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III. — La misère du matelot âgé

Jack débarque pour la dernière fois : rhumatisant, épuisé par une vie rude et souvent par la débauche, il n'a plus la force de continuer son service à la mer. Généralement, il n'a pas un seul « penny » d'économie, ni placé une somme notable à la caisse d'épargne, ni versé la moindre cotisation aune société de secours mutuel. Parfois, ses enfants le prennent chez eux ou lui font une petite rente ; parfois, un hospice privé lui offre un abri et le pain quotidien; trop souvent, hélas! la work-house,la maison, plus exactement la prison, des pauvres se referme sur lui.

Il existe un certain nombre d'institutions charitables pour les matelots âgés; la plus célèbre, peut-être, est les Cliffs Homes for Aged MarinerSy de Liverpool, où les impotents et les vieillards trouvent des logements séparés et indépendants et ce qui leur est nécessaire pour y vivre.

Quiconque connaît le système de l'assistance publi^que en Angleterre sait ce qu'a de rigoureux, sinon d'atroce, l'existence inside. Le miséreux, fatigué d'errer et affamé, est content sans doute de retrouver régulièrement son lit et des aliments substantiels; mais le voilà « retiré du monde », placé sous la surveillance de gardes et tenu à une existence sévère et monotone ! Constatons cependant que la plupart des Comités d'assistance

[Boards ofGiiardians) tendent à adoucir le régime pour les vieillards et les infirmes autant qu'à tenir à son exécution stricte pour les paresseux et les vagabonds. Les vieux ménages ont une chambre soigneusement cirée et entretenue; des dames charitables viennent, à certains jours, lire une comédie ou jouer de la musique. A Liverpool, par exemple, les anciens matelots, imprévoyants, mais sans penchant invincible pour l'alcool, peuvent sortir presque tous les après-midi et finir tranquillement leur existence ^

Souvent les capitaines et les officiers ne font pas plus preuve de prévoyance que les équipages et terminent leur vie dans la plus épouvantable misère. Ceux qui ont versé une petite cotisation à, la Mercantile Marine Service Association sont au moins assurés de petites rentes I

Entre 1786 et 1851 fonctionna en Angleterre une (( caisse des marins du commerce » [Merchant Seamens'' Fujid)qui^ en échange d'une contribution obligatoire, versait des pensions aux gens de mer, à leurs veuves et à leurs orphelins ^ Mais ce régime a disparu, fortement attaqué dans son principe même à un moment où l'on n'avait pas encore admis les idées actuelles.

Durant les dernières années, le sort des matelots âgés a attiré maintes fois l'attention publi-

1. André-E. Sayous, VAssistenza pubblica in Inghilterra {Riforma sociale, 1899).

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