CHAPITRE VIIL
FëEBUBë OEïHOF£DI(^U£.
Définition. — Nous appelons fermre orthopédique celle qui a pour objet de remédier à des vices naturels de con- , formation de la région du pied^ entraînant des déviations de l'aplomb ou des perturbations dans l'exécution des allures. Son but est de rétablir, autant que possible, le pied dans des conditions normales, soit par Faction de le paier, soit par la^coufection d'un fer particulier.
Depuis que Tart du maréchal existe, on s'est proposé surtout d'atteindre ce but par le dernier moyen. L'arsenal de la- maréclialerie est très riche en fers spéciaux de toute sorte, dont la plupart, il faut bien le dire, sont parfailiement superflus. Nous nous garderons de les passer en revne. : Cela ne pourrait avoir qu'un intérêt historique, fort médiu- I
FESRTJBE ORTHOPÉDIQUE. 107
erement atile, an point de vne pratique où hons Bonunes ici
placés. Résultant de conceptions empiricjues, les formes doimées à ces fers n'ont plus à présent, pour la plupart , d'ftntire emploi que celui de figurer dans les collections ou dans les enseignes que les maréchaux mettent parfois à la porte de leur atelier, pour &ire montre de leur habileté à la forge.
Dans l'état actuel de la science, la femire orthopédique peat ^re considérablement simplifiée. U faut nous attacher «nrtoat à bien analyser les cas de son application et à montrer que le but peut être atteint à Faide d'un moins grand lue de moyens. Les anciens maréchaux ont dû surtout s'appliquer à remédier aux défauts quMIs luisaient nattre euxmêmes ^ comme des effets vicieux de leur ferrure usuelle. £u se conformant aux principes que nous avons exposés y ceux de ce temps verront se réduire de plus en plus le nombre <leâ cas d'application nécessaire d'une ferrure orthopédique.
En examinant successivement les vices d'aplomb et les défectuosités d'allures, pour indiquer les fenures qui peuvent leur convenir, nous aurons soin de rectifier les erreurs
(jui ont cours sur ces sujets, même dans les ouvrages spéiaux les plus récents. Commençons par les vices d'aplomb les pins coiomuns.
Pied panard. Le pied est dit panard, lorsque Taxe des rayons osseux appelés phalanges, au lieu d'être dirigé
de manière à ce qu'il soit exactement parallèle à celui du côté opposé, se montre dévié en dehors. En d'autres termes, les pieds panards sont divei^nts. La pince, au lieu de se trouver sur le trajet de la verticale tombant de la pointe de l'épaule , est au delà de ce trajet.
Ce dé&ut se présente surtout chez les chevaux à poitrine étroite, dont les avant-bras sont rapprochés. Il semble que
LA MASÉCHALEBIE.
récartement oblique des layons de la région du pied ait pour bot d'élar^r leur base de sustentation.
Dans le sabot du cheval panard, la paroi du quartier interne est moins élevée que celle du quartier externe, en raison même de Tobliquité du membre tout entier.
On recommande o:énéralement de rétablir, par la fen-ure, l'égalité entre oes deux quartiers, soit en parant davantage r^teme, soit en donnant plus d'épaisseur à la branche in* terne du fer.
n est difficile de comprendre qu'une telle idée ait pu se présenter à l'esprit de quiconque est éclairé sur la physiolo^e des mouvements. Incontestablement, le vice d'aplomb dont il s'agit nuit à 1 élégance des allures^ qui ne peuveni pas, dans le cas, s'exécuter suivant leur loi d'harmonie, telle que nous l'avons ailleurs formulée. Les rayons des membres n'étant pas parallèles entre eux et ne se mouvant pas tuu.s dans le même plan, ne sauraient parcourir des aires égàkè dans des temps égaux, lorsqu'ils fonctionnent simultanément, comme dans l'allure du trot, par exemple. Il est parfaitement connu que le cheval panard trotte mal, qu'il a le trot désuni et enlevé. La plupart des chevaux de montagne, qui le sont, et beaucoup de chevaux algériens, le prou\eut bien.
