INTRODUCTION XV
expliquant à l'échanson royal ce qu'elle attend de lui, triomphant de ses hésitations, trouvant enfin le complice dont elle avait besoin pour perdre son ennemie.
Le troisième acte ne marque rien qu'une scène parce qu'il se passe tout entier à la même place ; mais, en réalité, c'est sept ou huit scènes qu'il renferme, tant il est gonflé d'événements. Au début, Hérode écume de rage : Mariamne a osé « le deuoir d'vne femme au mary refuser «. Phérore et Salomé n'auraient garde de calmer cette fureur. L'Échanson s'introduit et dénonce le crime supposé. Hérode l'emmène pour apprendre de lui en particulier les détails du complot. Lorsqu'il rentre, Phérore lui suggère, assez raisonnablement, de confronter la reine avec son délateur. Mais Hérode se borne à faire comparaître Mariamne qui dédaigne de se défendre et riposte à l'accusation par une accusation : Hérode n'a-t-il pas voulu la faire périr, elle, lorsque, cité devant le tribunal d'Antoine, il redoutait d'y laisser la vie ? Ce seul mot provoque un changement complet dans la marche du drame. Il n'est plus question de cette affaire de poison. Soëme, qui, en effet, avait reçu l'ordre funeste, a donc tout révélé ; mais il ne l'a pu que s'il a trahi son maître, d'une autre façon, avec Mariamne. Hérode veut s'en assurer : il fait venir l'Eunuque de Soëme, et le menace de la torture, sans pouvoir tirer de lui autre chose qu'un éclatant hommage à la vertu de la Reine. Soëme est amené ensuite et sommé d'avouer l'adultère. Mille morts ne pourraient lui arracher un lâche mensonge qui ternisse le « chaste renom » de Mariamne. Il est, comme son Eunuque, livré aux bourreaux.
Mais « l'affaire des poisons » est reprise au quatrième acte. Deux scènes en tout. La première montre Mariamne dans sa prison, d'où le Prévôt vient la tirer, afin qu'ait lieu, assez indifférente désormais et hors de saison, la confrontation conseillée par Phérore. A la seconde scène, l'Échanson mis en présence de la reine soutient bien mollement son accusation ; il hésite et s'embarrasse ; il est évident qu'il ne convainc personne. Au reste, ni cela, ni l'histoire de l'adultère, non moins vaine, n'est plus ce qui importe à Hérode. Ce qu'il voudrait, c'est faire plier Mariamne devant lui, la voir s'humilier, et prendre à son égard