LE PERSONNEL DU NAVIRE
ï. — Les novices.
L' « apprentissage » pour le service à la mer a beaucoup diminué. Tandis qu'en 184S, sous le régime qui obligeait les armateurs à prendre des novices, il y avait 15.704 de ceux-ci sur les bateaux anglais, on en comptait, en 1901, 1.241 seulement M Pour occuper les places laissées vacantes par les milliers de vieux loups de mer qui disparaissent chaque année, un millier d'anciens mousses et d'élèves de bateaux-écoles entrent dans la flotte de commerce ; les autres nouveaux venus ignorent presque totalement, ou même totalement, l'élément sur lequel ils vont vivre.
La marine de commerce souffre du même mal que les autres industries. Des matelots qualifiés sont encore nécessaires, avec les anciennes connaissances; et les matelots ordinaires, pour être
1. Report of the Committeeonthe\Mercantile Marine, t. U, p. 482,
vraiment utiles, doivent être au courant de plus que la routine journalière.
Les causes de cette situation sont complexes; la principale saute aux yeux : très rares sont ceux qui veulent d'une part apprendre le métier et de l'autre Venseigner.
Les parents ne tiennent pas à donner à leurs enfants une profession rude et sans grand avenir. Ils ont des aspirations élevées, sinon des prétentions absurdes. Et ce qu'on leur dit du sort des mousses et des A. B. n'est point pour changer leur opinion.
Les armateurs n'ont aucun désir de « former » des jeunes gens qui s'empresseront de les quitter dès la première occasion; ils comptent les uns sur les autres, avec un égoïsme naïf.
L'ignorance des choses de la mer a, pour les vapeurs, de notables conséquences; mais elle en a plus particulièrement pour les voiliers, où l'équipage est composé, avec quelques vieux matelots, partie d'hommes ayant appris tardivement au cours de voyages le strict nécessaire, partie d'hommes n'ayant jamais mis le pied sur un bateau igreen hancls)!
Les mousses ne sont plus maltraités comme autrefois; mais les armateurs, au lieu de leur apprendre le métier de marin, les chargent souvent de menus services qui se prolongent et les laissent dans l'ignorance la plus complète de ce qu'ils voudraient connaître. On cite l'exemple d'un navire oii les trois mousses du bord avaient
comme occupations fixes de servir à table les officiers, d'aider le maître-coq et de nettoyer le pont ^ !
En d'assez nombreuses circonstances encore, les parents payent une prime de 20 liv. st., rendue sous forme de gratifications aux enfants qui se comportent bien. De plus en plus, on abandonne ce système. Le mousse est payé une petite somme, qui va croissant d'années en années de service.
Le versement d'une prime n'est plus fréquent que de la part des familles destinant leur enfant à la profession d'officier de marine. Mais Fabsence de toute surveillance, sinon de tout conseil, et l'emploi de ces nouveaux bras aux travaux de propreté font également tomber cet usage assez rapidement en désuétude ^
Un certain nombre de bateaux-écoles ont pour but d'instruire, d' (c entraîner « les futurs matelots [training ships). Les uns, qui réclament des parents des sommes assez élevées, sont destinés aux fils de familles aisées. D'autres, moins coûteux, recrutent leurs élèves parmi les classes plus modestes. D'autres encore, établis selon VIndustrial School Act^ cherchent à donner une profession aux pauvres et aux vagabonds. Les premiers et les seconds grossissent presque exclusivement les états-majors ; seuls les derniers fournissent la marine de commerce de matelots.