‹ La maréchale de Villars et son tempsChapitre 25 sur 91 · LA. MARÉCHALE À PARIS APRES UTREGHT · texte numérisé non relu

LA. MARÉCHALE À PARIS APRES UTREGHT

Âiusi, eu décembre de Tannée i y 1 2, à 1 ouverture des conférences d*Utrecht, le roi Louis XIV a^ant reçu de la reine d'Angleterre un envoyé secret, dont, à f exception de Dangeau, il nest pas du tout parlé dans les mémoiies du temps» les Villars donnèrent une féte magnifique à lenvoyé britannique, qui était un membre de la Chambre des communes, dont la mission demeura mystérieuse, devança celle de M. Prior, et probablement avait pour objet quelque entente jacobite entre la reine Anne et Louis XIV; car nous savons aujourd'hui que l'un des ressorts de la pacification d'Utrecbt était le rétablissement espéré, peut-être promis, des Stuarts sur le trône, de la part des torjs et de ia reine Anne , laquelle mourut avant d'avoir pu satisfaire son désir ardent et secret. La maréchale faisait les honneurs de Paris à tous les gens de marque de l'Euiope, dont le caractère se rattachait à

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la paix d Utrecht. En août 1 7 1 Â , elle avait préparé, au Cours ia Reine, une matinée festoyante, en rhonneur de milord Peterboroug; préparatifs splendides et d'un goût nouveau , qui manquèrent leur effet, par la survenance d'un orage malencontreux, et dont le désastre ne put être réparé par une fête nouvelle, à cause du départ précipité de lord Pelerborougb pour l'Angleterre, où le rappelait Tagonie annoncée de sa souveraine. Il y avait au Cours la Reine deux mille carrosses réunis pour cette fête en plein air, quon essaya de maintenir contre l'orage, mais en vain; ia musique militaire tint bon, mais Tillumination demeura impossible, et les tables du souper furent impitoyablement ravagées.

La courte campagne de i 7 1 3 contre le prince Eugène sur le Rhin,oii Viilars fut encore blessé, et les négociations de Rastadt et de Bade rehaussèrent encore la considération de la maréchale, qui en profita discrètement, mais à son plus particulier avantage. Elle eût pu voir souvent dans le grand monde de Versailles cet électeur de Bavière , jadis si peu d*accord avec son époux, sur le théâtre de la guerre, et qui était venu oublier dans les plaisirs de Paris les disgrâces

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de la forlune des armes et les déceptions de sa politique électorale. Mais il est évident que les Villars ont évité sa rencontre; d'ailleurs ils oe fréquentaient pas les compagnies dissipées

où vivait rélecteur ^

' Après la poiz« la Palatine écrivait : «Vous vous «trompes bien si vous croyei que rÉlecteur de Bavière

« est heureux d*êlre de nouveau dans son pays et rétabli tdans ses dignités. Journellement il regrette la vie de- «bauchée qa*il a menée icL» (Recueil de Jœglé, II, p. 196.) Ailleurs, la Palatioe disait: «L'Électeur de Ba- « vière devrait bien ne pas perdre misérablement son « argent avec des iilous qui le trichent journellement et « se moquent de lui pardessus le marché. » (Ibid. , p. 1 3d.)

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En revanche , la maréchale fut plus recherchée

que jamais à Versailles. Elle élail de tous les Marly, et le duc de Berry, cqniroe le ;roi lui: même, semblaient se plaire singulièrement eu sa compagnie. La galanterie du duc de fierry s'y fit remarquer en plus d'une occasion. Le monde parisien s'élail épris, en ce temps-là, dune pas* sion véritable pour un de ces jeux d*enfants auxquels s adonne quelquefois Tingénieuse oisiveté de fâge mûr, pour tromper son ennui ou pour occuper des moments perdus, la passion des marionnettes. Un certain perfectionnement avait rendu , paraît-il , ce spectacle plus attrayant. Ce n'était plus seulement lesprit de Polichinelle qui attirait les curieux: de Polichinelle à qui Ton faisait dire et faire tout ce qu'on ne pouvait ni dire ni faire soi-même; la haute mécanique s'était mêlée de laflaire, et, grâce à ses ressources, on avait pu représenter des actions fort compliquées, par exemple la victoire de Denain, qui était Té-

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véneraent populaire de l'époque, l^e maréchal fut désireux de voir comment ces petits bonshommes de bois avaient rendu sa bataille, et s en montra content. La duchesse dç Berry, retenue è Versailles par une grossesse, j fit venir les marionnettes de Paris, et y invita les hôtes de Marly, où se trouvait à ce moment la maréchale de Villars; et le duc de Berry partit de Marly à neuf heures du soir, pour Versailles, y menant, dans son carrosse, la maréchale, Ja duchesse de Lauxun , avec d'autres dames , qui revinrent & Marly, après âvoir battu des mains aux marionnettes, et fait méHatioche avec la duchesse de Berry ('i5 février 1 7 13). Heureuse princesse, si elle n'avait cherché phis tard, ailleurs que chez les marionnettes, des distractions ou des plaisirs 1

Le goût des marionnettes s'était aussi introduit à Sceaux , chez la duchesse du Maine , où la fiintaisie en a été importée peut-être par la maréchale elle-même, après les représentations amusantes de la dudiesse de Berry,

Louis XIV avait-il remarqué le goût de son petit-fils pour la maréchale? Ce qui est assuré, c'est qu'après la mort de ce prince, le roi donna aux Villars lappartement qu'occupait au château

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le duc de fierry, en y joignant même quelques additions qui rendaient ce logement plus commode. Il avait sept grandes croisées sur le jardin. On voyait souvent, dans la forêt de Marly, le vieux roi promener ses douleurs de famille, seul dans le fond de son carrosse, avec M"*" de Villars au-devant, le souvenir du duc de Berry entre eux deux. La maréchale était même quelquefois déléguée par Louis XIV, pour faire les honneurs de ces hauts de Marly, qu'il affectionnait, à des étrangers illustres.

Ce fut après la moit du duc de Berry, que les résolutions du roi, au sujet de MM. de Toulouse et du Maine, furent fixées, à 1 effet de les faire reconnaître princes du sang, de simples légitimés qu'ils étaient, et de les déclarer aptes à la succession de la couronne. Il en résulta un surcroit de faveur pour la maréchale de Villars, en raison de son alliance avec le Président de Maisons, dont la haute influence, au Parlement de Paris, était Tobjet d*une grande considération de ia part du roi ^

* Le calcul du roi fut déjoué par la mort subite du Président, qudques jours avant celle de I^ouis XIV luimême. Voyes Saint-Simon.

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