Mais est-ce à dire que la défectuosité de Tallure dépende de la forme du sabot et qu'on puisse j remédier en rétablissant celle-ci dans les conditions normales ? Il serait superflu sans doute de répondre à cette question. Il est trop évident que la direction oblique totAle du membre, qui ^traîne né^ cessairement celle de la surface plantaire du pied, en est la seule cause.
Le rétablissement orthopédique du sabot à des proportions égales de ses deux quartiers ne peut donc avoir d'autre eflet que de fausser les conditions de son appui, telles qu'elles sont commandées par la direction môme de tous le»
F£BEU&£ OETHOPÉDIQUË. 109
rayons supérieurs du membre. Au lieu d'améliorer la situation » ce rétaUifisement Taggrave , en fatiguant les articulations tiraillées par une inégale répartition du poids sur sa
bîise d'appui.
Cette inégale répartition entraîne nécessairement/ en outre, une dtération du sabot, ainsi qu'on le comprendra
bien main LciiauL, avec la connaissauce t|LLun doit avoir de m physiologie.
La ferrure ne peut donc pas remédier an vice d'aplomb dont nous parlons. Son seul objet légitime est celui qui lui appartient dans le cas d'aplomb normal, c'est-à-dire de s'opposer purement et simplement à l'usure exagérée du sabot. Elle ne doit que maintenir celui-ci dans les conditions où il serait si, dépourvu du fer, il s'usait directement sur le BoL £n définitive, c'est à tort que l'on range la ferrure des pieds panards parmi les ferrures orthopédiques. Elle doit être une ferrure ordinaire , et rien de plus.
Seulement, en raison du rapprochement même des membres antérieurs et de la direction que la région du pied suit dans ses mouvements successifs de flexion et d'extension, il arrive fréquemment que le sabot levé vient frapper, par son talon interne, le boulet du pied qui est à l'appui, ou du moins qu'il passe très près de ce boulet. Il en faut conclure que la saillie de l'éponge du fer en ce point rend nécessairement les atteintes plus fréquentes et plus graves.
Rien n'est plus propre à les éviter que la ferrure périplantaire, dont les éponges, ainsi qu'on le sait, ne font aucunement saillie. Quant à la ferrure ordinale, il est commandé, dans son application aux pieds panards, de ferrer juste en talon interne et d'abattre la carre de l'éponge, en l'arrondissant.
Pied cagneux* — Ce défaut est l'opposé du précédent.
LA, MARKflHAT.IgRTTg,
Les axes des sabots sont convergents. Le pied cagneux se caractériBe surtoot par la saillie de la mamelle interne du sabot, par plus d'obUqmté et plus de longaeixr dans le quartier intenie que dans Textenie.
Les considérations que nous ayons fait valoir tout à rheure, à propos des pieds panards , s^appliquent de tout point aux pieds cagneux. La ferrure qui convient pour ceux-ci n'est pas plus orthopédique que l'autre : c'est une ferrure exactement semblable à celle des sabots normale^ ment conformés, ayant pour unique but de oonserrer leur fonne naturelle, qui dépend des conditions de leur aplomb. Cet aplomb est vicieux, mais son vice ne dépend point dn sabot. Agir sur le sabot serait mettre le remède à cAté du mal^ et de plus ajouter un nouveau mal à celui qui existait déjà.
Le cheval aux pieds cagneux , pour les mêmes motife que le cheval aux pieds panards, se coupe, ce qui veut dire que le sabot levé atteint dans ses mouvements le membre à l'appui. Mais au lieu de l'atteindre par le talon, il l'atteint pai* la mamelle.
On recommande, afin de diminuer les chances d'accident de cette nature, d'encastrer le bord du fer dans l'épaisseur de la paroiy ce qui est une manière de fausser l'aplomb nécessaire au pied cagneux. Le mieux est de ferrer juste, comme on le fait dans tous les cas avec la méthode périplantaire, et de munir les boulets du cheval cagneux d'un oonssinet en cuir, qui les garantit contre les atteintes possibles. C'est le seul moyen d'éviter les effets de ces atteintes, sans acheter la préservation de la peau du boulet au prix de la ftttigue et de Tusure prématurée qu^entratne inf ailfiblemeiit l'emploi des procédés orthopédiques de fen'ure.
