INTRODUCTION XXXIII
amputation douloureuse : Fera voirma vertu qui n'est point tachée^ pour : qui ne s'est point (vers 1348).
Un autre de ces désastres mérite également la mention. Au vers 1359, les premières éditions donnaient correctement : le voudrois que son cœur peust borner sa tristesse. Mais au vers précédent il y a le mot : honorer. Par contamination, la troisième édition met : peust honorer sa tristesse, ce qui, indépendamment du vers faussé, a le tort de ne rien signifier. La quatrième édition cependant reproduit cela, et d'autres en font autant. Plus tard, en 1652, un imprimeur de Toulouse, qui sera noté à sa place, est choqué par les treize syllabes, cherche un mot plus court, ne trouve pas : borner, et donne banalement: peust hanir...
Le même typographe toulousain, en essayant de remettre sur ses pieds le vers 1348, arrive à cette maladroite restitution : Fera voir ma vertu qui n'en est point tachée. Il est vrai qu'ailleurs on pourra lire : Fera voir la vertu, et : qui ne fut point tachée.
C'est ainsi que les textes, passant de main en main, se corrompent et s'adultèrent.
La I Mari ANE, | tragédie. | Qvatriesme édition, | reveve ET CORRIGÉE. 1| A Paris, | Chez Augustin Courbé, Imprimeur & Libraire de | Monseigneur le Duc d'Orléans, dans la petite | Sale du Palais, à la Palme. | M.DC.XXXXIV. | Auec Priuilege du Roy.
In-40 ; 8 ff. non chiffrés, 117 pp., et 2 pp. non chiffrées.
Bibliothèque de la Comédie-Française, I. 356.
La quatrième édition répète les pires fautes de la troisième avec une fidélité néfaste. S'il arrive qu'elle corrige, ce doit être par hasard, et parce qu'il est tout aussi difficile de reproduire exactement les mauvaises leçons que les bonnes. Mais enfin il y a des cas où elle corrige. Seulement elle n'évite pas toujours de remplacer une erreur par une erreur aggravée. Le vers 613, dans la première édition comme dans la seconde, est tel : Figurctoy le fait d'vn penser ingénu. La troisième estropie : Figure-toy fait... La quatrième, en écrivant : Figure-toy vu fait.,, rétablit bien le compte des syllabes, mais agrémente le vers d'un hiatu et enrichit le texte d'un non-sens.