INTRODUCTION IX
Scévole de Sainte-Marthe, oncle du précédent; enfin, chez le marquis de Villars-Montpezat, au château du Grand-Pressigny, dans les environs de Loches. Il y fait fonctions de secrétaire. C'est pendant ce dernier séjour qu'il nous révèle un signe visible de sa vocation d'auteur dramatique. Pour plaire « à ce bon Seigneur (le marquis de Villars), il n'y eut rien, dit Tristan, que le n'inuentasse... l'employois quelquesfois deux ou trois Pages, & autant de ieunes officiers de sa maison, pour représenter les soirs deuant luy quelque espèce de Comédie dont i'auois ajusté les paroles, selon la force de mon esprit, ' »
Et puis, arrive le jour où se termine la disgrâce du Page. Son maître l'ayant emmené à Bordeaux où la Cour se trouvait pendant l'automne de 1620, Tristan est reconnu par un jeune gentilhomme qui avait été son camarade d'enfance sous la férule du précepteur Claude Du Pont. Le récit de ses aventures lui vaut l'absolution de ses fautes. Il est fait gentilhomme à la suite du Roi, en attendant d'être gentilhomme à la suite de Monsieur frère du Roi. Et, lorsque Louis XIII rentre à Paris le 7 novembre 1620, Tristan y rentre aussi.
Or l'on va voir s'il perd du temps à renouer les vieilles relations chères à son cœur. Dans le recueil de ses Lettres^ qu'il publiera plus tard, parmi les Lettres Amoureuses, la Lettre XX porte cette suscription : « A une belle Comédienne, en l'année 1620 ». Le morceau est d'ailleurs banal, à force d'être précieux. Il contient des « expressions de pitié de sa condition » (c'est le sous-titre), c'est-à-dire qu'on la plaint de ne pas être, dans la réalité, l'une de ces reines dont elle tient les rôles. Pour clore, on lui conseille quand elle fera choix d'un amant de ne pas s'engager « auec vn esprit brutal ou stupide » et de ne mettre tant de trésors qu'entre les mains d'une personne qui en connaisse la valeur, — comme, sans doute, Tristan.
Mais ce séjour à Paris devait encore être de courte durée. En avril 1621, le roi emmène ses gentilshommes et son armée faire campagne contre les rebelles du Midi. Tristan en revient vers la fin de l'année, pour entrer au service du duc d'Orléans. S'ac-
I'. Le Page Disgracié, II, xxix.