‹ La Mariane, tragédie;Chapitre 15 sur 112 · XX INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XX INTRODUCTION

sance peut l'y autoriser, « contentieuse, plus qu'il n*eût été de besoin » ; elle manque totalement de modestie et d'humilité, mais non pas d'une certaine « morosité » naturelle ; et, se fiant trop au pouvoir qu'elle sait avoir sur le roi, elle le brave ouvertement, et au delà de ce qu'une saine prudence eût conseillé. La tâche de Tristan consistait à adopter une juste mesure, juste par rapport aux convenances dramatiques, entre ces conceptions opposées. Il s'en est acquitté, non pas seulement « avec un peu de bienséance », ainsi qu'il dit l'avoir voulu faire, mais avec un tact très remarquable.

Est-ce encore pour obéir à la nécessité de présenter quand même Hérode comme un tyran détestable, qu'il lui attribue, avec Hardy et avec Caussin, la responsabilité du massacre des Innocents, quand cet événement ne saurait en tout cas avoir eu lieu que quatre ans après la mort d'Hérode ? Pourtant il avait lu Josèphe, de qui d'ailleurs ce massacre est, pour cause, totalement ignoré, à n'importe quelle date. Il l'avait lu fort soigneusement. A chaque instant un de ses vers fait allusion à quelque détail d'histoire qui se retrouve inscrit soit dans les Antiquités Judaïques, soit dans La Guerrâ des Juifs, ou dans les deux ouvrages à la fois. On a mis ici en notes au bas des pages les passages de Josèphe correspondant aux vers de Tristan, d'après la traduction que le poëte a pu avoir sous les yeux ^

Mais Josèphe, aux chapitres où il écrit l'histoire générale du règne d'Hérode, n'avait pas à se soucier de grouper tout ce qui se rapporte immédiatement à Mariamne, ni ce qui amène ou explique la catastrophe où succombe cette reine. Les faits sont à leurs places, épars, à distance les uns des autres. Caussin au contraire, dans sa monographie, s'est complu à les réunir en un seul faisceau. On trouvera son résumé dans 1' Appendice. Cet ensemble de faits si multiples est passablement embrouillé, et l'on est plus

I. Histoire de FI. losephe, sacrijicateur hebrieu, mise en françois, reueuë sur le Grec & illustrée de Chronologie, figures, annotations, & tables, tant des Chapitres que des principales matières, par D. Gilh, Genebrard, Docteur en Théologie à Paris, & professeur du Roy es lettres sainctes & hébraïques. Au Roy très chrestien. — A Paris, chez Denys de Cay, dans la Cour du Palais, au nom de lesus. M. DC. XXVII. Infolio. (Première édition, 1578.)

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