XXIV INTRODUCTION
Acteur ne tient point sa gloire du hasard, ou de l'aueuglemeut des hommes; c'est par de merueilleuses qualitez qu'il a forcé toute la France de rendre iustice à son mérite, & qu'il auroit obtenu de l'Antiquité des couronnes et des statues. lamais homme ne parut avec plus d'honneur sur la scène ; il s'y fait voir tout plain de la grandeur des passions qu'il représente : & comme il en est préoccupé luy-mesme, il imprime fortement dans les esprits tous les sentimens qu'il exprime. Les changemens de son visage semblent venir des mouuemens de son cœur : & les iustes nuances de sa parole, & la bien-seance de ses actions, forment vu concert admirable qui rauist tousses spectateurs ^ »
Pour peu qu'on l'en eût pressé, le bon Tristan aurait luimême reporté sur Mondory tout le mérite de son œuvre.
La renommée veut en effet que Mondory se soit montré, dans le beau rôle d'Hérode, le plus admirable des acteurs tragiques de son temps. Il apportait à rendre les véhémences du dernier acte une telle passion, une telle fougue, qu'il y dépassa ses forces. « Ce personnage d'Hérode, dit Tallemant des Réaux 2, luy cousta bon ; car comme il avoit l'imagination forte, dans le moment il croyoit quasy estre ce qu'il representoit, &.il lui tomba en jouant ce rosle, une apoplexie sur la langue qui l'a empesché de jouer depuis. » Cela arriva à l'automne de 1637. On trouva piquant, par la suite, de créer cette légende que Mondory serait mort sur la scène même. Mais la vérité est bien ce que dit Tallemant. Le grand comédien survécut à son attaque, mais resta paralysé, et dut renoncer à plus jamais monter sur le théâtre. Sa retraite n'alla pas sans nuire au succès de la tragédie de Tristan, et il paraît certain que les représentations furent interrompues assez longtemps. Mais enfin Mondory trouva des remplaçants, et, même privés de leur merveilleux interprète du début, les « déplaisirs » d'Hérode, Corneille ne pouvait guère l'ignorer.
1. Panthèe, tragédie de Monsieur de Tristan. — A Paris, chez Augustin Courbé, imprimeur et libraire de Monseigneur Frère du Roy, dans la petite Sale du Palais, à la Palme. M. DC. XXXIX. (Auertissement à qui lit.)
2. Les Historiettes de Tallemant des Réaux. — 436. Mondory, ou l'histoire des principaux comédiens françois. (Troisième édition, 1865, t. V.)