‹ La maréchale de Villars et son tempsChapitre 24 sur 91 · COMMENT VILLARS QUITTA L'ABMKE D'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

COMMENT VILLARS QUITTA L'ABMKE D'ALLEMAGNE

Il n est pas moins représenté dans Saint- Simon sous les plus odieuses couleurs.

«Après avoir pesé toutes vos raisons, lui

((mandait le roi Louis XIV, j'ai pris le parti de «vous accorder la permission que vous me dett mandez de revenir en France, et d'envoyer le «comte de Marsin auprès de TÉlecteur. Vous ttlui connaissez les talents propres à gouverner «cette cour difficile. Vous en voyez la nécessité. «Vous m'assurez que vous ne pouvez plus y «demeurer. La conjoncture est si délicate, et «les conséquences du retardement sont si «grandes, que j*ai jugé plus convenable à mes «intérêts devons employer ailleurs, que de vous «laisser dans une situation à ne pouvoir me «rendre tous les services que j'attendrais de «vous, si vous navipz pas à combattre la mau- 0 vaise volonté des uns et le peu de capacité des u autres. Prenez donc vos mesures pour passer «le plus promptement que vous pourrez à uSchailouse, où vous trouverez le comte de «Marsin,. . . et prenez l'escorte que vous jugeavez nécessaire. Je me réserve, lorsque vous- « serez de moi à vous, de vous faire connaître

74 COMIIBIIT mLARS QUITTA L*ABldB D'ALLBHàGNB»

«toute la fiatisfaction des services importants « que vous m*aves rendus ^. »

Ainsi sortit Viilars d*une situation critique, laquelle, comme il lavait prévu, devait aboutir à un désastre; et ce fut, en effet, celui de la seconde et fatale bataille d'Hochstett.

Mais il put mesurer alors Tétendoe du péril quil avait couru, et quelle eut été, pour sa ^oire, la conséquence d*un revers, s'il était survenu pendant que la malveillance accusait sa jalousie , pour lui imputer la fausse direction des affaires de la guerre.

' Voyes an recueil important intitulé : Campagne i» M. le maréchal de Villan en Allemagne, Van il OS, contenant le$ lettres de ce maréchal avec les réponses

daroi.* . • .* recueil très intéressant, formé sur les originaux qui H trowcent au é^t de la guerre de la cour de France* Amsterdam , 176a, a voL în-ia.

l*h6tel de tilubs.

Sa famille, qui vivait à Paris au milieu de ces propos blessants prodigués au maréchal « et dont Saint-Simon s est fait i echo , dut intervenir poiur conseiller une rectification de conduite, La jeune maréchale se joua moins peut-être à l'avenir des terreurs de son époux, qui, amenant un surcroît de précautions militaires, divertissaient en secret la femme autant que les malins.

C*est alors que fut ménagé l'achat de l'hôtel de Villars, qui transportait l'habitation de la maréchale du quartier Richelieu, où elle était isolée, dans le faubourg Saint-Germain, à quelques pas de l'hôtel de Varangeville, de rhôtel de Maisons, de l'hôtel de Conti, en un mot, au milieu d*un groupe ami, où la vie devenait plus facile et plus agréable pour M"** de Villars.

Ce qui est certain, c'est qu'après ces premières épreuves des commandements d*Âlle-

L*flÔT£L P£ VILLARS

magne, les contemporains nont plus parlé de ces précautions malencontreuses d'un mari jaloux, telles que les voyages de Strasbourg. La maréchale a suivi son époux en Languedoc* pendant la campagne c5es Cévennes. Elle avait établi son quartier général à Nimes; mais* pendant les belles campagnes de Flandre, elle est restée à Paris* et les deux époux nont plus donné ouverture à de méchants propos. Le calme avait enfin pénétré dans Tâme de Villars* du moins à un degré tolérable.

Cependant la maréchale restait belle, sédui* santé et entourée d'une compagnie brillante.

Nous la retrouvons fort répandue, très remarquée, beaucoup d'éclatants papillons voltigeant autour d'elle* entre autres ce jeune duc de Fronsac, qui, sous le nom de Richelieu, devait occuper le siècle entier de ses légèretés; mais elle n'élait plus protégée par le r^ime des citadelles et ne s en trouvait pas plus mal.

