INTRODUCTION XXI
qu'excusable de n'en avoir présentes à l'esprit que les grandes lignes. Il est pourtant intéressant, et même nécessaire, d'en connaître le détail pour apprécier pleinement ces deux figures d'Hérode et de Mariamne. En même temps, si l'on supporte, parfois en s'en égayant, le « style magnifique », on mesurera mieux dans ces quelques pages ce que Tristan doit au P. Caussin, et aussi ce qu'il doit à Josèphe. Car l'auteur du Polytique malheureux ne cache nullement qu'il ne fait là qu'une besogne de traducteur un peu libre, un peu trop. Cette histoire, il l'a, dit-il, « tirée de losephe, avec quelques autres petits fragments & mémoires ».
Il ne faut sans doute guère tenir compte des « fragments et mémoires ». De même Tristan, dans son Adiierlisscmcnt, après Josèphe, allègue Hégésippe et Zonare. Ce n'est que pour l'étalage d'érudition. Le De Bello Judaïco d'Hégésippe est uniquement une traduction abrégée de l'ouvrage de Josèphe : tout ce qui concerne Mariamne tient au chapitre 3 1 du livre I ; l'abréviation va jusqu'à l'omission d'événements non dépourvus d'importance. Le livre V de la Chronique de Zonaras ne contient non plus rien qui ne soit pris aux Antiquités Judaïques. Mais laissons à Tristan Josèphe, Zonare, Hégésippe et le Révérend Père Caussin. A côté d'eux, M. Rigal fait grief à Tristan de n'avoir pas mentionné Hardy. C'est ne pas faire attention que Tristan n'entend donner indication que de ses sources historiques. « Le sujet de cette tragédie est connu... Quiconque a lu Josèphe... sait assez quelles ont été les violences d'Herode... »
La Mariane de Tristan fut représentée pour la première fois, au printemps de 1636, sur le théâtre que Mondory venait d'ouvrir dans la salle du jeu de paume de la rue Vieille-du-Temple, et qui fut appelé le Théâtre du Marais.
M. Bernardin, qui, dans son livre sur Tristan, consacre une soixantaine de pages (pp. 189-193, 316-368) à la Mariane y croit que l'on se servit de l'un de ces décors à compartiments auxquels il a été fait allusion plus haut, et dont on avait usé à l'Hôtel de Bourgogne, de l'époque des Confrères de la Passion jusqu'aux premières années du xviie siècle. Selon lui, la scène, inchangeable La Martane. II