‹ La maréchale de Villars et son tempsChapitre 76 sur 91 · LS JBHIIB MU LOUIS XV · texte numérisé non relu

LS JBHIIB MU LOUIS XV

iiirent toujours pris en boono pari, Villars crut

pouvoir, à Tépoque du sacre, et à propos de répée de eonnëtable, fure une nouvelle ouverture sur rémineote dignité qu'il ambitionnait depuis dix ans et que lui avaitreiusée Louis XIV,

par des raisons dEtat, tout en Taccablant de caresses. Mais le jeune roi» après avoir reçu

l'insinuation avec une adhésion apparente, après lui avoir même dit en sourûint : «Eb bien»

« bonsoir Monsieur le connétable , o laissa le maréchal m stata qao, probablement sur un avis secret du duc d'Orléans, et se contenta de remettre au maréchal son portrait, amicalement enchAssë dans un ouvrage de ses mains.

L'intimité faillit pourtant tourner à mal, im jour où la causerie étant portée sur les pensions, le jeune roi, caustique quand il le voulait bien, mais qui n*avait pas la délicatesse de son aïeul , dit à Villars, assez pourvu de pensions viagères, ce qu'on n'avait pas laissé ignorer au royal adolescent: ttËtvous, Monsieur le maréchal, combien « gagnerai-je à votre mort. » A quoi Villars ré-, pondit gravement : u Je ne sais pas. Sire, ce que « Votre Majesté y gagnera, mais le roi votre aïeul u aurait cru y perdre, n et tout le monde se tut.

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Quoi quiis fissent cependant, les Villars, recherchés et caressés quand on eut besoin d*eux , comme dans 1 affaire de Chelles, n obtinrent guère que des satisfactions d'esprit ou de vanité, sans crédit effectif ni influence prédominante « tant que vécut le Régent, qui s'était maintenu au pouvoir après la majorité de Louis XV. Les choses changèrent à la mort subite ( i yaS) du duc d'Oriéans, dont les circonstances sont connues.

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Ce que déplorait surtout Villars sous le gouvernement du Régent, cétait la perte du respect. En présence du duc d'Orléans, et quelquefois du roi lui-même, les grands de TÉtat, de nobles dames, en public, dans les soupers, donnèrent le spectacle de scènes regrettables. Le secret était perdu de la dignité royale, de ces ordres dont parle M*^ de Sévignë : «Il por- (( tait une lettre du roi que j'ai vue, toute reraaplie de ce qui fait obéir, et courir, et faire limupossible^» Après la mort soudaine du Prince, Villars espéra que le duc de Bourbon, plus raide et moins sceptique, relèverait le prestige du pouvoir. Il avait compté sans les iaiblesses intimes du prince , que peut-être il ne connaissait pas, ou bien un sentiment plus profond lui fit-il braver Tayenture. D'ailleurs, le duc de Bourbon, qui avait pu prévoir comment iiniraitie Régent,

* Sévigné, t. IX, p. 161, R^^îer.

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dont la vie si étrange rendait le dénoûment probable, s était préparé à cette prise du pouvoir.

Il avait été Tun des grands personnages du temps qui avaient le plus scandaleusement bénéficié du système de Law, et sa mère laissa une fortune immense provenant de la même origine. Le maréchal, qui professait un culte véritable pour la mémoire du grand Condé, s^était expliqué vivement sur la participation de sa postérité aux agiotages qui révoltaient Topinion. Mais le duc de Bourbon, loin d'en garder du ressentiment, n avait témoigné que plus d^estime au maréchal de Viilars. 11 avait fait, auprès de ce dernier, des avances réitérées, que la différence des rangs rendait plus sensibles; et, cédant à de si flatteuses prévenances, le maréchal avait paru disposé à oublier des actes dont on semblait faire amende honorable auprès de lui. Un grave intérêt rapprochait, daiileur8« en secret, les deux personnages, même avaal la mort du Régent. L'intérêt devenait plus marqué , à l'avènement du duc de Bourbon au ministère principal; et en cela Thomme déjà si influent auprès du jeune roi était d'accord avec eux deux. Je veux parler de Flenry.

