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nuellement les crédits nécessaires aux subventions. La Commission du Commerce au Sénat ayant fait supprimer cet amendement, le texte vint en discussion devant la Haute Assemblée où il devait se heurter à des adversaires irréduclibles. Les partisans du Subsidy Bill n'avaient d'ailleurs qu'une confiance limitée dans son efficacité, et le sénateur Jones luimême s exprimait ainsi au mois de janvier 1922 :
« Refusez de voter le Bill et notre Flotte de com- « merce peut disparaître ». C'était, au dire du journal La Marine marchande, demander le vote du Bill pour la seule raison qu'il n'en pouvait résulter rien de mal.
Quant au Président Harding, il insistait par une lettre adressée à la Commission sur la nécessité de faire voter la loi dans le plus bref délai (1). Les antisubventionnisies, au contraire, étaient disposés à
prolonger la discussion de telle sorte que le vote ne
pût intervenir avant la clôlure de la session. Si ce
premier résultat était acquis, estimaient-ils, le Bill aurait peu de chances de passer par la suite, la majorité du nouveau Congrès, dont on avait déjà désigné les membres, devant y être hostile. Ce fut pour les
hommes politiques américains l’occasion de montrer
(1) Voir également le Message adressé au Congrès par le Président Harding le 28 février 1923 (Document Annexe À de la présente étude).
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qu’en matière d'obstruclion, ils n'avaient rien à apprendre de nos parlementaires, et leurs opérations furent, pourrions-nous dire, brillamment conduites.
Le lieu des séances fut transformé en une vérilable salle de spectacle dans laquelle se-jouèrent, pendant plusieurs jours, et sous la haule direction du sénateur La Follette, des comédies bouffonnes dont les spectateurs garderont longtemps le souvenir. Naturellement, loulesles questions possibles et imaginables étaient agitées, sauf celle du « Subsidy Ball » dont la discussion, bien que prévue en première urgence par l'ordre du jour, fut rejetée indéfiniment après celle d'autres projets. Si l’on s'en rapporte au Chicago Tribune, dont les informations furent reproduites dans le Bulletin quotidien de la Société d'Etudes et d'Informations économiques du 21 février 1923, le programme de certaines séances fut assez chargé.
« Les adversaires de la loi sont arrivés munis de « couvertures et de matelas afin de passer la nuit sur « leurs positions, en prenant tout le repos possible
« pendant la grande épreuve d'endurance qu'ils ont
«à subir. Ils sont neuf équipiers qui doivent se re-
ss
«layer à la Tribune et y parler sans interruption, «jusqu'à complet épuisement de la matière ou de «leurs forces. Tous les sujets, d’ailleurs, leur sont
«bons, du mouvement coopératif à la Ligue des
« Nations. Le sénateur Sheppard du Texas a ouvert «le feu en parlant hier pendant des heures de la « Ligue des Nations, dont il a retracé l'histoire, de- « puis l'époque de sa créalion jusqu’à nos jours; à « 10 heures du soir, 1l parlait encore.
« La séance a repris ce malin à 11 heures ; le séna- « teur Sheppard a conlinué son discours dans l’après- « midi, et complèlement épuisé, il a cédé la place au « sénateur Borah qui doit parler, lui, de la Russie. «M. Borah sera suivi à la Tribune par le sénateur
Mac Kellar qui menace de parler pendant 26 heu-
res ; s’il arrive à le faire, 1l aura battu le record de
« la durée, détenu jusqu'ici par le sénateur La Fol- « lette (18 heures).
« Si les Républicains n'abandonnent par la lutte, le sénateur Mac Kellar entreprendra de leur lire le
« fameux discours d’obslruction prononcé en 1915 « par le sénateur Smoots et qui dura 11 heures, mais «que le sénateur Mac Kellar se fait fort de faire « durer 18 heures en le lisant lentement et en y ajou-
tant des commentaires de son cru. »
En résumé tous les sujets furent matière à discours. L'anniversaire de la naissance de Washingion fut, pour un obstructionniste, l'occasion de lire le discours d’adieux du grand homme d'Etat. On paria
même du Pharaon Tut-Anc-Hamon,auquel un mem-
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bre facélieux du Sénat donna plaisamment le surnom de « Père de la déflation ».
Cependant, le Président Harding faisait valoir que l'échec du projet de loi, s'il se produisait, serait pour la Marine de commerce la cause d'une réduction considérable de son tonnage, laissant les pavillons étrangers accaparer à leur guise le trafic maritime du pays ; néanmoins, l'opposition des démocrates et du bloc agricole réussisait, de son côté, à faire passer le « Filled Milk Bill », dans le seul but de retarder la discussion du projet de subvention à la Marine marchande.
Convaincu par le sénateur Curtis de l'inanité de ses efforts, le Président dut se résigner à ce que l'on donnât la préférence, pour la discussion à l'ordre du jour, à d’autres projets de loi. C'était, a-t-on pu dire. « l'arrêt de mort » du Subsidy Bill. Le renvoi du texte à l'examen d’une Commission fut rejeté par 48 voix contre 36, puis par 63 voix contre 7 ; le Sénat
en ajournait donc définitivement la discussion.