LBTTIII DE M. DB CHAMILLARD
tt dune manière à le pouvoir détermioer, Ai vous <f n*étiez pas du même sentiment. A moins que tt cette diversité d'avis ne se trouvât dans une «occasion trop importante, vous devei prendre ttsur vous de suivre le sien; et le personnage « que vous avez à remplir n'exige pas moins la «politesse du courtisan que la prudence et le a courage du grand capitaine.
«J'ai si bonne opinion de vous, que je suis «c convaincu par avance que vous surpasserez en « tout genre ce que Sa Majesté et vos amis at- «tendent de vous
«Je ne puis finir sans vous parler des offi.- «cicrs qui servent sous vos ordres. Vous navcz «pas été content d'eux; vous le leur avez té" «moigné dune manière qui les a désolés, etc.»
RÉPONSE DE YILURS.
Cette lettre produisit sur 1 esprit de Villars l^eflet qu on doit facilement imaginer. Nul mieux que lui ne pourrait rendre son émotion, le trouble de son âme et Tagitation de sa pensée, en celte rencontre. Il a rc^pondu à M. de Chamillard par une lettre qu'Anquelii n'a pas reproduite, lettre où se peint un tourment que le maréchal n'a pas dissimulé , et que nous mettons sous les yeux du lecteur, par respect pour la vérité de Tbistoire, tout en plaignant Tesprit humain detre exposé à de pareflles épreuves.
« A M. de Chamfllard. Au camp de Riedling,
« le 3o mai i^oS.
a J 'ai reçu , Monsieur, la lettre que vous m avez «fait l'honneur de m*écrire le i&. Je n'ai pas «d'expression pour vous marquer ma vive re- « connaissance de toutes vos bontés. J'en suis
RBPONSB DB T1LLAR8.
a pénétré. Monsieur, et je crois, par mon atta- « chement très fidMe , mériter votre amitié. JTose a m*en flatter et c'est ce qui me fera répondre «avec plus de liberté h tout ce que vous me « faites l'honneur de me dire.
«Le premier article regarde le voyage de «M"' la maréchale de Villars en Allemagne.
tt.Vous dites, Monsieur, m'avoir fait l'honneur (c de m'écrire quelque chose sur cela.
«Il y a eu des ordinaires pris, et assurément « a Monsieur, celte lettre a été perdue.
aQuant à ce voyage, je fai résolu et publié, «parce que le Roi ayant eu la bonté de me dea mander ce que j*en ferais , j eus f honneur de «lui dire que, si je passais en Allemagne, jy « ferais venir M"" la Maréchale.
((Quant au raisonnement que I on veut faire, «par le même esprit des préventions que Ton «a contre moi, il est d'autant moins fondé, «qu'elle n*a jamais dû aller à Munich, et je «ne couipiends pas comment moi-même je «pourrais y être plus de huit jours, dans toute « Tannée.
«Pendant la campagne, apparemment je «suis à la tête de larmée*, Thyver, cette armée
60 RÉPONSE D£ yiLLARS.
«prendra ses quartiers, ou vers TAutriche, au- «quei cas je dois naturellement demeurer à
«Passaw; ou en Franconie, auquel cas je dois «demeurer i Nurembei^ ou à Ratisbonne; ou uen Souabe, ce qui est plus apparent, auquel «cas, je demeurerais à Ulm ou dans quelque tt autre ville. Ainsi donc, Monsieur, cette idée « des causes de difficultés prétendues à ia cour a de Bavière est entièremeut fausse.
«D'ailleurs, Monsieur, on veut que j*envoie «M"* la maréchale de Villars en Daupbiné, « dans quelque vieux château ^ Je ne suis pas «mécontent de sa conduite, pourquoi la Iraite- « rais-je avec dureté ?
u J'avoue que je crains pour elle le séjour de «Paris, où elle doit vivre indispensablement «avec des compagnies très dangereuses. Elle est «mai avec ma mère^ et ma sœur^, et je ne
^ Les Villars ayant donné cinq archevêques à ia ville de Vienne, en Daupbiné, y avaient des possessions. * Voîlè qui explique le peu d'intérêt que M"* de
Grignan prenait à la maréchale. Voyez une lettre rapportée dans les pages précédentes.
' Est-ce Agnès de Viiiars, qui fut abbesse de Ghelles, en 1707, ou plutôt Marie-Lonise de Vfllars, mariée au
comte de Choiseui-Traves, et morte eu 1736 ?
RÉPONSE DE VILLAAS. 61
«saurais lui donner entièrement tort sur cela, aj ai fait venir auprès d'elle une autre de mes « sœurs * que j*ai toujours très tendrement aimée, • et qui lui est une compagnie qu'elle ne saurait « avoir A Paris.
ttJe vous avoue, Monsieur, que je suis outré « de douleur que 1*00 veuille me regarder comme «un homme dont une femme dérange la tête, «et par changer mes projets [sic), établir ces «discours qui ont été si répandus, quand lar- « mée a repassé le Rhin : « C'est sa femme qui «lui a fait faire cette folie; elle lui en fera hien «faire d*autres. » Je sais qui a tenu ces discoursttià, et ce sont les mêmes gens, sur ma pa- «role, qui renouvellent ces propos* En quel «temps le Roi a-l-il pu s'apercevoir que mon «sèle pour son service, et un désir de gloire, (f n'aient pas été mes premières passions? Qu on «recherche ma vie entière, et aux âges oà les «passions sont les plus vives et les plus domi- « nantes 1
' Charlotte de Villars, épouse de Louis de Vogué,
dont parle Saint-Simon. Louis XIV, en 17 13, donna 3,000 livres de pensions à M*"* de Vogué. (Daogeau,
XIV, m.)