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Âu moment où la mort Ta frappé si brusquement, le Régent allait se trouver en face d^un embarras inextricable. U devinait avec sagacité les obstades cachés que rencontrait son gouvernement, et son habileté en avait souvent raison. Il triomphait des exigences du maréchal avec Taide secrète deFleury, mais, lorsque tous deux s'entendaient contre lui , la lutte était plus difficile. Or il y avait un point où cette entente avait, en outre, un appui considérable dans la famille royale elle-même : c'était la question du mariage du roi, déjà gaillard et dispos pour funion conjugale.

Le Régent avait naguère fait la paix avec l'Espagne, au moyen dune convention d'alliance entre une jeune in&nte et Louis XV. Tout le monde , à cette époque , avait paru applaudir à ce contrat, parce que l'avantage de la padiication dominait toute autre pensée, et que, d'ailleurs, le moment de réaliser Tunion projetée semblait fort éloigné. Mais la nature avait marché plus rapidement quon ne l'avait prévu, et on lit dans le Journal de \ illars ^ : « Le roi

' Mémoires, U 111, p. i35, éd. citée.

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tt chasse tous les jours à Chantilly (juillet i 72 4). «Son cheval est tombé, saos qu'il se soit fait «aucun mal. C'est uu avertissement pour préavenir des chutes piùs dangereuses. Il n'est ((question que de chasse, de jeu et de bonne « chère, peu ou point de galanterie, le roi ne a tournant point encore ses beaux et jeunes re- II gards sur aucun objet. Les dames sont toutes (( prêtes sans que l'on puisse dire : le roi ne lest «pas, puisqu'il est plus fort et plus avancé à (( 1 k ans et deuù que tout autre jeune homme «à i8.» L'opinion suivait avec sollicitude les progrès de 1 âge et de la santé chez le jeune roi, mais, à la moindre indisposition , elle slnquiétait de la succession au trône.

Le duc d'Orléans était l'héritier présomptif, mais réchéaiice de cette succession était fort redoutée, fleury s*en affligeait sans le dire; Villars, plus expansif, cachait moins ses craintes. Ce n'était pas tout, à côté de la branche royale d'Orléans, il y avait la branche de Condé, peu sympathique à la branche d'Orléans, et qui était portée à hâter le mariage du roi, en rompant les engagements espagnols. Chez Fleury, c'était rattachement qui inspirait l'esprit, chez Villars,

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cétait un sentiment élevé d'intérêt public et d*ainour pour le sang de Louis XIV; chez les princes de ia puissante maison de Condé, c'était ime autre nature de propension et de penchant politique. De ce mélange était née lailiance secrète du duc de Bourbon, du maréchal de Villars^ et de févêque de Fréjus.

Cette situation des esprits, peu soupçonnée par les historiens, explique la promptitude avec laquelle le duc d*Qrléans fut remplacé dans le ministère par le duc de Bourbon, à l'instigatien de Fleury. Elle explique aussi Tavènement immédiat de Viliars dans le grand conseil du gouvernement formé par le duc de Bourbon.

Un incident faillit pourtant tout brouiller dès le début; Fleury, en sa qualité d'évêque, prélendit avoir le pas sur Villars. Le guerrier se redressa de toute sa hauteur, et, moitié par caresse, moitié par fermeté, réduisit Fleury à passer après lui. '

Le duc de Bourbon in Ironisé et le conseil privé formé, les difficultés étaient loin detre

^ tj étais persuadé que notre union était nécessaire,, et nous con vînmes de la tenir secrète , ce qui fut exécuté. »

(Villars, Mvm,, t IL)

