ATELIER DE MARÉCHALERIE
dre la peine de mesurer la quantité de charbon qu'il lui faudra pour chauffer rapidement un lopin , ou pour amener un autre lopin du même poids au même degré de chaleur, en y mettant plus de temps ; en d'autres termes, 8*11 charge son foyer par petites portions successives.
Eh bien ! pour chauffer rapidement, la puissance du soufflet est la chose capitale. La combustion es en raison de la
Fig. 19. — Forge de marccîml.
quantité d*air envoyée par celui-ci, de la rapidité de son vent .
La construction d'un soufflet de forge doit être envisagée au triple point de vue de la puissance qu'il développe, de
LA MABÉCHALEBIEL
son volume ou de la place qu'il occupe, et de la force qu'il nécessite pour être mis en action.
Sous les trois rapports, il a été réalisé de très grands perfectionnementSy dont le résultat final est une économie considérable de temps et de force. Les soufflets ordinaires, eu bois et en cuir, que leur nom définit suffisamment, sont aujourd'hui reiifance de Tart. Ils sont encombrants, et pour la force qu'ils exigent, ayec^eur lourd contre-poids et le peu de souplesse de leur cuir, avec leur branîaire primitive, ils ue produisent que de bien faibles résultats.
De petites souffleries métalliques, en forme de cylindre (fig. 10), occupent maintenant dix fois moins d'espacé, exigent dix fois moins de force et produisent dix fois plus d'effet utile. Il s'en faut de beaucoup que leur prix soit dix fois autant que celui d'un soufflet ordinaire. Les plus puissantes ne coûtent pas plus de 300 fr., et il y en a dont le prix ne dépasse pas 50 ir. On a bien vite fait, en tout cas, de les gagner par l'économie de temps et de combustible. Tout maréchal sachant compter doit donc les préférer à l'ancien souiHet, si bien construit qu'il puisse être.
Tenailles. — Toute forge est pourvue d'une série de tenailles, dont Toffice est de saisir le fer chaud. Elles représentent exactement deux leviers à bras inégaux, dont le point fixe est une articulation à tourillon mobile. En ce point, le levier est doublement coudé en sens inverse, et aplati. Au delà, le petit bras, élargi sur champ et tenniné en , biseau tronqué, s'oppose à celui de l'autre levier qui forme avec lui la tenaille ; en deçà de l'articulation, le grand bras arrondi se prolonge plus ou moins.
Les deux petits bras du levier forment les mors ou mâ" chaires. La coudure est telle qu'ils peuvent se rapprocher 1 plus ou moins. Dans le premier cas, on a des fenaiOeajuattst
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^ans le second, des femiUes goulues. Leur emploi, varie suinat qu'il s'agit de tenir des objets plus ou moins épais. Le bon choix est ici d'importance, car c'est pour l'ouvrier uue pondition de bon travail , de se bien mtenailler. \ Les deux grands bras forment les hranàies, qui , dans les tenailles à main, doivent être tout juste assez longues pour nue la chaleor du fer, conduites par elles, soit tolérable à la main, mais pas plus. Dans les évolutions rapides qu'exige le travail du fer, des branches trop longues, en surcliargéant la main, gêneraient l'ouvrier pour ces évolutions.
Les mors aussi doivent être aussi courts que possible, tout juste ce qu'il faut pour que le fer puisse être saisi solidement^ et pas davantage. Ils le saisissent ainsi avec plus de facilité. TJne articulation très mobile et des branches légères sont de même pour cela nécessaires. A chaque instant, ÏQimm qui forge un fer est obligé de s'entenailler de nonlean. Il doit pouvoir le faire sans interrompre le rythme de âeâ coups de marteau.
En outre des tenailles à main, il y a aussi la tenaille à mettre au feu ou loimiiere. Celle-ci sert, comme l'indique son nom, pour maintenir et retourner dans le foyer le lopin de fer qui chauffe. Elle a des mors allongés, épais, parallèles» que la chaleur use assez promptement. C'est pour cehi qu'ils doivent être longs et forts. Ses branches, très allongées également, ont cette étendue pour éviter que le chauffeur soit obligé de s'approclier trop du foyer, lorsqu'il veut y placer ou y retourner le lopin à chauifer.
En outre, la forge doit être pourvue de Hemniere. Oe sont
de lon^^ues tiges de fer rond, ou plutôt cylindrique, ternii-
eu pointe aplatie ou en crochet à Tune de leurs extré-
nûtés, et portant à Fautre un renflement ou un anneau, où
la main s'arrête. Le tisonnier sert à ranger le cliarl)on in-
(^escent dans le foyer et à débarrasser celui-ci des scories
on michefers qui s^accumulent au fond du foyer, en face de
Là. MA£ÉCHAL£BI£,
la tuyère. Le tmnnier droit les détache; le tisonnier crochu les extrait.
