LES TROIS DAMES DE VILLARS
tenant de son mieux , sur le penchant de la décadence , la bonne renommée du nom qu*eUe portait.
C'est de la maréchale de Villars que je veux particulièrement m'occuper aujourd'hui.
Gomme Villars, elle eut à se défendre contre i envie, la malveillance et les rivalités de tout genre. Partageant avec son époux les faveurs de la fortune, elle eut aussi sa part des Iraverses et des attaques; et, comme elle apportait dans ia lutte cette inégaiilé d'armes et de forces qui est le lot de la femme dans le commerce de la Société, elle n'a pas toujours obtenu, dans les rencontres de la vie civilisée, des succès aussi triomphants que ceux de son époux, malgré la rectitude générale de sa conduite et de son esprit.
LES VARA.NGEVILLË.
La maréchale de Villars était, par sa luère, la petite-fille du conseiller d'État Gourtin , lun des hommes les plus polis et les plus estimés de la bourgeoisie parisienne, au xvii' siècle : honoré de grands emplois dans la diplomatie, et principalement en Angleterre , où il jouit d un grand crédit à la cour de Charles II, il avait conservé , après son retour en France, une influence particulièie à la cour de Versailles, où Louis XIV le tint en singulier honneur, à cause de sa probité . et de ses connaissances dans les afl'aires^ pour lesquelles le roi le consultait fréquemment. Il a laissé de sa mission en Angleterre une correspondance instructive qu'on peut voir au dépôt des Afl'aires étrangères à Paris.
L*une des filles de M. Gourtin épousa Roques de Varangcviile, une espèce de manant de Nor-
^ Sainr-Simon, IV, 36 et suiv.
LES VMIANGEVILLE. 5
mandie, selon Saint-Simon ^ en réalité un homme de caractère et d importance, favorisé d'une immense fortune, et que tout le monde respecta de son temps^; ambassadeur à Venise, destiné à un avenir plus brillant encore , s il eût vécu, et qui fut flatté de 1 alliance de Courtin si généralement considéré. M"' de Varangeville s*acquit personnellement une haute estime par
ses rares qualités, fort appréciées de Louis XIV, lequel offrit de lui donner une preuve spéciale de sa confiance, si son père voulait, malgré l'infirmité de sa vue, se chaîner de représenter la France au congrès de Riswyck.
jj^me Varangeviile neut que deux iilles, remarquables par leur beauté, dont Tatnée épousa, le 27 février 1698, Topulent président de Maisons, et fut signalée, comme son mari, par i esprit fort quelle afficha, et par Téclat d'une grande représentation. La seconde fille,
^ Saint-Simon, lU, 3o6; IV, 4o; Ducios, Mém, sec,,
* Voyez, dans la correspondance de M** de Sévigné, le récit d'une scène de violence du chevalier de Lorraine envers Varai^ville, et nne belle lettre de M*"* dè Grignan, X, 3A8 et 556.
6 LES VÂKANGEVILLË.
plus belle encore , diUon , que la présidente de Maisons, et avec autant desprit, quoique plus mesuré, fut recherchée par Villars, qui se montra fort épris d'elle. Il était alors un des lieutenaiiLs générauxles plus brillants de l'armée, et avait fait preuve daptitude et de caractère dans d'épineuses négociations diplomatiques.
Mais il était séparé de M'^ de Varangeviile par une difTérence dago de trente ans. Les héros ses pareils ont quelquefois commis de pareilles témérités. Celle-ci a coûté bien des préoccupations à Villars; néanmoins, en fin de compte, il ne crut pas trop avoir à s*en plaindre.