INTRODUCTION XXIII
par la suite. Nous en avons un témoignage qu'il importe de citer une fois de plus, tant de fois qu'on l'ait cité, à cause de l'ampleur magnifique de l'éloge : « On a vu dans ces derniers tems quelque crayon grossier de ces sortes d'impressions que faisoit autrefois la Tragédie. Qtiand Mondory jouoit la Mariane de Tristan au Marais, le Peuple n'en sortoit jamais que resveur & pensif, faisant reflexion à ce qu'il venoit de voir, & pénétré à mesme temps d'vn grand plaisir ^ »
Le P. Rapin a beau jeu de parler ainsi de « crayon grossier » , en remémorant après des années un enthousiasme de jadis, en le remémorant fort dignement d'ailleurs. Sur le moment, ceux qui veulent toujours discuter tinrent à attribuer une partie du triomphe au génie de Mondory ; et, parmi ceux-là, l'on ne rencontre rien moins que Pierre Corneille. Cela s'explique par peutêtre une légère mauvaise humeur que le grand homme avait conçue à trop entendre dire et répéter que le succès de la Mariane eût contrebalancé le succès du Cid, qui fut représenté, lui, pour la première fois dans l'automne de la même année 1636. Et il faut reconnaître que Corneille rend cependant justice à son rival. C'est lorsqu'il pose en principe que la « catastrophe « doit être réservée toute au cinquième acte d'une tragédie et finir la pièce. « Le contraire s'est vu dans La Mariane, dont la mort, bien qu'arrivée dans l'intervalle qui sépare le quatrième acte du cinquième, n'a pas empêché que les déplaisirs d'Hérode, qui occupent tout ce dernier, n'ayent plu extraordinairement ; mais je ne conseillerois à personne de s'assurer sur cet exemple. Il ne se fait pas des miracles tous les jours ; & quoique son auteur eût bien mérité ce beau succès par le grand effort d'esprit qu'il avoit fait à peindre les désespoirs de ce monarque, peut-être que l'excellence de l'acteur qui en soutenoit le personnage, y contribuoit beaucoup ^. »
Tristan, de son côté, ne marchandait pas à Mondory l'hommage de sa reconnaissance et de son admiration. « Cet illustre
1. Réflexions sur la Poétique d'Aristote et sur les ouvrages des poètes anciens et modernes, par le P. Rapin, 1674. — Livre II, xix.
2. Corneille, Discours de Vutilité et des parties du Poëine dramatique, i6éo.