Enclame. — L'enclume de l'atelier de xuaréchaleiifli (fig. 19) se distingae de celles eu usage dans les aatiei ateliers où l'on traTaille le fer, telles qne les enclumes de forgeron, de seiTurier, etc., en ce que la iable , terminée à rnne de ses extrémités par un talon à angles droits, se ooii« tinue avec la bigorne on l'autre extrémité, par un dos-cFâne, sans aucune espèce d'embase. Ce dos-d'àne, qui se continue jnsqne vers le milieu de la table en mourant, fiftcilite l'étirage du fer, en diminuant la surface opposée aux coups du marteau et du fen^etier, dans raction de contre-l'orgèr.
Au delà du dos-d'âne, la table doit être parfidtement plane et unie. A la naissance de la bigorne, qui est ellemême horizontale et bien arrondie dans sa forme conique i l'endume porte, du côté où se plaoe l'ouvrier, un troa en forme de carré long, percé obliquement, de manière à surti^ sur le côté de la base, vers le milieu de la hauteur de l'eu-j clume. CTest au-dessus de oe trou que se plaoe le fer foigé,| poui* tii contre-percer les étampures. '
L'enclume est placée sur un billot en boisi, formé d'uii segm^t de tronc d'arbre, solidem^t fixé à une profondeni^ convenable dans le sol de l'atelier. ^1 ne doit pas être trop élevé, afin qne les coups de marteau tombent d'assez haut sur le fer. Il ne doit pas être trop bas non plus, afin qne TouTOer ne soit pas obligé de se tenir trop courbé devant rendume.
Marteaux. — Dans un atelier de mai*échalerie, trois 8<nrte8 de marteaux sont nécessaires. H y a le f erretier, le marteau à frapper devant et le rrfouloir.
Le /erretier est un marteau sans panne, eu forme de cône, .à coupe ovoïde, ou plutôt de foime lenticulaire, portant nu
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oeil à Tune des extrémités de son champ, où s'introduit le manche. L'antre extrémité^ qui est la bouche trempée, est légèrement convexe en tous sens et à contours ovoïdes dans la direction du manche.
L'atelier doit être pourva d'un jeu de ferretiers de différents poids, qui servent suivant le poids du fer à forger. U est parfaitement inutile, pour la confection d'un fer léger, pour celle d'nn fer périplantaire, par exemple^ de se servir d'un ferretier lourd. La mesure est ici difficile à donner. Il appartient à rintelligence de Touvrier de la déterminer.
Le manche du ferretier, un peu aplati sur ses côtés, et d'une grosseur suffisante pour qu'une main ordinaire puisse Tembrasser sans effort, ne doit pas être trop long. Il &ut que l'ouvrier placé devant le dos-d'âne de l'enclume puisse, quand il forge, le tenir par son extrémité libre, sans avoir besoin d'écarter son coude du corps. C'est l'attitude la plus commode et la plus gracieuse dn f orgeur. Lorsque le manche est plus long, toute la partie qui dépasse la main fait inutilement contre-poids au ferretier et diminue d'autant l'eflfet utile de ses coups.
Le marteau à frapper devant est un fort marteau à panne, à bouche carrée, que l'aide du forgeur tient à deux mains, et dont les coups répétés s'appliquent seulement sur le plat du fer, ceux du ferretier servant à contre-forger ou étirer ce fer sur son champ.
Il en est du marteau à devant conmie du ferretier, sous le rapport du poids. Celui-ci doit varier comme le poids des fers à forger. Quant à la longueur du manche, elle est telle que l'aide, placé carrément devant l'enclume, puisse avec aisance le faire mouvoir de ses deux bras, sans qu'il y ait d^excédant au delà de sa main, et sans qu'il ait besoin de &ire trop d'efforts pour maintenir le poids du marteau en équilibre.
LA HABéCHALEBIlS.
Le rêfindoir est tin petit marteau à main, asses lëger et à panne, qui sert à la fois à refouler lea éponges du fer et
à coutre-percer ses étampures.
Ëtampes. — La forme de Tétampe varie suivant le mode de ferrure qu'il s'a^^it de pratiquer dans Tatelier.
Pour la confection des fers ordinaires, l'étampe est une pyramide à quatre pans, un peu renflée vers son milieu, et percée près de sa pointe d'nn œil où se loge le manche. La pointe, non effilée, est trempée et à arêtes vives. La base reçoit les coups qui doivent faire pénétrer la peinte dans l'épaisseur du fur pour l'étamper. Le volume de l'étampe est en rapport avec celui du fer sur lequel elle doit agir.