Pendant ces derniers temps du règne de Louis XIV, la maréchale do Villars a joui d'une existence très honorée. Le reflet de la ^oire de son époux lui Tonnait une auréole dont elle se montrait fort hem*euse et dont elle entretenait

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L'HÔIEL DE VILLARS. 77

réclat avec un soin assidu. Le roi loi-mème était empressé auprès d'elle, sans que M*^ de Maintenon en éprouvât de l*ombrage , ce qui arrivait quelquefois à d autres, comme on sait. Elle partageait et secondait les ambitions du maréchal, mais avec une réserve accommodante qui toujours accusait le bon goût, quelque intérêt qu'elle prît au succès.

En 1711, comme on prévoyait la vacance d'une charge de capitaine des gardes qu'ambitionnait Villars» la maréchale écrivit à M*^ de Maintenon :

«Les bontés, Madame, dont vous avez tou- « jours honoré M. de Villars, me font prendre la «liberté de mWresser à vous avec confiance, a pour vous dire que je Tai vu désirer avec pas- « sion de s approcher de la personne du roi. Les « malheureuses conjonctures feront qu il n^osera • peut-être pas se mettre sur les rangs, pour « avoir la charge de capitaine des gardes. J*ose «vous supplier, Madame, de vouloir bien laider «dans cette occasion. Je tremble que, s*il a le «malheur d'être oublié par le roi, cela n'achève «de Taccabler. Les plus grands hommes ne sont «rien, si vous ne les faites valoir. Je mande à

L'HÔTEL DB TILLAR5,

«M. de Villars que j ai Thonneur de vous écrire*

M Voilà le seul pas que je ferai ^ »

• Cette élégante modération dallitude et de langage, de la part de la maréchale, tempérait la vivacité habituelle de son époux et lui rallia souvent des suffrages qui s en étaient éloignés. Elle renseignait, du reste, exactement le maréchal, et par son ordre, sur tout ce quelle apprenait qui se disait à son sujet, soit à Versailles, soit ailleurs. M*"" de Maiutenon i*en blâmait quelquefois, u N'ajoutez pas (à vos ennuis} «la peine des discours que l'on tient, écrivait- <( elle au maréchal, ils ne méritent. pas d'être «comptés, et je ne pardonne pas à M""" la maréa cbale de Villars de vous les mander. » (aa août 1711, inédit») •

Les trois hôtels de Varange ville « de Maisons

' ' Il s*i^aait de-la chsrge du-capitaiiie des gardes que le maréchal de Boufflers laissa vacante* par sa mort; et

quoi qu'en dise la maréchale, son époux écrivit vivement lui-même à ce sujet à M*"* de Maîntenon , qui le tira d*un pas si délicat avec beaucoup d*habileté, le roi ayant disposé de' la charge pour un autre. Cette correspon-

dance inédite est dans les papiers Villars, possèdes par M. le marquis de Yogùé.

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6tde ViUars, fonnaient, dans le grand monde»

un groupe puissant avec lequel il fallait compter. C'était la continuation de Tutile habileté de M. Courtin, qu'appréciait tant Louis XIV. Les iilles de l'éminent diplomate étaient signalées par Fart de tenir une maison avec grâce et magnificence. Elles vivaient dans une intime union, bien que chacune d*elles eût comme un département séparé : M*"" de Varangeville conservant autour d'elle les élèves de MM. d'Avaux et Servien, quelle accordait et dirigeait; M°" de Maisons réunissant les gens de robe, qui bientôt, on lepressentait, allaient devenir si influents, si nécessaires : les recevant, non en présidente, mais comnie dit Saint-Simon, avec une gr<icc de plus du grand monde, et y dominant comme une heauté loniaine, que bien des gens préféraient à celle de sa scBur ; enfin M*"' de Villarsaccueillant la haute administration civile et militaire avec un tact exquis; toutes ensemble sans jalousie, sans concurrence même de beauté : le sens des affaires prédominant sur les rivalités, et toutes professant une déférence profonde, ainsi qu'une affection sincère pour le maréchal de ViUars. Voilà comment et avec de tels auxiliaires, ce

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dernier, indépendamment de son mérite, put

conjurer tant d'inimitiés coalisées contre lui, et qu'attestent les témoignages contemporains.

Les dignités de la maréchale s'accrurent, en 171a, après la mort de M. de Vendôme, du gouvernement de Provence dont nous parlerons plus tard; elles s'accrurent surtout de l'importance que la victoire avait donnée indirectement au rôle politique du maréchal à Paris ^

* Voyez, à ce sujet, les détails que nous avons donnés , dam le Journal des Savants de février et mars 1879, sur Loois XiV et le m ahbcbal db Villars apbbs la BATAiLLB OB Dbnain. La Pabtîne elle-même appelle Villars le héros de la Paix. Vo^. Jœgié, II, p. i43.

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