‹ La Mariane, tragédie;Chapitre 14 sur 112 · INTRODUCTION XIX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION XIX

dication domine, et le ton de prédication. Tristan, en son Aduertissementy vante le « stile magnifique » du P. Caussin, qui, il est vrai, fut confesseur de Louis XIII et pensa un moment abattre Richelieu. Ce style magnifique est le plus étonnant modèle qui se puisse rêver de la plus baroque extravagance. On en pourra juger. Tristan toutefois a su extraire du fatras du jésuite deux ou trois traits qu'il orne d'une saisissante beauté : telle l'exclamation brusque d'Hérode livrant la vie de Mariamne à ses ennemis acharnés (v. 1232) ; telle encore une image violente qui devient un admirable vers des stances de la prison (v. 1262). M. Rigal en veut amèrement à Tristan d'avoir employé une dizaine d'expressions dont Hardy s'était servi avant lui : grâce entérinée, semer le divorce, miroir de chasteté... Le cas est presque aussi pendable que d'avoir dit, après Caussin : un vrai miroir, mettre les fers au feu, une mine éventée. Ce qui est plus grave, c'est que Tristan n'échappe pas toujours à la déplorable influence d'une phraséologie moins que douteuse : exemple certains passages du récit de la noyade d' Aristobule . Il s'était pourtant promis d'écarter de son ouvrage les « pointes recherchées ». Il s'y est efiTorcé sans doute, mais tout est relatif, et bien des choses nous apparaissent aujourd'hui affectées, qui, de son temps, ne semblaient pas trop sortir de l'expression naturelle, et même un peu nue, dans « la perspective du théâtre », où il avait l'ambition d'atteindre.

Le P. Caussin fait une sainte catholique de « la patiente Mariamne », « miroir de patience », « déplorable, quoique très patiente », « héritière de la patience des Macchabées », « à qui jamais la patience n'échappait », « trophée de patience », ...c'est comme une litanie, dont la monotonie est insoutenable. Par contre, il pousse résolument au noir le caractère d'Hérode, pour qui il n'a que des épithètes flétrissantes. Nous avons vu que Hardy avait commis la faute d'art de prêter à Mariamne des velléités régicides. Quant à l'historien des Antiquités Judaïques et de La Guerre des Juifs, Flavius Josèphe, il considère toutes choses sous un jour assez différent. Pour lui, Hérode, malgré ses violences, reste un grand roi. Et Mariamne ne laisse pas que d'avoir bien des torts. Elle est orgueilleuse, autant certes que sa nais

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