La facilité avec laquelle ces procédés sont préconisés dans les traités spéciaux de maréchalerie, pour tous les cas possibles de conformation ou de direction défectueuse des .membres I est vraiment incompréhensible. On ne peut pa»
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faire meilleur marché de la physiologie et sacrifier davantage à la routine des atelierê.
C'est ici surtout qu'il importe de se bien souveuir des principes fondamentaux que nous avons posés, quant à l'objet de la ferrure, et de se mettre en garde contre la tentation si coinniuuo à Thomme qui ne réfléchit pas assez sur les lois naturelles, de se croire le pouvoir de redresser la nature et de lui infliger des corrections. Les gens qui s'occnpent théoriquement de maréchalerie, il faut bien le dire, semblent avoir succombé plus que personne à cette déplorable tentation* Il est vrai qu'ils font preuve, en même temps, d'un fiiible ba^^e de connaissances physiologiques. Cela pouvait s'expliquer à l'époque de Bourgelat; maintenant, je le iiépëte, on ne le comprend plus.
' Ainsi, pour n'en citer qu'un exemple entre bien d'autres, et afin de n'avoir pas à réfuter une à une toutes les erreurs relatives aux ferrures préconisées pour le cheval bas du immnt, pour celui qui est dit wm-hd du devant, campé, à fcprrets coudés , à jarrets droits^ huclié, long-jointé , courtjomté, etc., montrons une recommandation classique faite pour le éhevc^ argué.
Cheval arqué. — Ou sait la signification de l'expression; elle veut dire que Pavant-bras et le canon, au lieu d'être sur une même li^e verticale, forment une ligne
plus ou moins brisée par la flexion de l'articulation du genou, maintenu dans cette position par un raccourcissement des tendons fléchisseurs des phalanges. Oelles-ci, par le
même fait, sont redi*essées, et le cheval arqué est en même temps houUté.
Eh bien ! voici ce qu^on trouve à ce sujet dans un ouvrage classique publié en 1865 :
c Pour rendre aux membres antérieurs l'aplomb qu'ils ont perdu, il fistut provoquer l'effacement des genoux en
LA \r A RR n W A T.RRTR-
abaiflsant les parties postérieures du pied. Aiiisi les talons Beiont parés un peu pins que la pince, et Ton appliquera un fer plus épais en pince qu'en éponge (1). »
C'est tout juste le contre-pied de ce qu'il convient de fiûre. Quiconque aura étudié attentivement nos premiers chapitres, notamment l'article concernant le levier phalaugien, n'aura pas de peine à en demeurer convaincu. On s'apercevra tout de suite que les dispositions recomnaandées pour le sabot sont précisément celles qui ont détenniné le vice d'aplomb auquel il s'agit de remédier.
En eéfet, le mode de fonctionnement du levier phalsngien nous a fait voir que rabaissement des talons, en donnant à la pince une étendue relative plus grande, augmente en proportion le bras de la puissance et rend néoessaire, par là même , une résistance plus forte pour l'équilibrer. Cettii résistance, ce sont les tendons qui la fournissent, et c'est parce qu'elle dépasse la limite de leur aptitude normale qu'ils s'altèrent peu à peu et se rétractent. De là cette disposition vicieuse du membre arqué, que le cheval augmente instinctivement, pour soulager ses tendons au détriment des articulations phalangieunes, et particulièrement de celle du boulet.
n paraît donc logique, au contraire de ce que l'auteur cité préconise, d'agir en sens inverse de la pratique qui ii produit la déviation. Au lieu de parer les talons, il faut les laisser croître, et au besoin augmenter leur hauteur par des éponges épaisses; au lieu de laisser la pince longue et d'y appliquer un fer plus épais, il faut la parer à fond et diminuer en cette région l'épaisseur du fer. Pour mieux dire, il faut rétablir le sabot dans ses conditions normales, qui ont été artificiellement faussées.