Pour le fer péri plan taire, l'étampe est ^ remplacée par uu poinçon d'acier fondu uou trempé, bien effilé (fig. 20), à coupe rectangulaire, et dont les angles sont un ixii ; abattus. Ce poinçon se termine en graiu d'oi^.
Les étampures, dans tous les cas, sont achevées par le poinçon à cmtro-percêrf qui ressemble à celui dont nous venons de pa^ 1er, sauf qu'il est moins volumineux et plus ' effilé. Ce poinçon sert à faire sauter oequi ' ng. M. — . Poinçon reste au fond de Pétampure , pour que le p^^^^ieier ^^-^ percé d'outre en outre et puisse li^Te^
passage à la lame du clou. Le fer est pour cela placé encore chaud sur un billot en bois, ou sur le tioa
de renclume.
Tranches et ciseaux à froid. — Ce sont en réalité des
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étampes dont la pointe est remplacée par un tranchant plus on moms large et plus ou moins fortement trempé, des outils servent à couper le fer à chaud ou à froid. Un bon maréchal n'en use que modérément^ attendu qu'il doit avoir le coup d'œil assez sûr pour que son fer ne présente jamais d'excédant. Mais ils sont nécessaires tontefois éàm rm atelier, ne fût-ce que pour débiter en lopins le fer neuf ou en barres. On se sert alors pour cela du ciseanà froid, qui est one tranche emmanchée et bien trempée.
Tous les outils qui précèdent, les marteaux, les étampes, les tranches, sont rangés autour de renclume, à la portée de la main de Tonvrier, qui ne doit jamais avoir besoin de se déranger pour les prendre, afin d'éviter les pertes de temps. Ce sont ceux nécessaires au forgeur, qui dépose ses iéiBy après les avoir achevés, en nn tas voisin de son endnme,
A la fin de la journée, ils sont tous rangés, par ordre de dimensions, sur des étagères disposées le long des murs de l'atelier, où l'ouvrier ferrenr les choisira ensuite^ à mesure des besoins, pour les pieds qu'il doit ferrer.
Pour compléter la description de l'atelier de maréchalerie, il reste encore à indiquer l'une des choses qui en font partie à demeure. Les instruments de ferrure proprement dits, qui sont ordinairement la propriété de l'ouvrier ferreur et qui le soivent partout dans les divers ateliers où il travaille, feront Pobjefc d'un chapitre spécial, auquel nous renvoyons aussi pour les instruments de contrainte , bien que ceux-ci cl^)endent de l'atelier.
Établi. — On nomme ainsi une sorte de table allongée, disposée le long de l'un des murs de l'atelier, auquel elle est solidement scellée, à hauteur d'appui. Elle est formée d'un épais madrier. Son étendue en longueur dépend du nombre d'étam qu'on y doit placer, lequel nombre dépend luimême de celui des ouvrieis qu'occupe l'atelier.
LA, ICABÉCHâLEBIE.
A chaque étau» Tétabli est pourvu d'une Um au moins ^ et aussi d^un affilovr, fiché dans le madrier, ou pouvant se
placer dans les mors de Tétau. Cet affiloir est une petite pièce cubique, représentant la bouche renversée et aciérée d'un martean à main, «a laqueUe l'ouvrier fenenr doniu» l'affilure aux clous.
Il est bon aussi que l'ouvrier y puisse trouver poinçons irmnpés, pour contrepercer à froid les étampures de son fer qui en auraient besoin.
Matières premières. — Occupons-nous maintenant des
matières premières dont Tatelier doit être muni. Ces matières sont le fer et la houille ou charbon de teire. Nous noua en tiendrons, bien entendu, à l'indication des connaissanoes nécessaires pour que le maréchal en puisse faire un bon choix dans le commerce. Leur étude chimique serait ici déplacée et tout au moins superflue.
Fer. — Le plus souvent, les man^chaux mettent en œu- M:e, pour la confection de leur omTage, des fers usés, qu'ils appeUent difems ou vi&ux fers, de la ferrailk.
Ils confectionnent avec cela des lopins bournis^ composés d'un vieux fer à cheval ployé sur plat, dans la région de la pince, et emprisonnant entre ses deux branches rapprochées des fragments d'autres vieux fers ou des morceaux de ferraille. En chauffant au degré voisin de la fusion, ces lopins se soudent par le battage et s'étirent en une masse homo* gène, lorsqu'ils ont été bien corroyés par un ouvrier au brasleste et vigoureiLx.
La qualité des déferres est garantie par l'usage même au» quel eUes ont servi. Il n*en est pas de même des autres ferrailles. On doit rejeter tous les morceaux de fer aigres et cassants, tous les fers laminés et les tôles, qui s'oxideut facilement dans le foyer, et qui mettent obstacle par là même