‹ La Mariane, tragédie;Chapitre 4 sur 112 · VIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VIII INTRODUCTION

en me serrant la main, ces Messieurs qui se meslent de nostre mestier sont tellement larrons de la gloire d'autruy, qu'ils ne feignent point de s'atitrer ce qui ne leur appartient pas, & de s'en venter auec insolences »

Le poëte des comédiens témoigne à notre petit bonhomme une déférence qui paraît bien un peu narquoise, et il est amusant de le voirie traiter déjà presque en confrère. Les Remarques & Observations qu'on trouve à la fin de l'édition de 1667 du Page disgracié désignent ici Alexandre Hardy. Mais Hardy était un homme de cinquante ans à l'époque où la scène peut se passer, ce qui ne répond guère au signalement : « nouuellement sorty des escoles ». De nos jours, on a préféré reconnaître Théophile, qui avait vingt ans en 161 2 ; les raisons alléguées ne sont pas telles que l'on ne puisse pas dire que : si ce n'est lui, c'en est un autre, lequel a des chances de rester anonyme. Le désir d'aboutir constamment à des certitudes, fort incertaines, entraîne parfois un peu plus loin qu'il n'est prudent d'aller. La même clef du Page Disgracié nomme les deux chefs d'emploi dont il fut question : Vautret et Valeran. Cette fois, il y a concordance avec divers documents valables ; et l'on a trace que la troupe de l'Hôtel de Bourgogne fut fréquemment appelée, vers le moment où nous sommes, à donner des représentations au Louvre.

La fredaine que nous avons vue amener Tristan à se réfugier « parmy le Coturne » était assez vénielle. Une incartade beaucoup plus grave, et pour laquelle il n'espérait pas un pardon si facile (il s'agissait de coups d'épée au lieu de coups de poing), le décida à s'enfuir aussi loin que possible. Et, s'il faut en croire les yeux fermés ce roman autobiographique du Page Disgracié, il alla fort loin, jusqu'en Angleterre, en Ecosse, en Norvège. Puis il revient en France, mais ce n'est que pour traverser le pays afin de gagner l'Espagne. Par fortune, il s'arrête en route : à Poitiers, chez Nicolas de Sainte-Marthe; à Loudun, chez l'illustre vieillard

I. Le Pave Disgracié, I, ix. — Le Page Disgracié, oii Von void de vif caractères d'hommes de tous temperamens & de toutes professions. Par Tristan L'Hermite. — A Paris, chez Toussainct Quinet, 1643, 2 v. in-i8- Et : A Paris, chez André Boutonné, 1667, 2 v. in-12. — Une édition.? moderne a été donnée en 1898, dans la Bibliothèque Elzévirienne.

Page 1