‹ La maréchale de Villars et son tempsChapitre 83 sur 91 · LB VEUVAGE · texte numérisé non relu

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des personnes ainsi invitées, ii y en eut vingt qui remercièrent La maréchale fut du nombre. Les invitations de ce genre étaient considérées comme de remplissage « et le commun seul s en conten* tail. Plus tard , à larrivée de ia Dauphine à Choisy, en 1747, la maréchale neut garde de décliner l'invitation nominale quelle avait reçue. Elle fut spécialement bien accueillie et eut son appartement indiqué au château. La grâce et la correction cheminaient avec elle. Ce qui n'empêchait pas de graves et puissants étourdis, comme M. de Maurepas, de se compromettre quelquefois dans sou salon, par la liberté de leur langage.

Par exemple , au rapport de d*Argenson , ce qui avança le plus, en 1749, la disgrâce de M. de Maurepas, ce fut un mauvais propos qu*il tint ckez la maréchale de Villars, un jour où il avait reçu la visite de la marquise de Pompndour.

Le discours eut pour témoins plus de trente personnes, maîtres et valets. On lui dit qu'il avait reçu ie malin uiie belle visite, a Oui, répondit-il, <c celle de la marquise , cela lui portera malheur, u Je me souviens que M'"*" de Mailly vint aussi me <x voir deux jours avant que d'être renvoyée pour

« M""" de Cbàleaurou?[. Je leur porte malheur à «toutes.» D'Argenson ajoute: «Il n'en fallut pas « davantage pour donner envie au roi de faire «mentir de pareilles annonces, etc. »

Ainsi la maréchale honora son veuvage par la sage ordonnance de sa vie, où sans se poser en Artémise, elle mesura sensément les proportions de son pouvoir et de son devoir, s*abstenant de tout acte compromettant pour sou grand nom, et imposant autour d'elle les ^ards et les respects dus à sa qualité. A i époque où les présentations de favorites furent Tobjet de complaisances regrettables de la part des dames les plus qualifiées de la cour, personne a'a songe à solliciter des services de ce genre auprès de Ja maréchale de ViUai*s; et, quant i sa vie privée, elle maintint la rectitude des allures du XVII* siècle, au milieu de la corruption envahissante qu'accéléra 1 influence du maréchal de Richelieu auprès de Louis XV. Jamais, par exemple , elle ne toléra dans sa société les licences de table qui furent, à certains moments, au nombre des signes d'une époque dégénéi'ée.

L ABBÉ DE YAURÉÂL.

Et cependant malgré tant de mesure dans

sa conduite, la maréchale de Villars ne lut point à fabri des traits de la malice et des rivalités du moDcle où elle vécut. Il y eut, sous le ministère du cardinal de Fleury, un homme de beaucoup d*esprit, dans la société parisienne, et dun grand crédit dans le monde diplomatique, labbé de Vauréal, ambassadeur d*Espagne, évèque de Rennes, et prédécesseur de La Condamine à rAcadémie française. A ces qualités, Vauréal enjoignait une autre qui n était pas à dédaigner i c'était le plus bel homme de son temps. Les gens graves prisaient son intelligence, et les belles dames couraient, dit-on, après sa personne»

sans quil parût y faire grande attention, ce qui n'était qu'une coquetterie. Une princesse de la maison royale l'honora de sa faveur, et la maréchale de Villars fut chansonnée à son occasion» ce n était pas la première fois que de malins, couplets couraient sur son compte.

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ËQ soi, le malheur a était pas grand, car, par ce temps-là , c'est un sort commun k tous les mottels que celui d'être chausouné, et la garde qui veille A la porte da Louvre n'en défend pas mu rois. La qualité du chansonnier ou de la chanson était toute raffaire. Le Grand Gondé chansonnale comte de Maure , qui ne s en releva pas ^. Mais,, quand la chanson était plate, on son objet misérable, tout se bornait à un vain bruit sans conséquence.

Si Ion pouvait en croire Saint-Simon, onn'aurait que du mépris pour Vauréal : « C*est; dit- «il, un grand droie, d'esprit et d'intrigue, d*eftt fironterie sans pareille , grand et fort bien fait, et uqui en sait user avec peu de contrainte, riche «et né de la lie du peuple, qui, à la faveur du- «petit collet, voulut s accrocher à la Cour; soiii

' C'est un tigre altéré de sang

Que ce brave comte de Maure.