6S RÉPONSE DE VILLAAS.
«Hors mes ennemis, qui empoisonnent mes tt meilleures actions, on me regarde comme un «homme assez avisé. Je ne veux point leur « donner la joie de dire : il voulait mener sa «femme, mais on a très bien fait de la lui ôter. « Voilà franchement, Monsieur, ce qui me pique « le plus vivement.
((Quant à ces sentiments vous ajouterez cette « réflexion que nul ne pourra blâmer : c*est un (( homme qui se donne tout entier au service du « Roi, occupé jour et nuit de ce qui peut Tinté- (( resser. En vérité, quand, après quatorze mois, «car il y en a sept que je n'ai guère dedouceurs ((et de plaisirs, il comptera la consolation detre «deux ou trois mois, pendant l'hiver, avec une «femme qu*il aime, une sœur et un frère ^ avec « lesquels il n*a quasi jamais vécu et dont funion ((est parfaite, pourquoi avoir la cruauté, sur des «imaginations frivoles et sans fondement, de
* Armand de Villars , chef d*escadre dans la marine royale, fut appelé par le maréchal auprès de lui, dans raimée d'Allemagne, prit goût au service de terre, s*y distingua , devint lieutenant général, suivit son firèredans les campagnes de Flandre, et mourut à Douai, en 171a, estimé de tout le monde.
RÉPONSE DE YILLARS.
« Ten priver? Ne doh-on nul égard à un homme « dont le zèle parait en tout ce qui regarde le «Roi, et la sagesse dans la conduite de ses a affaires domestiques P
«Je relis, Monsieur, la lettre dont vous m*hottnorez, et je vous avoue que les vingt-cinq «'premières lignes me faisaient attendre une tt tout autre suite.
a J'aurais donc espéré qu'après les actions ((dont vous parlez, vous diriez : le Roi croit du «bien de son service, pour porter la terreur ttdans l'Empire et forcer TEnipereur à la paix, «de relever les courages par de nouvelles di- ((gnités, et m'ordonne de vous envoyer le bre- «vet de duc» afin que son armée soit persuadée «de ses bontés pour vous, et que celle de ses « ennemis , jugeant de vos services par ses grâces , «craigne un homme comme vous, qui est au «centre de TEmpire avec de si heureux aus- « pices.
«Croyea-yous, Monsieur, quil convienne
«mieux de porter une tristesse mortelle dans le «cœur de votre général, qui voit les préventions «de ses ennemis lemporler toujours sur la réa- «lité de ses services?
^& BBP0N8B DE YILLARS.
ttJe sais, Monsieur, qu*on désapprouvera
«cette vivacité; veuillez vous souvenir que, sans «elle, cette armée, qui marche à Nurembei^, «défendrait présentement peut-être Toul et les abords de la Moselle. Quand le Roi me la «confiée, le prince de Bade marchait à Saverne « abandonné , à la Saare et à Nancy.
«Celle fermeté à discipliner l'armée, qui «m*ôte enfin la crainte de la voir se détruire «elle-même, on Tappelle dureté è Versailles; «elle est devenue cependant sage cette armée, «contre Topinion du Roi lui-même; car, quand «j'ai eu Ibonneur de parler à Sa Majesté de «la nécessité indispensable d'arrêter le liberti- «nage de ses troupes, Elle me fit l'honneur de «me dire que j'aurais bien de la peine. Ten «suis venu à bout par une fermeté que l'on va «jusqu'à nommer cruauté. On a mandé au Roi «que j'avais tiré moi-même sur des soldats. Il est «vrai, je Tai fait : je fai vu faire à M. de Tu- « renne, qui ne tirait certainement pas plus «haut que je l*ai fait, et qui ne maintenait pas «toujours la discipline. Je lai vu faire à M. le « duc de Lorraine. • •
«L armée que je commande est sage. Le
REPONSE DE TILLAAS. fth
a paysan, qui fuyait dix lieues à la ronde, ap- « porte ses poules et son beurre dans mon camp. ftJe nai pas été arrêté par les remontrances a des colonels et de quelques officiers géné- «raux, qui prétendaient que le Français ne («pouvait être ainsi retenu, et que je forcerais «)e soldat h déserter. J*ai suivi la droite raia son, qui est quuoe armée étrangère qui fait «la guerre au milieu d'un pays ennemi, et a qui se débande pour la maraude , est perdue «cen deux mois. Voyez la liste dfîs déserteurs a que j'ai ordonné au major général d envoyer «au Roi. Examinez, Monsieur, si jamais on «en a moins perdu. Pour parvenir à rendre « Tannée aussi sage, ii nen a pas coûté la vie «de trente soldats. Je leur ai parlé à tous; ils «se sont récriés eux-mêmes que j avais raison, « et j'en suis arrivé à leur inspirer la crainte «nécessaire, sans perdre leur amitié. Le soldat u m'aime, j'ose le dire, et il a de la confiance « en moi.
((Quant aux oQiciers généraux et particuliers, «que Ton vous a persuadé, Monsieur, que je «traitais rudement, aimez-vous mieux croire ces « vains discours , que de penser que larmée