Périer, esprit un peu trop systématique peut-être, frappé
(1) A. BsT, Traité d^maréehàUrUvétériimr^ 2« édition, p. 852.
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du grand nombre de pieds à talons bas que la ferrnre usuelle a faits, et du non moins graud nombre d'altératious des membres qui en lésultent, avait imaginé de considérer comme normal un mode de ferrure dans lequel le fer, à pince dégagée et mince, serait progressivement plus nourri dans ses branches, jusqu'aux éponges. Sa doctrine a eu, en Lahié, un apôtre convaincu. Elle rencontre utilement , à vrai dire, dans Fétat actuel des choses, de fréquentes indications parmi lesquelles celle qui concerne les chevaux arqués doit être mise au premier rang.
Mais pour les pieds dont les tendons n'ont encore subi aucune altération sensible, elle cesse d'être applicable à dater du moment où, sous son influence, les talons ont recouvi'é, ainsi que nous aurons occasion de le signaler plus loin, leur hauteur et leur direction normales ; ce qui arrive bientôt par son application judideuse.
0*est peut-être, à ce titre, le seul procédé de ferrure qui mérite justement d'être qualifié d'orthopédique, dans l'un c(mmie dans l'autre des cas que nous venons de considérer.
Pied pinçard. — Le cheval pinçard est celui qui n'appuie sur le sol que la pince de son pied. Le défaut ne s'observe qu'aux membres postérieurs. Il résulte le plus souvent d'une rétraction des tendons.
Le procédé généralement employé dans l'intention d'y remédier a pour effet, encore ici, de l'augmenter. De ce que le fer s'use en pince, ce qui est bien naturel, puisque seule la pince appuie sur le sol, on en a conclu qu'il fallait opposer à l'usure une plus grande épaisseur de fer. Dans l'arsenal orthopédique ordinaire, le fer pinçard est couvert et très épais en pince, étroit et aminci progressivement dans ses branches, et étampé tout près des éponges; les mamelles sont dépourvues d'étampures.
On se proposerait de soustraire les talons à l'appui et de
LA MAEÉCHALERIE.
déterminer le tiraillement continuel dee tendons, qu^on ne
ferait pas autrement. Aussi , chez le clieval ferré de la sorte, la pince du fer, si forte qu'on Tait mise, est-elle entièrement coupée que les têtes de clous sont encore intactes, à plus forte raison les branches du fer.
Il est rarement possible de songer à faire recouvrer au pied pinçard la direction normale qu'il a perdue, à moins de saisir l'altéra ti ou des tendons tout à fait à son début. Dans ce cas y au lieu de chercher à provoquer Tappui des talons en les abattant, comme nous Pavons vu si singulièrement préconiser tout à l'heure, il importe au contraire d'augmenter leur élévation naturelle par l'application d'un fer à éponges nourries, en ayant soin de parer la pince à fond. La longueur du levier phalan gîen étant ainsi dimiimée, les tendons sont soulagés, et ils i)euvent encore, grfice à ce soulagement, recouvrer leur sensibilité normale.
Dès que Tusnre du fer, ainsi confectionné et appliqué, se manifeste princi2)alement aux branches, il est temps de revenir à la ferrure ordinaire : le mal est conjuré; le sabot est rentré dans ses formes régulières.
Mais lorsque le pied est deveuu décidément pinçard, il n'y a plus qu'à pallier son défaut dans la mesure du possible, en mettant le sabot en état d'appuyer également et sur la r^on des talons, et sur celle de la pince.
