XVIII INTRODUCTION
Tristan n'en fit pas moins. Mais, de plus, s'étant ravisé peut-être après coup, il lui consacra, tout en le maintenant dans le récit, deux scènes du quatrième acte. Il y a répétition, assurément, mais qui s'en plaindrait ? C'est là un des plus puissants éléments de tragique de ce sombre épisode de l'histoire juive.
Pour le cinquième acte, la conduite générale est la même chez Hardy et chez Tristan. On vient annoncer à Hérode la mort de la Reine et lui en rapporter toutes les circonstances. Suivent les fureurs d'Hérode, imprécations et lamentations. Mais il y a quelque différence d'exécution : l'on avouera bien que c'est le point essentiel. Partout ailleurs il n'y avait pour ainsi dire qu'à suivre les Antiquités Judaïques, et le second venu pouvait y trouver autant d'aide que le premier ; il n'est guère de rencontre entre eux qui ne s'explique ainsi. Au contraire, pour les manifestations de la douleur exaspérée du monarque, cet aboutissement qui n'en est pas un aux yeux de l'histoire, Josèphe n'offrait qu'une indication d'ensemble . Les poètes avaient donc libre carrière devant leur originalité. Hardy ne se fit pas faute de déployer son lyrisme abrupt et emphatique, de donner essor à ses éternelles invocations mythologiques. Mais sa déclamation s'essouffle vite. Entre temps, il marque un trait significatif, mais cursif, puis passe, à la hâte. Il termine court, comme quelqu'un qui serait pressé d'en finir. Que l'on veuille bien lire, à 1' Appendice, les prenant pour point de comparaison, les soliloques qu'il prête à Hérode : on s'en rendra suffisamment compte, Tristan n'a pas été si mal inspiré, de « renouveler» Hardy.
Qu'il ait, dans une mesure plus ou moins grande, usé de l'œuvre du vieux dramaturge, cela ne fait décidément pas question . Et chargeons-le encore d'avoir également mis à contribution le P. Nicolas Caussin, auteur d'un livre qui, de 1624 à 1635, pour s'arrêter là, eut de fréquentes éditions, chacune augmentée dans une telle proportion que l'ouvrage, complet d'abord en un seul volume, en comporta finalement six. C'est constater la vogue que rencontra auprès du public du temps La Cour Sainte, ce singulier recueil où l'on trouve à peu près tout ce que l'on veut, histoire et cours de morale, roman et prédication. La pré-