INTRODUCTION XI
parler de cette Marianna, si, dans son Aduertissement, il ne prononçait les mots « d'imitations italiennes », qu'il s'est proposé d'éviter. Mais encore, cela ne doit-il pas s'entendre dans un tout autre sens, moins spécialisé ?
Et, avant Tristan, Alexandre Hardy avait fait représenter une tragédie de Mariamne, à une date que l'on ne saurait déterminer précisément entre 1595 et 1600, bien que les frères Parfaict la cataloguent, fort gratuitement, à l'année 16 10. En 1625, Hardy fit entrer Mariamne dans le tome II de son Théâtre^ parmi cinq autres ouvrages; et, de l'ensemble voici ce que dit la Dédicace du volume : « Ce n'est qu'vn bouquet bigarré de six fleurs vieillies depuis le temps d'vne ieunesse qui les a produites : desquelles toutesfois l'injure des ans n*a pu totalement effacer le teint & l'odeur. » Mariamne est donc une des premières œuvres du poëte ; on le sentirait au style, même s'il n'avait pris soin de nous en avertir. C'est une des cinq ou six cents pièces qu'il se vantait d'avoir mises sur la scène en une trentaine d'années, n'accordant à chacune qu'une semaine ou deux pour la produire, et cela, dit-il, « sans que la moindre douleur ait précédé son enfantement ». Mais aussi n'avait-elle pas une vie bien plus longue, et était-elle vite remplacée par la suivante. — C'en est une entre les autres, ni plus ni moins, qui avait eu son heure, rapidement passée -
Tristan fut sans doute frappé de la beauté de cette histoire tragique où le vieux maître avait hâtivement, d'une main rude, taillé son drame, qu'ensuite, avec non moins de hâte et de rudesse, il avait habillé de sa grandiloquence redondante, depuis si démodée. N'était-ce pas un crève-cœur que, faute d'une exécution plus patiente et plus savante, un tel sujet n'eût fait que paraître un bref instant sur le théâtre, et fût désormais perdu, sans que l'on pût penser à le revoir sur la scène en la forme dont on l'avait affublé ? Tristan résolut de l'y remettre, en refaisant toute l'œuvre avec un art plus digne d'elle, et non sans remonter à la source première où Hardy n'aurait pas même eu besoin d'indiquer qu'il avait puisé, c'est-à-dire aux Antiquités Judaïques de Flavius Josèphe.
Une controverse s'est s'établie, d'ailleurs à travers plusieurs