La ferrure que nous venons d'indiquer, et que l'on appelle ferrure Périer, suffît pour les cas où le pied n'est pinçard qu'à un faible degré, ce qui est rare. A un degré plus avancé, il faut, aux éponges noui-ries, ajouter de forts crampons, dont l'élévation soit proportionnée à la distance qu'il y a, dans Tappui du pied, entre le sol et les talons, absolmnent comme on fait, chez l'homme, pour la chaussure du pied-bot analogue, ou seulement lorsqu'un des membres inférieurs est un peu plus court que Tautre. dette chaussui'e est alors pom*vue d'un talon plus élevé, sur lequel
FEBBTTBE ORTHOPÉDIQUE.
rappm sWeotue, en soulageant les articulations et les tendons qui, sans cela, auraient à fournir des résistances exagérées.
Tel est le mode de femue du pied pinçard, indiqué par les lois du fonctionnement naturel de la région. Il est, on
le voit, tout à fait opposé à celui qui est généralement usité et recommandé par la presque unanimité des auteurs en maiéchalerie. Seul, un jeune vétérinaire militaire , M. Dupon, dans un mémoire qu'il a publié, a vu juste sur le sujet, en recommandant un procédé analogue à celui que nous venons d'exposer, et fondé à peu près sur les mêmes considérations.
Bouleture. — Le défaut de la bouleture accompagne ordinairement la disposition qui fait dire que Panimal est arqué, ainsi qu'on l'a vu plus haut ; mais on l'observe aussi parfois tout seuL Sans nous appesantir sur les causes du défont, rappelons qu'il consiste en ce que Tarticulation du boulet est plus ou moins fléchie ou portée en avant, ce qui occasionne une déviation de la paroi du sabot, dont la pince s^allonge et devient plus oblique.
Comme palliatif de ce vice d'aplomb, IL Boule j a justement recommandé de raccourcir le plus possible le sabot dans la région de la pince et d'appliquer le fer Périer, c'est* à-dire le fer nourri en éponges. « Plus, dit-il, la pince sera raccourcie, plus les talons auront de hauteur, plus les phalanges tendront à prendre sous le canon une direction qui se rapproche de la verticale, oonséquemment le levier qu'elles représentent sera proportionnellement diminué, au grand avantage des tendons, dont le bras de levier est invariable. »
M. Key n'est pas du même avis. Après avoir lui-même cité le passage que nous venons de transcrire, il ajoute : « Cette pratique n'est pas admise généralement : beaucoup de
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praticiens préfèrent diminner la hauteur des talons , qui n'a que trop de tendance à s'accrottre en pareil cas. »
Que la pratique ne soit pas généralement admise, cela est malheureusement incontestable; mais il n'est pas moins incontestable que les praticiens ont tort de ne point l'admettre , et M. Rey avec eux. Ses avantages sont évidents, pour quiconque connaît la physiologie du pied, que Thonorable professeur de Lyon, un peu trop entiché, peut-être, de la qualité de pmticien, transgresse volontiers. En raaréchalerie, la pratique qui ne s'en inspire point s'appelle la routine; elle ne mérite pas d'autre nom. Et c'est sur le sujet des ferrures orthopédiques qu'elle s'est surtout exercée, oubliant , ou plutôt ne sachant pas que la ferrure véritablement physiologique a pour résultat de les rendre à peu près toutes inutiles, ce qui n'est pas un petit avantage, car elles ont pour la plupart rinconvéïiient de nuire à la conservation des membres sur lesquels on les applique.
C'est ce que nous allons voir encore mieux, à propos des défauts relatifs aux allures.
Action de se couper. — Se couper, pour un cheval,
c'est blesser, dans la marche aux allures vives, le membre qui est à l'appui avec celui qui est levé. Nous l'avons déjà dit, il se coupe d'un seul on des deux pieds. S'il n'y a que contusion et non pas blessure, on dit qu'il sê tauehe. 8i les deux membres sont blessés, on dit qu'il s' entretaille.
La région la plus souvent atteinte est celle du boulet, à la face interne, bien entendu. La blessure se montre aussi parfois à la partie saillante du genou, au-dessous de Tarticulation.