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résolues. La question était eu effet des plus épineuses, et, si la raison politique était évidente, la conduite à tenir n'en était pas moins très délicate. La foi des traités, l'outrage à faire à une puissance alliée , la guerre peut-être à soutenir, le jeune roi à décider, la mémoire même du Régent à sacrifier, tels étaient les embarras du ministère nouveau. Aussi nul n'était pressé d'attacher le grelot Le duc de Bourbon prenait du champ, Fleury s'effiiçait, le maréchal seul donna l'essor à sa résolution, et on le laissa faire. Il parla militairement au roi de la raison d'Etat qui l'obligeait à se marier, et il prit même la liberté d'adresser au roi d'Ëspagne une lettre qui lui fut renvoyée cachet(^e par la voie de fambassade. Aussi s'adressait-on à lui comme au personnage dirigeant dans cette affaire. Quand l'ambassadeur •d'Ëspagne diercha des explications à cet égard, c'est auprès du maréchal qu'il fut les provo- ^er^ ttll est resté deux heures enfermé avec «moi, dit Villars; la conversation a été vive, <i mais j'avais de si bonnes raisons à lui donner (csur la nécessité indispensable de marieu le roi,

^ Voy. le Jotamal de Viilars sur 1736, p. i58 à 161,

de i'édit. de 1784.

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«qu'elles pouvaient difficilement être combat-

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«de se retirer, quil allait demander à prendre «congé du roi, et qu*ii reviendrait diner avec «moi, ce qu'il a fait.» Enfin le renvoi de la jeune in&nte fat décidé, et cette princesse, destinée à porter la couronne de France, ne dut laisser i Paris que son nom attaché au jardin où s'ébattit son enfance.

De nouvelles difficultés sui]g!rent alors, sans parler des périls politiques que suscitait la situation , tels que le rapprochement de la mûson d'Autriche et des Bourl)ons d'Espagne, et des préparatifs de guerre sur les Pyrénées. L'irritation de l'Espagne était sans limites. On entendit la reine dire à Tambassadeur d'Angleterre : « Ce coquih de borgne (le duc de Bour- • bon était privé d*un œil) a renvoyé ma iiile, ce « n*est pas assez de tout le sang d'Espagne pour tt venger une pareille offense.» Les embarras furent pourtant déjoués, et je n*ai pas à les ra* conter ici; mais il restait le choix de la future reine de France, et ce ne fut pas petite affaire.

On a dit qu'à ce mariage tous les vices avaient conspiré en faveur de la vertu pauvre et igno-

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rée^ Le mot est piquant sans être vrai. Il était naturel que le duc de Bourbon songeât à une princesse de sa famille pour poser la couronne de France sur sa tête. Mais on comprend qu*une petite-fille du grand Gondë ait repoussé Tentremise de M'"'' de Prie pour cette proposition. Le Régent n*aurait jamais confié k M"** de Prie la conduite d'une telle alTaire. Le duc de Bourbon, aussi peu réglé que le Régent dans sa vie privée^ avait de moins que son cousin le sens et le tact qui sépare les affaires des plaisirs. Sa faiblesse pour M""" de Prie, pour cette ambitieuse conique et étourdie qui appelait le chancelier d'Âguesseau, son folichon, et qui disait des Parisiens invoquant sainte Geneviève pour avoir de la pluie : ((ce peuple est fou, cest moi qui fais la « pluie et le beau temps; » cette faiblesse perdit le duc de Bourbon, en l'isolant de Villars et de Fleury.

Quoi qu'il en soit, la recherche des princesses à marier conduisit le conseil vers l'asile modeste d*un roi détrôné, Stanislas Lecziuski, dont la (iiie semblait réunir les conditions désirables»

^ Lûcretelle, Hist, du xrnf siècle.

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et il paraît bien que le marécnalae Viliars ne fut pas étranger à ce choix, puisque le roi polonais lui en écrivit pour le remercier, avant d*avoir reçu aucune lettre du maréchal.

