‹ La maréchale de Villars et son tempsChapitre 6 sur 91 · VEUVAGE PRETENDU · texte numérisé non relu

VEUVAGE PRETENDU

Malgré ce témoignage, nous pensons que, jusquà meilleure information, il ne faut pas croire à un premier mariage de Viilars. La note de Dangeau s applique, à notre avis, à un autre personnage. A côté de notre famille de ViUars il y en avait une autre, et de plus noble extraction, la maison de Viliars d*Oise, branche cadelte de la maison de Brancas, famille pairesse depuis i65o environ, avec assiette de la duchépairie sur la seigneurie de Viliars, en Provence, d où les noms de duc et de marquis de Viliars

ont été fort répandus dans le grand monde

parisien. Cette famille de Viliars -Brancas possédait des biens en Normandie; la note de Dangeau doit se rapporter à un de ses membres, qu on pourrait retrouver.

Si elle s'appliquait à notre futur maréchal»

on ne s'expliquerait pas le silence de la correspondance Sévigné à cet égard. Viliars n a pas

VEUYAGB PBBTENDU

fait un pas dans la carrière publique, ou dans la vie privée, qui n'ait excité Tintérét des amis de M*"" de âévigné, grâce à riotimité de Villars Orondate avec M"* de Coulanges. Ajoutez qu*à la date indiquée par Dangeau, Villars, qui venait dette nommé maréchal de camp, guerroyait eu Flandre. Il avait assisté au siège de Mons, et il allait prendre une part glorieuse au sanglant combat de Leuze. Son mariage, entre les deux affaires, eût été singulièrement placé. Le salon de M'°' de Sévigné n aurait pas manqué d en jaser.

L£S S£VIGM£.

Notre futur maréchal y était très familier, et

fon sintéressait vivement à sa destinée daos ce beau monde. Le mécompte qu'il avait éprouvé en 1 6y 2 , au moment delà disgrâce du maréchal de Beiiefonds, son cousin, avait ému M*^ de Sévigné. On lappelait alors le petit Villars, par opposition au grand Villars Orondate son père*

La marquise de Villars écrivait à M"' de Sévigné, en 1678 : «iNos enfants sont à An* adernach, dans des pajs affreux.» C'étaient le petit Villars et Charles de Sévigné. Villars était peu romanesque, positif en toutes choses. Sa mère f appelait notre honnête homme.

«Notre honnête homme, dit-elle à M™" de a Sévigné, écrit quil y a (vers Ândernach) des «endroits fort propres à rêver : je pense qu'il y d trouvera des pensées bien amoureuses et d*une «grande constance. Il mande à M'"" de Les- «irange (une amie de M'"' de Coulanges) que.

L£S SKYIGNÉ* U

t(si elle et la comtesse (de Fiesque) ne lui «écrivent, il s en plaindra aux arbres et aux «rochers. S*il se plaint à Echo, je crains bien «que, pour prête qu*elie puisse être à lui ré- « pondre, il n ait oublié ce quil lui aura dit, et «ne traite de galimatias ce que la pauvre «nymphe lui aura répondu, car c'est un petit «fripon.»

Si Villars eut demandé un congé pour venir se marier, la campagne étant ouverte, il eut, à coup sûr, essuyé un refus. Louvois avait inauguré à cet égard une discipline inexorable.

Le roi se montrait fort sévère pour les congés que demandait la noblesse. M""' de bevigne demanda un congé pour son fils à M. de Louvois, et celui-ci répondit poliment quH soumettrait la demande au roi, maisqu*il craignait qu*on ne fût refusé.

Le petit Villars avait aussi demandé un congé»

et fui refusé, en 1 676.

En mars 1678, le petit Villars était à Paris, et jouait à la basselte chez M™" de Grignan. Il y gagna plus de mille pistoles et il célébrait gaiement cette bonne journée. Il fut beau joueur toute sa vie.

ià LES SBVIGNË.

En 1697, avait proposé le mariage de • M. de Poissy (le futur président de Maisons) avec M'*" du Gué-Bagnols, fille du conseiller d'État, parente des Couianges. M. de Poissy était un grand parti. « M"^ de Bagnols aimerait mieux «M. de Villars, écrit M"^ de Sévigné. M. de «Bagnols nesl pas du même goût.» La proposition échoua, et M. de Poissy épousa, Tan d*après. M"" de Varangeville aînée. On parla beaucoup alors de mariage pour Villars, chez M""* de Sévigné, et pas un mot de son prétendu veuvage.

L*union de Villars avec la jeune Varangeville

fut conclue dans l liiver de 1 y o 1 h 1 y 02. Villars revenait de son ambassade de Vienne, où il avait déployé des qualités supérieures, dans un moment critique, celui où Ion essayait de faire accepter le testament de Charles II au cabinet autrichien, qui en était exaspéré. Villars était lieutenant général de fraîche date, et il était signalé comme un oiiicier de la plus haute espérance. Le roi s'exprimait sur son compte avec une faveur marquée. Il pressentait dans Villars le général des circonstances désespérées, et il le défendait déjà contre les cabales.

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M"* de Varangevilie, hérititTc d'une fortune considérable, fàwriaèe d'une éclatante beauté, entourée des aduiationâ de la ville et de ia cour, n^ayant pour conseils que ses dix-neu f printemps , fit preuve de pénétration et d'esprit en préférant ce brillant officier général, malgré le demi-siècle qui pesait sur lui, à tout autre parti plus a vantageox en apparence; et sa préférence fut bien l'œuvre d'une libre volonté.

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