INTRODUCTION XXV
•s€ reprirent à émouvoir les spectateurs. La Mariam fut jouée, d'une façon à peu près continue, pendant toute la durée du xviie siècle et jusqu'en 1703 ou 1704, par la troupe du Marais, par la troupe de Molière, à l'Ancienne Comédie et à l'Hôtel de Bourgogne. Nous le savons par quantité de témoignages contemporains, ainsi que par les Registres de La Grange et de ses successeurs. Il ne s'agit pas, bien entendu, de ces nombres effrayants de représentations auxquels nous sommes habitués aujourd'hui. Mais la pièce est « au répertoire » et y supporte sans crainte le voisinage des chefs d'œuvre de Corneille et de Racine. On la demande à Versailles; et elle connut même les honneurs picaresques de la « tournée » en province avec ses moyens de fortune. Tout le monde a lu ce chapitre du Roman comique de Scarron où Ton voit Destin, Mademoiselle de la Caverne et le sieur La Rancune tenir à eux trois les quinze ou seize personnages et y faire « des merveilles », sans risquer l'apoplexie.
Une autre preuve de la popularité durable que rencontra La Mariane nous est apportée par les fréquentes réimpressions que l'on en fit un peu partout. La plupart vont être énumérées.
L'édition originale de La Mariane, à 1' Avertissement que contenait déjà le manuscrit, ajoute une Lettre de dédicace A Monseigneur le Dac d'Orléans ; la seconde édition ajoute encore une Ode Pour Monseigneur Frère du Roy allant en Picardie commander Varmée de Sa Majesté. Dans ces vers, et dans sa dédicace, Tristan évoque la vision des fabuleux exploits que ne pourra manquer d'accomplir, dans les temps futurs, le Prince son maître : et ce n'est rien moins que d'aller revendiquer en Italie l'héritage, prescrit de longue date, de Valentine de Milan et y venger l'affront plus de trois fois séculaire des Vêpres Siciliennes ; d'aller de là délivrer la Grèce du joug des Ottomans et enfin conquérir l'Asie, comme Alexandre. Aucune de ces folles et magnifiques prédictions n'était, malgré le don de vaticination que l'on reconnaît aux poètes, destinée à se réaliser. Mais du moins ÏOde peut féliciter Gaston d'un résultat en effet obtenu, et parler d'une « ville reprise ».
Il s'agit de Roye, et l'événement est du 18 septembre 1636.