‹ La marine des anciensChapitre 29 sur 37 · ANARCHIE SICILIENNE. - AGATHOCLE · texte numérisé non relu

ANARCHIE SICILIENNE. - AGATHOCLE

chemin. L'ambitieux potier comprit du premier coup celui qu'il devait prendre. La faction oligar*chique, incessamment terrassée, se relevait toujours obstinée et vivace. Agathocle ne se laissa point abuser par cette persistance ; l'avenir n'était pas de ce côté. Ce fut dans les bras de la démocratie que dès le début il se jeta. Pour défendre sa cause , le peuple ne pouvait souhaiter un plus vaillant champion. Agathocle reçut de la confiance populaire le commandement de l'armée et, avec ce commandement qui déjà donnait tout , les pouvoirs les plus absolus. Le fils de Garcinus devait être aie gardien de la paix jusqu'à ce que la concorde fût. parfaitement rétablie )). Rétablir la concorde dans une cité divisée depuis des siècles eût peut-être embarrassé un légiste : Agathocle trouva la chose simple y — il supprima les dissidents. A un jour donné, les portes se fermèrent, les soldats se réunirent, les trompettes sonnèrent la charge; quatre mille citoyens, «qui n'avaient d'autre tort que celui d'être les plus influents n , furent égorgés par les troupes chargées de la mission pacificatrice. Plus de six mille, à qui leur effroi sembla donner des ailes, réussirent à franchir les remparts; ils coururent se réfugier dans Agrigente. La concorde était rétablie à Syracuse , car il n'y restait plus que les meurtriers et leurs complices. Les sept chefs

de Thèbes se prêtèrent jadis un mutuel serment en plongeant leurs bras jusqu'au coude dans le sang d'un taureau : les septembriseurs syracusains trouvèrent un plus sûr moyen de cimenter à jamais leur union. Le massacre durait depuis deux jours; ils le suspendirent pour organiser méthodiquement le pillage. Quand les maisons des proscrits furent vides , Agathocle annonça Tintention de se retirer des affaires. Il voulait déposer le sceptre et la chlamyde, vivre désormais en simple particulier, sur le pied d'une parfaite égalité avec tous les citoyens. Il n'y eut qu'un cri dans la foule : «Agathocle n'avait pas le droit d'abandonner le peuple qu'il venait d'arracher à la servitude; le peuple lui imposerait au besoin par la force le fardeau de l'autorité absolue. On le contraindrait à régner. » Agathocle ploya ses épaules sous le faix; il avait modestement quitté la chiamyde de pourpre, il la reprit sur l'heure, aux applaudissements de la multitude. La dette était le fléau des sociétés antiques; Agathocle abolit les dettes et distribua des terres aux indigents. Quelle humeur morose eût pu refuser son approbation au nouveau règne? Nul faste d'ailleurs n'environna la personne du tyran ; un souverain populaire n'a pas besoin d'un éclat emprunté pour rehausser son prestige ; point de gardes non plus : à quoi auraient-ils servi? Le

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fils de Carcinus se sentait trop bien protégé par ses bienfaits. Le vieux Denys , sur la fia de ses jours , devint sombre et atrabilaire; Agathocle, jusqu'à sa dernière heure, demeura un tyran jovial. Nul n'aimait plus que lui à déposer la majesté suprême, à faire échange de joyeux propos et de fines railleries. Dans les banquets, dans les assemblées publiques, c'était toujours lui qui se montrait le bon compagnon. Il excellait à melire les rieurs de son côté , plaisantant agréablement ses adversaires, les contrefaisant, provoquant par ses gestes, par les contorsions de son visage, la gaieté bruyante de la foule. Ce n'est pas lui qui eût passé une sarisse à travers le corps de Glitus; il se fût contenté de le larder de coups d'épingle. La multitude avait bien rencontré cette fois le roi qu'il lui fallait; aussi le garda-t-elle durant vingt-huit années contre toutes les levées de boucliers des mécontents. Néron fut moins pleuré, et Néron probablement mérita moins de l'être. Bien que l'histoire d'Agathocle ne puisse être pour nous que la résultante de récits contradictoires et de témoignages à bon droit suspects , puisque les contemporains qui l'ont écrite furent des exilés ou des écrivains enrichis des dépouilles de l'exil, nous nous écarterons, je crois, bien peu de la vérité en admettant qu'Agathocle fut à la fois a un général habile , entreprenant , bravant les

dangers avec sang-froid», et un souverain «non moins impie envers les dieux que cruel envers les hommes » . Les faits parlent plus haut que Timée ou Callias, et toutes les déclamations du monde n'y sauraient rien changer.

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