‹ La maréchalerie; ou, Ferrure des animaux domestiquesChapitre 18 sur 58 · FERRURE THÉRAPEUTIQUE · texte numérisé non relu

FERRURE THÉRAPEUTIQUE

Dans le cas de bleime suppurée, la première indication

est de donner issue au pus emprisonné par la sole et d'enlever toutes les parties décollées, afin de mettre les tissus malades en état de se réparerv G'est d'une opération chirar-

'^'•i«ile qu'il s'agit; et si les désordres ne sont pas assez Miteuses pour que ranimai soit tenu au repos ^ la maréchat^rie ne pent intervenir que pour prot^er les parties opérées <^ntre les injores des corps extérieurs, comme dans le cas e seime (piarte. Le fer à planche remplit l'ofiice, en soustrayant le talon malade i Tappui, en même temps qu'il sert

'& maintenir le pansement ; mais c'est dans ce cas-là seulement qu'il doit être employé. Les maréchaux, et même les vétérinaires qui suivent trop aveuglément la tradition en

^ font un grand abus , dans l'intention fautive de préserver les talons contre les effets de l'appui sur le sol.

Fourbure. — La congestion totale des tissus sous-ongulés, appelée fourbure , lorsqu'elle se prolonge, entraîne le plus souvent des déformations du sabot, résultant d'une exagération de la production cornée, surtout vers les lames du tissu kéraphylleux. Les fibres cornées sont déviées en avant, et il se manifeste une succession de sillons ou de cercles sur la paroi Quelquefois, dans la r^on de la pince, il se forme un vide entre les deux portions de la paroi, normalement réunies. C'est ce vide qui porte le nom de fourmilliere. En d'antres circonstances, l'hypersécrétion produit dans la même ' région une accumulation de corne blanche, qui comprime les tissus vivants, et que Vatel a nommée kéraphyllocèle (tumeur du tissu kéraphylleux).

Oeci, qui entraîne une bdterie pennanente, nécessite une opération chirurgicale ; la ferrure n'y peut remédier. Quant au reste , il est au contraire exclusivement de son ressort.

Le sabot déformé par la fourbure doit être ramené à ses dimensions et à sa direction noimales. Les parties suribon-

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dantes de la pinoe sont abattues avec le rogne-pied et la

râpe ; le fer est appli<|ué sur le contour de la sole, comme si le sabot était normal, et sans tenir compte de répaississement de la paroi. Oelle-ci est ensuite réduite à des proportîeiu régulières, à l'aide des instriunents.

Les sabots dont le mode de production a été vicié par * fourbure doirent être f^és le plps souvent possible, af^ qu'ils n'aient pas le temps d'acquérir, au delà d'un certa degré, les dimensions et la direction capables de dévier 1^ aplombs au point de fatiguer les tendons. ^

Encore ici, les femires empiriques out pour effet d'entretenir le mal et d'en aggraver les effets. ïous les fers oGuyerts, allongés, bombés, etc., que le passé nous a légués, doivent désormais être relégués dans les musées de maréchalerie, n'en déplaise aux praticiens purs. Ce qui est avant tout à considérer, c'est le rétabliss^ent de Paplomb normal, au moyen de la ferrure. Dans le cas, le fer n'est pas fait pour le pied, mais bien le pied pour le fer, contrairem^t à la règle delà ferrure des pieds naturels.

De même en est-il pour une autre des déformations produites par la fourbure, dont il nous reste à parler, ou plutôt pour un accident résultant de Tune de celles dont il a été question plus haut.

n arrive que la direction du sabot est quelquefois déviée de telle sorte , que l'appui de l'os du pied se fait par la partie antérieure de son bord tranchant. Ce bord amincit la sole sur laquelle il porte et finit par la traverser, siPon n'a pas remédié de bonne heure à la déviation. L'apparition de la portion d'os mise à nu ainsi donne heu à ce qui a été appelé croissant, et nous n'avons pas besoin d'insister pour en faire sentir la gravité.

Une fois l'accident produit à ce degré, son traitement appartient au chirurgien, dont le maréchal n'est que l'auxi* liaire, pour l'exécution du pansemeut, eu lui fournissant lui

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ferà defisolnre, dont nous parlerons pins loin. Hais étant

appelé à ferrer un sujet qui a été fourbu, c'est à lui que re- Tient la tâche de prévenir Tapparition du oroissant, en se j réoocapant toujours de le placer, par la fernire, dans les conditions d'un appui normal. Il y parviendra en se conformant aux prescriptions plus haut énoncées, en reportant toajonrs yemles talons Tappui qui tend sans cesse , chez les chevaux dont il s'agit, à s'en écarter.

Je ne crois pas nécessaire de discuter la question de savoir si, dans le cas de cmissant, Tos du pied a, comme on le préteud, basculé d'avant en arrière, sous la pression des couches de oome qui s'accumulent dans la paroi de la pince. J'ai peine à l'admettre ; mais quelle (|ue soit la théorie du croissant, la hgne de conduite que nous traçons au maréchal pour tous les cas de déformation du sabot par la fourbure y satisfeit pleinement, beaucoup mieux, en tous cas, que l'application des fers couverts, ayant pour seul eflfet de protéger l'os iuis à nu, tout en laissant subsister lès conditions vicieuses de l'appui qui l'ont dévié.