«Je n'avais point écrit ou roi Stanislas ni à la ((princesse, dit Viliars^; il me prévint par une ('lettre fort obligeante et très bien écrite. J eus «rhonneur de le remercier et d*écrire à la prin- (( cesse. » Le maréchal fut désigné pour rédiger et signer les articles du mariage royal Le duc d'Ântin et le marquis de Beauveau, indiqués par le maréchal, avaient dû aller faire la demande au roi Stanislas^. Enfîn Viliars eut grande part à la composition de la maison de la reine. La maréchale de Boufïlers fut nommée dame d honneur. C'était la veuve du glorieux soldat de Maiplaquet. La maréchale de Viliars fut première dame du palais; mais, à sa suite. M"*** de Nesle et de Prie furent introduites auprès de la jeune reine ^. C'était une concession que le maréchal avait du faire au duc de Bourbon.

* Journal, p. 178, ëdit. et vol. cités.

* Viliars, ibid., p. i83.

' Viliars, ibid., p. 170.

* ViUars, ihid., p. i65.

S98 L£ DUC D£ BOUBBON.

Mairie Leczinska était un peu plus âgée que le roi» mais $a figure avait de la jeunesse. £lle respirait la pureté, et c'était un charme engageant, quoique sa taille et sa beauté fussent médiocres; son allure iiianquait de grandeur, au demeurant, d'un caractère aimable et doux, d'un cœur droit et bon, mais d'un esprit peu étendu. Gt*oyant devoir sa fortune au duc de

Bourbon et à M"* de Prie, qui Fen avait habilement persuadée, elle subit leur joug sans résbtance, et, sans le savoir, leur servit d'instrument, ce qui détermina le coup de foudre d*une disgrâce, dont elle-même éprouva le contrecoup.

Le due de Bourbon^ allait chaque jour, à l'exemple du Régent , faire sa cour au roi , lui parler sommairement de qodques affaires, comme pour travailler avec lui. L'évèque de Fréjus ne manquait jamais de s*y trouver en tiers. Ce tiers étemel incommodait M. le duc et déplaisait à la marquise. Pour se délivrer du vieil évêque, elle imagina un moyen par lequel elle espérait entrer subrepticementdans le conseil ; c'était d*in*

' Dudos, t. Il, p. 333.

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viter le roi à venir travailler chez la reine, où le précepteui' ne suivrait pas son élève. Alors la marquise s'introduisait die-inème chez la reine» et, par là, dans les afTaires. Ce plan ingénieux réussit en partie une ou deux fois , la vertu , pour le coup, ayant conspiré avec le vice. Mais le vieil évcquc menacé se réveilla è temps, et le résultat final de la manœuvre fut une lettre de cachet adressée au duc de Bourbon en ces termes: «Je vous ordonne, mon cousin, sous « peine de désobéissance , de vous rendre à Ghan- « tilly et d'y demeurer jusqu'à nouvel ordre. » En même temps, la pauvre reine recevait un message ainsi conçu : a Je vous prie, Madame, tt et s*il le faut, je vous l'ordonne, de faire tout ce «que l'évêquc de Fréjus vous dira de ma part, «comme si c était moi-même. Signé : Louis.»

La reine fondit en larmes et obéit, sans jamais désarmer complètement Fleury.

Quant à la marquise de Prie, elle fut exilée dans une terre de Normandie, o(i, ne pouvant bientôt plus supporter sa disgrâce , elle mit fin à ses jours par le poison.

Ainsi finit le règne du duc de Bourbon, et commença celui du cardinal de Fleury, qui ne

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fut pas toujours marque de la même fermeté ;

cet événement fut accueilli i Paris par d'unanimes aeclamations de joie et par des illuminations spontanées ^.

' Le duc de Bourbon était rarrière-petit-fils du grand Condé, lequel eut de Clémence de Maillé, Henri Jules de Bourbon, mort en 1709; lequel eut d'Anne de Bavière, Louis m (le Bourbon, mort subitement en 1710; lequel eut de M"' de Nantes, iilie légitimée de Louis XiV, Louis- Henri de Bourbon, dont il s^agît, mort à Chantilly en l'jào; lequel a été le père du dernier prince de Condé, mort à Paris en 181S.

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