Deux des causes qui déterminent l'accident ont été particulièrement indiquées : ce sont le pied panard et le pied cagneux; nous n'y reviendrons pas. Cependant, il faut ajouter que les chevaux panards sont particulièrement ceux
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{[iii se coupent au ^eiiou, pour la raison qu'ayant en génélul le canon long et Tavant-bras court, ils troussent en trottant, lèvent lenr pied très haut et le projettent de dehors en dedans, pour le redresser après la flexion de Tarticulation du genou, qui est oblique de dedans en dehors.
On sait maintenant qu'avec ces défectuosités d'aplomb, il n'y a pas d'autre remède contre l'action de se couper que celui qui consiâte à garantir la partie atteinte par un coussinet bouclé sur le membre. La ferrure n'y peut rien^ sauf à entraîner des inconvénients encore plus graves que celui auquel elle aurait pour but de remédier.
Mais une ferrure mauvaise, qui vicie elle-même les aplombs, est ëouvent la seule cause de Taccident. Ici le remède est tout indiqué : il suffit, pour empêcher l'animal de se couper, de le ferrer selon les principes d'une bonne ferrure normale, comme ils ont été exposés dans les chapitres précédents.
L'action de se couper est aussi parfois la conséquence d^un défaut de vigueur des puissances musculaires. On l'observe chez les animaux jeunes, mal nourris, chez les convalescents et chez les sujets très fatigués par un travail excessif.
Dans ces divers cas, il est évident que la ferrure ne peut en aucune façon intervenir utilement, et c'est ce dont on ne se persuade pas assez. Il faut s'en prendre à la cause , non point à TefiTet. Ce n'est pas l'afiBure du maréchal ; c'est
celle du propriétaire de l'animal, qui doit le nourrir mieux et le laisser en repos, jusqu'à ce qu'il ait atteint ou recouvré sa vigueur normale.
On ne saurait trop s'élever contre la puissance attribuée à la maréchalerie, en pareille occurrence, et contre toutes ces espèces de fers imaginées par l'empirisme traditionnel, pour prévenir l'accident dont il s'aofit. Ces fers dits à la turgvs, à étampures unilatérales, à la turque à mamelle
LA MAIIÉCHAL£BI£.
rétréciej à la turque renversée ^ etc., qui tous ont la branche interne beaucoup plus épaisse et beaucoup plus rentrée sons le pied que la branche externe, ont pour effet immédiat et certain de fausser les aplombs. Ils empêchent peutêtre quelquefois le cheval de se couper, mais ils entraînent à coup fiûr une prompte usure de ses membres, pour des raisons sur lesquelles nous n'avons plus besoin d'insister. M. H. Boule} l'a lait remarquer depuis longtemps.
Le maréchal ne doit avoir jamais qu'une seule préoccupation, lorsqu'on lui présente un cheval ou tout autre animal solipède à ferrer : c'est celle de maintenir le sabot dans ses conditions naturelles, quant aux proportions de ses diverses parties et à leur direction. Son rôle utile se borne à cela.
Je sais bien qu'en formulant une telle proposition, je • m'expose à rencontrer beaucoup de contradicteurs; mais il me suffit, pour ne pas craindre de la soutenir, qu'elle soit eu concordance avec la Vérité physiologique. Nous aurons plus loin à la faire intervenir encore, dans une occasion où elle sera davantage en opposition avec les opinions généfalement reçues. Les faits, si l'on veut bien prendre la peine de les examiner attentivement, montreront qu'elle est d'une exactitude rigoureuse^ qui défie toute contradiction fondée. Elle n'a contre elle que la tradition routinière des ateliers, établie par les écuyers et les hippiâtres des deux derniers siècles, et à laquelle le fondateur des écoles vétérinaires a donné sa sanction. Il est temps de renoncer à cette tradition empirique, au bénéhce de la science.
Action de forger. — On dit d'un cheval qu'il forge lorsque, dans son allure, la pince du pied postérieur vient heurter le pied antérieur du même bipède latéral. Les deux fers, en se heurtant ainsi, rendent un son, ou plutôt un bruit, d'où est tiré le nom de l'action, et qui ne laisse pas