IIOLMAN, Handy Book, p
trôle et l'inspection des affaires d'une façon aussi complète et effective que s'il eût été le gérant d'une grande entreprise» (art. 24 des Statuts).
Ce n'était point là une pure menace. Plus d'un bateau ne put pas prendre la mer parce que les officiers se refusaient à adhérer à la nouvelle Union ^ et que, pour ce motif, le bord était déserté par l'équipage. Souvent aussi, les officiers durent s'incliner devant la force ^
Les armateurs, qui avaient sans grand succès favorisé la formation de syndicats jaunes, se sentirent enfin en danger. Ils décidèrent de s'unir, eux aussi, pour la défense de leurs intérêts. Les premiers jours de septembre 1890, la Shipping Fedeî^ation éidlicTééQ.
La Fédération, à peine formée, protesta surtout contre les prétentions de Y Union ofShipmasters. « Il est de la plus grande importance, écrivaitelle, que tous les armateurs viennent en aide à leurs capitaines et officiers, qui se refusent à faire partie de V Union of Shipmasters and Offîcers of Great-Britain and Ireland ou de quelque autre syndicat ou association dirigé par d'autres que ses propres membres. Il est peu nécessaire de dire qu'une telle prétention de la part des équipages enlèverait aussitôt aux capitaines et officiers toute confiance en eux-mêmes et toute indépendance... Le Comité exécutif prêtera, en chaque circonstance, son aide aux armateurs,
. 1. Seafaring, 20 septembre 1890.
afin de maintenir la liberté d'action de leurs officiers et de mettre ceux-ci en mesure de résister à toute demande déraisonnable *. »
Pour empêcher que le syndicat des matelots ne tyrannisât les indépendants {freé), la Fédération établit des bureaux, où pouvaient s'inscrire les gens de mer après avoir prouvé leur qualification et exprimé leur volonté de « travailler avec tous hommes compétents, qu'ils fussent ou non membres d'une Union ». Les capitaines, officiers et mécaniciens ne choisiraient ainsi leurs hommes par l'entremise ni de w délégués » ni de « marchands d'hommes ». Les matelots pouvaient se faire inscrire et jeter leur carte au vent — ainsi que le désirait le syndicat des matelots; — on perçut un droit de 1 sh., qui empêcha cette comédie.
En signant leur demande d'inscription, les matelots devaient prendre l'engagement d' « exécuter leur contrat selon les principes du Gode maritime et de s'embarquer sur tous les bateaux dont ils auraient accepté les conditions, qu'ils fussent ou non composés d'adhérents de quelque syndicat ». D'autre part, les armateurs faisant partie de la Fédération exprimaient leur préférence pour ceux qui seraient porteurs d'une carte.
Les leaders de la National Seamens^ Union craignirent que cette nouvelle institution ne di-
1. Minutes of the Royal Commission of Labour, groupe B, t. I, p. 623.
— diminuât leur puissance. Ils employèrent tous les procédés d'intimidation courants à cette époque. Pour y mettre terme, la Fédération décida de procéder à l'engagement et au payement des équipages à bord des bateaux.
Le syndicat des matelots s'adressa aux syndicats alliés et fit appel à leurs sentiments de solidarité, à leur « sympathie *. »
Le 3 décembre, V United Labour Council ofthe Port of London^ « dont le but était d'assurer un effort combiné de la part des diverses organisations », affichait partout le « manifeste » suivant :
(( Les armateurs de Londres ayant brisé avec l'usage d'embarquer leurs équipages aux bureaux établis spécialement à cet effet et décidé de les enrôler à bord des bateaux pour le plus grand dommage du syndicalisme en général, le Council a résolu de demander aux travailleurs représentés ici de s'abstenir de tout ouvrage, soit direct, soit indirect, qui faciliterait le départ des navires de :
MM. Shcav, Savill and C\
la New-Zealand Shipping C",
et de la Brilish India Steani Navigation 6*°, jusqu'à ce que ceux-ci prennent l'engagement d'embarquer et débarquer dorénavant leurs équipages aux bureaux ordinaires et de ne plus accep-
\. CuTHBERT Laws, Shipping Fédération, Handy Booh, p. 231.
ter d'autres hommes que les membres du syndicat des marins ^ »
La Fédération riposta aussitôt :
« Les armateurs de Londres et des autres grands ports, afin de garantir leurs officiers et leurs matelots de toute insulte, menace d'intimidation et voies de fait lorsqu'ils se rendent aux bureaux de la marine ou les quittent, continueront, sous le contrôle du Boarcl of Trade^ à engager les équipages à bord des vaisseaux jusqu'à ce que règne un meilleur esprit...
« Il est malheureux que les officiers et les mécaniciens abandonnent leur travail et perdent une journée aux bureaux de la marine; d'autre part, il est très avantageux aux matelots et aux chauffeurs de signer leur embarquement sur le bateau oii ils serviront : ils peuvent visiter leur logement et constater eux mêmes la situation avant de s'engager définitivement.
« Les armateurs ne consentiront pas à traiter avec les membres de quelque syndicat à l'exclusion de toute autre personne; mais ils accepteront tous les matelots ou chauffeurs qualifiés, qu'ils soient ou non syndiqués, pourvu qu'ils acceptent de travailler ensemble sans querelle et pour le profit commun.
« On donnera la préférence aux matelots qui présenteront des certificats de notre bureau d'ins-
1. Minutes of the Royal Commission of Labour, groupe B, 1. 1, p. 624.
cription ; ces certificats peuvent être obtenus par les syndiqués aux mêmes conditions que par tous autres ; les étrangers, cependant, devront prouver qu'ils ont déjà servi quatre ans sur des bateaux anglaise »
La lutte devint à mort. Ecoutons un témoignage rapporté devant la Labour Commission :
(( Les hommes se réunirent devant les bureaux de la marine, au nombre de quarante environ. Les menaces de la part des représentants de la Seameiis" Union furent si violentes que la moitié des chauffeurs n'en franchirent pas le seuil. Aux alentours, cent cinquante à deux cents membres du syndicat avaient organisé un « piquet », gesticulant violemment, menaçant de « casser la tête » à quiconque s'embarquerait et promettant d'envoyer « cent hommes pour arrêter le train à la gare de Waterloo, etc. »
« A la gare de Waterloo, grâce aux dispositions prises par deux inspecteurs de police, le chef de station et la police du chemin de fer, tous les hommes se trouvèrent à l'abri, bien que le Secrétairegénéral du syndicat fût lui-même présent, à la tête d'un groupe nombreux^. »
La Fédération, un moment hésitante « par désir de conciliation», se trouva dans l'obligation de prendre des mesures graves et souvent coûteuses. Nul ne serait plus embarqué sur les
1. Mi7iutes of the Royal Commission of Xabowr, groupe B, t. I, p. t>24.