Pied dérobé. — On appelle pied dérobé le sabot dont

le contour plantaire présente des parties trop faibles ou décliirées par une usure violente, dans lesquelles les clous ne peuvent pas être implantés.

C'est se faire une "grande illusion de croire (]ue le défiiut uiû8i nommé peut être naturel. Seule la mauvaise ferrure, ou l'absence de ferrure, dérobe les pieds ou affiiiblit la paroi. Les fers trop lourds, nécessitant, pour être maintenus, des clous trop forts et en trop grand nombre, en sont la cause pnucipale. Un des nombreux avantages de la ferrure périplantaire sera de mettre ordi'e à mi tel abus.

L'indication à remplir, pour les pieds dérobés, consiste purement et simplement à placer les étampures du fer vis-à- "^s des points les plus sohdes de la paroi, et à laisser déborder

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oeloi-ci en face des points faibles, afin de ne point rétrécir la base d'appui, et de fournir au contraire an sabot la facilité de recouvrer sa forme normale. Une fois replacé dans ses aplombs, le sabot pousse légulièiement et se répare tout seul.

C'est la règle qui convient pour toutes les déformations du sabot causées par la ferrure videuse, et qui sont plus nom* breuses qu'on ne le croit généralement.

Âinsi^ je n'hésiterais pas à soutenir, pour mon compte, qu'il n'y a point de sabots naturellement trop petits, et que^ loin de devoir être attribuée à une conformation particulière de l'os du pied, la forme qui consiste en ce que le contour coionaire a une circonférence plus étendue que celle du contour plantaire, par exemple, n'est pas due à autre chose qu'aux effets de la ferrure mal appliquée dans le jeune fige ; que si Tes. du pied est en réalité plus large en haut qu^en bas, c'est qu'il en a subi lui-même les fâcheux effets. On serait bieii embarrassé y sans doute, s'il fallait trouver un sabot n'ayant jamais été ferré, qui présentât cette conformation.

Là s'épuise la liste des altérations du sabot auxquelles la ferrure peut avoir pour objet de remédier. Il nous reste i parler des ferrures dites pathologiques, qui seraient mienx nommées chirurgicales, parce qu'elles font partie de l'appareil de pansement dans les affections du pied que nous allons passer en revue.

Cloa de rue. — On appelle ainsi, en chirurgie vétérinaire, toute blessure des tissus recouverts par la sole ou la fourchette, et qui est le plus souvent produite par un corps pi- | quant sur lequel l'animal a marché. j

L'accident est plus ou moins grave, suivant le point oii le | corps a pénétré et suivant la profondeiu- où il est an-ivé. Mais nous n'avons pas à nous occuper ici de sa gravité, ni de son mode de traitement. Disons seulement, en passant,

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qne la ferrure usuelle, par la pratique vicieuse d'amincir la sole et la fourchette, contribue à rendi-e cet accident plus fréquent et plus ^rave, en permettant aux corps piquants sur lesquels Panimal peut marcher de pénétrer jusqu'aux tissus vivants. La corne, conservant dans les deux régions son épaisseur normale, oppose à ces corps une résistance plus difficile à vaincre. La ferrure perfectionnée contribue^ en conséquence, à prévenir le clou de rue, et tout au moins à rendre ses effets moins redoutables.

La piqûre n'est en effet véritablement sérieuse que quand elle a atteint raponévrose plantaire, dont le tissu, peu vivant, se mortifie avec une grande iicilité et ne réagit ([ue par l'élimination de la partie atteinte, qu'il j a lieu de favoriser par une opération ayant pour objet de la mettre à nu. A la suite de cette opération, un pansement compressif est nécessaire, et pour le maintenir appliqué sous le sabot, en grande partie, sinon en totalité, dépourvu de sa sole et de sa fourchette, il faut un fer particulier. C'est de la confection de ce fer et de son application que nous avons à nous occuper.

Il a pour but de permettre l'introduction sous la surface plantaire d'éclisses en bois, sortes de petites lames minces qui, réunies bord à bord, forment un plancher sous le sabot, lequel maintient, en les comprimant, les pièces du pansement, fonnées de boulettes d'étoupe. En chirurgie, il porte le nom de fer à de^solv/re. C'est un fer ordinaire, mais mince et peu, couvert, ne portant que quatre ou six étampures, suivant rétendue du sabot, et avant des épon<^es un peu longues, qui doivent dépasser les talons. Avant d'être appliqué, il reçoit une forte ajusture, et ses éponges sont un peu courbées en bas, de manière à ce qu'il puisse facilement livrer passage aux écliflses, que sa face supérieure doit retenir.

Les clous qui attachent le fer à dessolure sont rivés grossièrement, afin quMl ne soit pas nécessaire de frapper sur le sabot, au cas où il y aurait lieu de le déferrer pendaut la

LA. MARÉCÏÏALEBIB.

dnrée du traiteiiieut. En les brochant, il convient aussi de ne donner que des coups de brochoir modérés, pour ménager la sensibilité du pied endolori.

