en vous, «quC| sans consulter les officiers généraux de « son armée , que pour leur faire honneur, quand «vous le jugerez à propos, elle désire que vous «preniez sur vous ce que vous croirez du bien «de son service. Elle ma assuré que M. de Tu- « renne en usait ainsi; et, comme vous marchez « sur ses traces, et que vous êtes en train de vous « rendre redoutable autant que lui eu Allemagne , «vous ne devez vous contraindre en rien sur « toutes les entreprises dont vous êtes chargé. Je «suis persuadé que, lorsque vous aurez joint «M. rËlecteur de Bavière, etc. )>
De son côté, après avoir franchi les Montagnes Noires, Villars, se sentant maître de la situation, écrivait au roi, du camp de Dillingen :
«L*Empire est ouvert, Sire. Que Votre Ma- «jesté ordonne à M. de Vendôme denvoyer « 3 0,000 hommes (de l'armée dltalie); à M. de « Tailard de faire le siège de Fribourg, de passer
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«ensuite à Diliingen; que M. de Tallard ait « ordre de suivre mes pensées sans hésiter; ou «que Votre Majesté charge M. de Marsin du «eoniinandement de cette armée, afin que je «puisse aller diligemment du haut Danube en «bas, suivant les occasions; nous serons maîtres «du Danube, depuis sa source jusqu'aux portes «de Vienne; de manière. Sire, que je crois « pouvoir prendre \ ienne , si l'Empereur ne fait «pas venir diligemment son armée dltaUe, par «le Frioul, pour se mettre derrière la capitale, « et couvrir une partie de TAutriche. Par Ratis- «bonne, je marche en Bohême, et, si M. le « prince de Bade veut défendre la Bohème , nous «soiniiies les maîtres de toute la Souabe, en «deçà et en delà du Danube * et partie de la «Franconie. Ce projet me paraît infaillible ; et, si « TEmpereur emploie son armée d'Italie à se ga- «rantir, au nom de Dieu, que Votre Majesté ne « songe ni au siège de Landau, ni à iaire prendre «Osti<^lia, dont on dit le siège manqué par une «inondation. Les forces que Votre Majesté lais- « sera sur le Rhin et sur le P6 doivent se con- « tenter d'une défensive la plus aisée du monde, a et je me charge du reste.
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«Les barrières de TEmpire, qui semblaient «impénétrables, sont forcées de tout côté. Je («prie Votre Majesté de s'en fier à celui qui a «commencé fouvrage. Je le terminerai, Sire, à «la plus grande gloire de Votre Majesté; je la «conjure de vouloir bien s*en rapporter à moi, u et j'ose la supplier d'être persuadée que je les «mènerai loin, etc.»
Mais le mouvement en avant de larmée de Villars ne s'était point accompli sans de grandes diilicultés. Larmée française du Rbin était, de vieille date, travaillée par l'indiscipline, et les chefs semblaient l'autoriser par leur exemple. Avant tout, Villars s'était appliqué à rétablir le respect de la règle et à imposer la discipline à tous, grands et petits, même au prix d'actes multipliés de sévérité. D'autre paît, et en vue du grand dessein qu'il nourrissait, lequel exigeait trait de tenips, Villars avait voulu rompre la vieille habitude des congés d'hiver, et contraindre la noblesse sous ses ordres à hiverner en campagne. Autre sujet de mécontentement.
On ne faisait faute de dire et d'écrire que le maréchal , ayant sa femme à Strasboui^, en prenait
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à son aise, au détriment général. De telle sorte quà la reprise active des hostilités, il y eut comme une conspiration générale de mollesse et d'insubordination , et que , pour décider les régiments à la fatigue et k ia vigueur, le maréchal fiit obligé de se montrer le premier à la marche et au danger, et.de prodiguer sa personne en toute occasion. Il en fut grondé par M. de Cliamiilard, au nom du roi; à quoi ViUars répondit, le a mai :
(( Vous me faites rhonneur de me dire , Mona sieur, que je dois me conserver. Vous savez « tju il ne marcherait peut-être pas quatre com- «pagnies de grenadiers» si je ne me mettais à leur tête. Je lai encore éprouvé dans la journée «d*hier. Je veux espérer que, le trajet fait, je a retrouverai des hommes; mais, jusqu'à présent, «je n*en ai connu que dans le soldat, tant Ihor"- «reur de se dépayser étonnait tout le monde, «et je vis hier, à la lenteur que Ton apportait «pour attaquer les ennemis, que, si j*avais mal» «heureusement délibéré un seul instant, nous « nous retrouvions dans les incertitudes de BicheL «Je n ai donc pas fait autre chose que de mettre
dO fAgu£u\ srFLfs de la jalousie.
• pied à terre, au travers des bois et des ro-
• chers t à la tête des premiers soldats, étant « obligé (le dire à quelques ofBciers généraux : «Quoi! Messieurs, il faut que moi, maréchal de tt France, votre général, je marche le premier «pour TOUS ébranler! Eh bien, marchons.
ttQue ceci, je vous conjure. Monsieur, soit «pour vous seul; ce serait même très mauvais à « répandre. Il pourrait ùter à nos ennemis une «terreur dont, avec laide du Seigneur, je prë- « tends faire bel usage , etc. »
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