C est un tigre dtéré de sang.

Quand il combat au premier rang. Mais il D y combat pas souvent; C'est pourquoi Condé vit encore.

C*est un tigre altéré de sang Que ce bouillant comte de Maure.

L'ABBE DE VAUBEAL

ononi est Guéiapin, et son premier état lïanc «galopin.)»

Comment expliquer l'admission d'un pareil sajet dans les soupers de la maréchale, de Villars?

Qu'on nous permette de faire un peu de jour sur le personnage; puis viendra ^affaire de la

chanson.

La vérité, n'en déplaise à Saint-Simon, est que Louis Guy Guérapin deVauréal était pelitfik d*un conseiller-maitre à la cour des comptes de Paris; par conséquent, d*une origine qui marquait sa place dans la grande bourgeoisie parisienne. Son père avait été créé baron de Vauréal, en Brie, vers Tan 1 656, puis comte de Belleval, en iByg.VoilA pour la condition personnelle. Attaché au cardinal de Bissy, dont il fîit le conclaviste k Rome, et gradué en Sorbonne, il acheta une charge de Cour qui lui donnait entrée dans la maison du jeune roi Louis XV. Une fois sur ce chemin , il avança rapidement, obtint des abbayes, se ménagea de grandes relations, se fit rechercher par son intelligence, et lut nommé évêque de Rennes. Le voilà dans le beau monde et au seuil des grandes affaires. Fleury, qui le connut et l'apprécia, ne

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manqua pas de remployer, et fut satisfait de son habileté. C'était & une époque agitée de Tadmi* nistration du cardinal, vers le temps de ia mort ée Tempereur Charles VI. Comment Vaoréal connut-ii le duc de Richelieu? Je Tigiiore; ce que je présume, c'est que ce fut par lui qu'il fut présenté à la duchesse de Charolais, et que ce fut par elle qa*il fut poussé au portefeuille des affaires étrangères, que pourtant il n obtint pas; mais il fut deux fois en ambassade en Espagne, et chargé de négociatious délicates dont il se tira fort bien. Voilà le gros de son histoire dans la carrière politique. Â cela ajoutez ia prési* dence des États de Bretagne pendant vingt ans, à la satisfaction générale. Il n'est donc pas étonnant qu ainsi recommandé 1 abbé de Vauréal eût été reçu chez la maréchale de Villars.

Quant aux mœurs et aux habitudes sociales de Tabhé de Vauréal, cest une question délicate et qu*il est bon d'approfondir. Souvenons-nous d'ahord quil s'agit là d un de ces types perdus d'abbé de cour, type auquel est due quelque considération, ancêtre de félégance française, et qui n'a pas manqué, à son heure, de rendre des services. Il s*agit ensuite du xvui" siècle fran-

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çais, quil ne faut pas juger en masse, comoie Tont £iit quelques écrivains, mais qu'il fiaiutapprécier d après ses phases diverses, et suitout rapprocher du xvin' siècle européen, tout entier voué à la dissolution, à Lisbonne, à Dresde, à Pétersbourg et ailleurs. Or labbé de Vauréal brillait à une époque qu on pourrait appeler la période corrompue du xvni* siècle; car il y a de tout dans ce tempâ-iu les grandeurs de 1 esprit à côté de ses misères; il y manque les caractères qui ont été l'apanage du xvii*.

Après rhypocrisie religieuse, dont l'objet était de plaire à M™' de Maintenon, on vit, chose curieuse, l'hypocrisie de la débauche, dont l'objet était de plaire k M. Je Régent : on feignait d'être libertin, sans letre quelquefois. Puis, par attrait de la nouveauté, on revint, vers Tépoque du mariage royal, à la naïveté de l'innocence, mais ce ne fiit pas long. Il y eut bientôt comme une explosion de dévergondage comprimé, protégée par fexemple de la royauté, jusquau jour où, par lassitude, on prit comme un repos dans la sensibilité, derrière laquelle s*abrita le désordre de l'esprit et du cœur» pendant que planaient certains génies qui captivaient Timagination. L'in-

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