Crapaud. — Ce nom bizarre, dans la circonstance, est celui d'ûne affection de Fappareil producteur de la corne, dans les régions plantaires, et particulièrement dans celle de la f onrchette. On sait qu'il s'agit d'une altération de la matière cornée, dont la consistance normale est détruite, les libres étant désagrégées et formant des sortes de pinceaux, tandis que les lamelles de la sole et de la fourchette prennent l'aspect du fromage et en ont Todeur infecte.

La ferrure qui convient dans le traitement du crapaud Tarie selon le mode de ce traitement qm a été adopté.

S'il comporte l'application d'un pansement à demeure, c^est le fer à dessolure, comme pour le clou de rue, qui est employé.

Si, au contraire, suivant une pratique plus commode et plus efficace, la surface plantaire doit être laissée à Tair libre, ranimai ne discontinuant pas son trayail, la ferrure n'a plus d'autre indication à remplir que celle de permettre l'apphcation facile des agents médicamenteux sur les surfaces altérées*

Alors la ferrure périplantaire serait la plus commode, car elle laisserait à nu les points de jonction de la sole avec la paroi, qull j a lieu d'atteindre avec persérérance, attendu que l'altération s'y confirme avec une gi'ande persistance. En tout cas, si l'on applique un fer ordinaire, celui-ci doit être très d^agé et ajusté de telle sorte qu'il ne porte que sur le contoui* plantaire de la paroi.

Javart. — Dans le cas d'opération du javart cartilagineux, consistant à exciser l'un des cartilages latéraux de l'os

du pied, morti&é en une partie de son étendue, opération qui

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nécessite le plus souvent en même temps l'extiipation du

quartier correspondant du sabot, il est indiqué d'appliquer ensuite un pansemeut compressif qui entoure les régions mises à na par Tinstroment tranchant.

Oe pansement, formé d'étoupes préparées et de tours de bande ou de ligature, demeurerait difficilement en place, s'il n'était maintenu, par un fer^ qui doit avoir à cet effet des dispositions particulières,

Le fer usité, dit/er àjavàrt, n'est autre chose que le fer à dessolure, dont une des branches a été tronqués vers la moitié de sa longueur, du cAté opéré.

Ainsi, la partie dépourvue de fer permet le passage facile des tours de ligature, qui viennent tous aboutir sous l'éponge du côté opposé, pour s*y réunir et y être arrêtés.

Xous bornons à ces courtes indications ce qui concerne les fers à pansement, parce que le maréchal ne devant les appliquer que sous la direction d'un vétérinaire, dont il est l'auxi^ liaire dans le cas, reçoit nécessairement de lui tous les éclaircissements dont il peut avoir besoin.

CHAPITEE X.

FEREURE A GLACE.

Définition. — L'expression de ferrure à glace est employée pour désigner une pratique dont l'objet est de rendre plus solide Tappui du pied ferré, sur les terrains rendus glissants parla gelée.

LA HABÉOHALEEIE.

Les chevaux ne marchent que bien rarement sur la glace proprement dite, dans nos climats du moins. Cela ne se Toit

que dans les pays du Nord, où Ton va en traîneau durant rhiver; Chez nous, la ferrure dite à glace n'est usitée que dans les temps de verglas, où les dievaux ne sauraient marcher avec la ferrure ordinaire, présentant au sol une surface bientôt rendue lisse par l'usure de la tête des clous.

Le plus habituellement, la ferrare à glace ne diffère de cette ferrure ordinaire, qu'en ce qu'un certain nombre de ses clous, quatre au plus, deux eu mamelle et deux en talons, sont remplacés par des clous particuliers, dont la tête plua volumineuse, au lieu d'avoir la forme d'une pjTamide tronquée, à la forme d'un coin. Le tranchant de ce coin entre dans le sol gelé, s'y fixe, et donne ainsi prise à l'appui solide du pied.

Du moins, tel est le but qu'on se propose d'atteindre, en appliquant les clous à glace. Nous verrons tout à Theuie ce qu'il en est réellement. Il suffit pour l'instant d'avoir

défini l'objet de Ce chapitre, en déterminant le sens des

mots par lesquels il est exprimé.

Systèmes de ferrure à glace. — Nous venons de donner un premier aperçu du mode le plus usuel de la ferrure à glace. Il se borne à cela, c'est-à-dire à l'application de quelques clous à tête tranchante et volumineuse, lorsque, surpris inopinément par une forte gelée précédée d'humidité, il y a heu, pour pouvoir continuer sa route, de parer à une nécessité urgente.

Je me souviens d'une circonstance où, ayant à passer avec soixante voitures du train des équipages mihtaires, attelées de mulets, en décembre 18ô4, la montagne qui sépare la ville de Saint-Étienne de la vallée du Rhône, nous nous trouvâmes fort empêchés, lorsqu'au moment de nous remettre en route, le matin de bonne heure, nous nous

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